Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme A... et D... C... ont demandé au tribunal administratif de Nîmes d’annuler l’arrêté du 31 juillet 2019 par lequel le maire de Nîmes ne s’est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. E... B... en vue de percer un mur de clapas bordant la parcelle cadastrée section ... et d’accéder à un chemin communal.
Par un jugement n° 2102190 du 26 septembre 2023, le tribunal administratif de Nîmes a annulé l’arrêté du maire de Nîmes du 31 juillet 2019.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 24 novembre 2023, M. B..., représenté par la SCP Dillenschneider, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. et Mme C... devant le tribunal administratif de Nîmes ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est entaché d’erreurs de fait et d’erreurs de droit ;
- la demande des époux C... devant le tribunal administratif n’était pas recevable, faute d’intérêt à agir ;
- le projet envisagé ne méconnaît pas les dispositions du point 6 de l’article Nh 11 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Nîmes ;
- sa déclaration préalable n’est pas entachée de fraude ;
- les dispositions de l’article Nh 3 du règlement du plan local d’urbanisme ne sont pas opposables au projet envisagé, qui porte sur l’édification d’un portail ;
- à supposer que ces dispositions soient applicables, le projet envisagé ne les méconnaît pas dès lors que le portail envisagé débouche sur un chemin communal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2025, M. et Mme C..., représentés par la SELARL VPNG, concluent au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 18 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Restino, première conseillère,
- les conclusions de M. Diard, rapporteur public,
- et les observations de Me Bézard, représentant M. et Mme C....
Considérant ce qui suit :
M. et Mme B... sont propriétaires de deux parcelles cadastrées section AP nos ..., situées chemin de Tholozan à Nîmes (Gard), jouxtant deux parcelles cadastrées section ... appartenant aux époux C.... Par un arrêt du 25 avril 2019, la cour d’appel de Nîmes a retenu l’existence, au profit du fonds des époux B..., d’une servitude conventionnelle de passage sur les parcelles des époux C..., d’une longueur de 65 mètres et d’une largeur de 4 mètres longeant la séparation du fonds servant avec la parcelle cadastrée section .... Par ailleurs, la cour d’appel de Nîmes a sursis à statuer sur la demande des époux C... visant à constater l’extinction de cette servitude en raison de l’impossibilité d’en user, ainsi que sur la demande d’autorisation d’accès des époux B... à la propriété des époux C... pour les besoins d’établissement de la servitude, dans l’attente de la justification par les époux B... d’une autorisation préalable de la commune aux fins de procéder aux travaux de destruction du mur de clapas bordant la propriété des époux C..., de dégagement du roncier et de l’accessibilité du chemin communal au regard des documents d’urbanisme. Le 7 juin 2019, M. B... a déposé une déclaration préalable portant sur le percement du clapas bordant la propriété des époux C..., le dégagement du roncier et l’accès au chemin communal. Par un arrêté du 31 juillet 2019, le maire de Nîmes ne s’est pas opposé à cette déclaration préalable. M. B... relève appel du jugement du 26 septembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a, sur saisine des époux C..., annulé cet arrêté.
Sur le bien-fondé du jugement :
Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. M. B... ne peut donc utilement se prévaloir de ce que les premiers juges auraient entaché leur jugement d’erreurs de fait ou de droit.
En ce qui concerne la recevabilité de la demande des époux C... :
L’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme dispose que : « Une personne autre que l’Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n’est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l’occupation ou à l’utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l’aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance du bien qu’elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d’une promesse de vente, de bail, ou d’un contrat préliminaire (…). ». Il résulte de ces dispositions qu’il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir tendant à l’annulation d’une décision de non-opposition à une déclaration préalable de travaux de préciser l’atteinte qu’il invoque pour justifier d’un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d’affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s’il entend contester l’intérêt à agir du requérant, d’apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l’excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu’il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l’auteur du recours qu’il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu’il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.
Il ressort des pièces du dossier que les travaux mentionnés dans la déclaration préalable de M. B... à laquelle le maire de Nîmes ne s’est pas opposé sont, pour partie, envisagés sur la propriété des époux C... et affectent ainsi directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de leur bien. Par suite, l’irrecevabilité soulevée à l’encontre de la demande de première instance et tirée du défaut d’intérêt à agir des époux C... doit être écartée.
