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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02610

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02610

jeudi 11 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02610
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2206261 du 10 février 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2023, M. A, représenté par Me Bazin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 août 2022 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; trois des médicaments dont il a besoin ne sont pas disponibles au Maroc ; des articles de presse et le rapport produit par le préfet soulignent l'état catastrophique de l'accès aux soins psychiatriques dans ce pays ; étant sans ressources et dans l'incapacité de travailler, le traitement lui sera inaccessible ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il s'en remet à ses écritures de première instance et fait valoir que les moyens soulevés doivent être écartés.

Par ordonnance du 26 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 10 avril 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Teulière, président-assesseur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 18 novembre 1990, a déclaré être entré en France le 28 août 2019 via l'Espagne, sous couvert de son passeport et d'un visa de court séjour valable jusqu'au 28 septembre 2019. Le 26 avril 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé. Par un arrêté du 23 août 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 10 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 août 2022.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. M. A reprend en appel sans critique utile du jugement attaqué, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus aux points 2 et 3 du jugement attaqué.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

5. En l'espèce, pour refuser à M. A un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis, émis le 17 août 2022, par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc, l'intéressé peut y bénéficier d'un traitement approprié. M. A, qui a levé le secret médical en produisant des éléments de son dossier médical, souffre d'une psychose chronique et invalidante de type schizophrénie. S'il soutient que trois médicaments qui lui sont prescrits, le Tercian, l'Ixprim et le Lepticur, sont indisponibles au Maroc, il ressort des pièces du dossier que, parmi ceux-ci, seul le Lepticur lui était effectivement prescrit à la date de l'arrêté attaqué. Or, l'intéressé n'établit, par aucun élément médical du dossier, le caractère non substituable du Lepticur, ni que des molécules équivalentes à ce médicament seraient également indisponibles au Maroc. Par ailleurs, la documentation et les articles de presse dont fait état l'intéressé sur les capacités de prise en charge des pathologies psychiatriques par les infrastructures médicales marocaines ne sauraient à elles-seules démontrer qu'il ne pourrait effectivement accéder dans son pays d'origine au traitement que son état requiert. Enfin, si le requérant persiste à affirmer qu'il n'a pas les ressources nécessaires pour bénéficier d'un traitement adapté à sa pathologie au Maroc, il n'assortit cette allégation d'aucune précision sur les conditions et le coût de sa prise en charge médicale au Maroc et il n'établit pas qu'il ne pourrait y bénéficier du régime d'assistance médicale gratuite alors applicable pour les indigents " RAMED ". Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

7. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que M. A ne justifie pas qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 août 2022 du préfet de l'Hérault. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, à Me Bazin et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président de chambre,

M. Teulière, président-assesseur,

Mme Restino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2025.

Le rapporteur,

T. Teulière

Le président,

D. ChabertLa greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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