jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02811 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse suivante :
Mme B, épouse A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Par un jugement n° 2300130 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023, MmeVelilaj, épouse A, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 4 avril 2023 du tribunal administratif de Montpellier ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 25 septembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et complet et d'une insuffisance de motivation au regard de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le jugement attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits fondamentaux et des libertés fondamentales et l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de titre de séjour :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une insuffisance de motivation au regard de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- en conditionnant la délivrance du titre de séjour aux exigences de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur de droit ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de séjour et d'entrée des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions en litige méconnaissent les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Mme B, épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Montpellier du 8 novembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant comme suit :
1. Mme B, épouse A, ressortissante albanaise, né le 23 août 1992, déclare être entrée en France le 28 février 2017. Elle a sollicité, le 6 mai 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le 25 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Par un jugement du 4 avril 2023 dont Mme Mme B, épouse A relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête tendant à l'annulation de ces décisions.
2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements doivent être motivés ".
4. L'appelante soutient que le jugement attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'examen réel et complet au regard de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur de ses enfants. Contrairement à ce que fait valoir Mme B, épouse A, les premiers juges, au point 2 du jugement, ont expressément écarté ce moyen en y répondant de manière suffisamment circonstanciée et détaillée. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation et du défaut d'examen du jugement attaqué doivent être écartés.
5. En second lieu, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'atteinte portée à la vie privée et familiale de l'appelante en France et à l'intérêt supérieur de ses enfants ne se rapporte pas à la régularité mais au bien-fondé du jugement attaqué. Ce moyen d'irrégularité du jugement doit donc être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. L'arrêté contesté mentionne les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions litigieuses à l'encontre de Mme Mme B, épouse A, en tenant notamment compte de la situation personnelle et scolaire de ses enfants. Il précise notamment que ces derniers, en bas âge, ne sont qu'au commencement de leur scolarité et qu'ils n'ont pas noué d'attaches suffisamment fortes sur le territoire français de manière à faire obstacle à ce qu'ils accompagnent leurs parents dans leur pays d'origine, où ils sont d'ailleurs en mesure de poursuivre leur scolarité. Cette motivation démontre, contrairement à ce qui est soutenu, que l'administration a procédé à un examen réel et complet des conséquences de sa décision au regard de l'intérêt supérieur des enfants de Mme B, épouse A. Les moyens tirés du défaut d'examen réel et complet et de l'insuffisance de décision critiquée doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Montpellier au point 2 du jugement attaqué.
8. Il ressort de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
9. Si Mme B, épouse A, soutient que l'absence de visa long séjour lui a été opposée par le préfet pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité, il ressort de l'arrêté contesté que ce refus ne trouve pas son fondement dans l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet s'est contenté de constater que l'appelante n'était pas en possession d'un tel visa comme l'ont relevé à bon droit les premiers juges au point 3 du jugement attaqué. L'autorité préfectorale ne lui a pas opposé cette circonstance. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit également être écarté.
10. En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
11. Si Mme B, épouse A se prévaut de sa présence et de celle de son mari en France depuis 2017, de la scolarisation de ses deux enfants mineurs, de son apprentissage de la langue française et d'actions de bénévolat, et de sa volonté d'insertion professionnelle attestée par une promesse d'embauche datée du 21 mars 2022 pour un poste de secrétaire d'accueil, ces éléments ne présentaient pas, à la date de la décision attaquée, un caractère suffisamment stable et durable pour attester de son insertion dans la société française. De surcroît, l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où elle ne soutient ni n'allègue être dépourvue d'attaches familiales. Par ailleurs, l'arrêté obligeant Mme B, épouse A à quitter le territoire français à destination de l'Albanie n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer ses deux enfants ni de son époux dès lors que, lui aussi ressortissant albanais, est également en situation irrégulière ayant fait l'objet de deux mesures d'éloignement et n'a pas fait de demande de titre de séjour de manière concomitante à celle de son épouse. Enfin, il n'existe aucun obstacle ni à la poursuite de la scolarité de ses enfants, tous deux au commencement de leur scolarité, ni à la reconstitution de la cellule familiale dans leur pays d'origine. L'appelante soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle sera exposée, avec son époux, à un risque de subir des mauvais traitements en raison de leur implication dans une vendetta. Toutefois, elle ne produit aucun document probant permettant de tenir pour établie la véracité de ce récit et donc l'existence des menaces auxquelles ils seraient personnellement exposés s'ils retournaient en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Eu égard aux mêmes éléments, la décision portant refus de titre de séjour pas non plus entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation des requérants.
12. Aux termes de des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 7 et 11, la décision litigieuse n'a pas pour effet de séparer Mme B, épouse A de ses enfants, qui ont vocation à la suivre en Albanie où rien ne s'oppose à ce qu'ils poursuivent leur scolarité. Par conséquent, c'est à bon droit que le premier juge a écarté ce moyen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui tout ce qui précède que la requête de Mme B, épouse A n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précitées y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B, épouse A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 14 mars 2024.
Le président de la 3ème chambre,
É. Rey-Bèthbéder
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026