En ce qui concerne la légalité de l’arrêté de non-opposition à déclaration préalable :
En vertu des dispositions de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, il appartient au juge d’appel, saisi d’un jugement par lequel un tribunal administratif a annulé un acte intervenu en matière d’urbanisme, de se prononcer sur le bien-fondé des motifs d’annulation retenus par les premiers juges et d’apprécier si l’un au moins de ces moyens justifie l’annulation. Dans ce cas, le juge d’appel n’a pas à examiner les autres moyens de première instance.
Il ressort des motifs du jugement attaqué que, pour prononcer l’annulation de l’arrêté du 31 juillet 2019 par lequel le maire de Nîmes ne s’est pas opposé à la déclaration préalable de M. B..., le tribunal administratif de Nîmes a retenu, d’une part, que les travaux envisagés méconnaissent les dispositions des articles Nh 11 et Nh 13 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Nîmes visant à assurer la sauvegarde des murs de clapas et, d’autre part, qu’ils méconnaissent les dispositions de son article Nh 3, relatif à l’accès et à la voirie.
En premier lieu, selon le règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Nîmes, la zone naturelle Nh, dans laquelle se situe la parcelle cadastrée section ..., « caractérise majoritairement une zone naturelle de garrigue, occupée séculairement par l’homme, notamment à partir du XIXème siècle sous la forme d’un habitat de type "mazets". Des constructions diffuses sur des unités foncières importantes existent dans cette zone et peuvent être étendues de façon limitée à la condition qu’elles ne portent pas atteinte à la préservation des sols agricoles et forestiers, ni à la sauvegarde des sites, milieux naturels et paysages ». L’article Nh 11 de ce règlement, relatif à l’aspect extérieur des constructions, prévoit en son point 6.1 que : « (…) Les clapas et murs en pierres sèches anciens participent à l’identité paysagère de cette zone et doivent être sauvegardés (…) ». L’article Nh 13 de ce règlement prévoit en son point 1.3 que : « Les vestiges anciens tels que masets, capitelles et abris, citernes, terrasses et tonnelles, murs et clapas devront figurer au plan de masse. Le projet devra prévoir leur sauvegarde, leur restauration, et leur mise en valeur ».
Il ressort des pièces du dossier que la servitude de passage établie sur la propriété des époux C... au profit du fonds appartenant à M. B... débouche, en son extrémité sud, au niveau de la parcelle cadastrée section ..., sur une parcelle non cadastrée du domaine privé de la commune de Nîmes, en contrebas de laquelle se trouve un chemin communal relevant également du domaine privé de la commune de Nîmes lequel n’est, sur cette portion, ni ouvert à la circulation publique ni même carrossable. Dans ces conditions, c’est à bon droit que le tribunal administratif de Nîmes a considéré que le projet de M. B... méconnaît le point 6.1 de l’article Nh 11 et le point 1.3 de l’article Nh 13 du règlement du plan local d’urbanisme de Nîmes.
En second lieu, l’article Nh 3 du règlement du plan local d’urbanisme, relatif à l’accès et la voirie, prévoit que : « Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée ouverte à la circulation. / Tout accès doit permettre d’assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies. Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l’accès, de sa configuration ainsi que de la nature et de l’intensité du trafic. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier, comme cela a été exposé au point 8, que la portion du chemin communal relevant du domaine privé de la commune de Nîmes au-dessus duquel aboutit le débouché sud de l’emprise de la servitude de passage établie au profit du fonds de M. B... sur les parcelles des époux C... n’est ni ouverte à la circulation publique ni même carrossable. Dans ces conditions, c’est à bon droit que le tribunal administratif de Nîmes a considéré que le projet de M. B... méconnaît l’article Nh 3 du règlement du plan local d’urbanisme de Nîmes.
Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par, le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a annulé l’arrêté du 31 juillet 2019 par lequel le maire de Nîmes ne s’est pas opposé à sa déclaration préalable.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative s’opposent à ce qu’une somme quelconque soit mise à la charge de la commune de Nîmes, qui n’a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B... une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme C... au titre de cet article.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : M. B... versera une somme de 1 500 euros à M. et Mme C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. E... B..., à M. et Mme A... et D... C....
Copie en sera adressée à la commune de Nîmes.
Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Chabert, président de chambre,
M. Teulière, président-assesseur,
Mme Restino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.
La rapporteure,
V. RestinoLe président,
D. Chabert
Le greffier,
F. Kinach
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.