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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02889

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02889

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02889
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2300911 du 23 mars 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2023, M. C, représenté par Me Tercero, demande à la cour :

1°) avant-dire droit, de demander à la préfète du Gard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration la communication de la preuve du caractère collégial de la délibération du collège des médecins de l'office, ainsi que tous documents médicaux qui ont fondé l'avis selon lequel il pourrait bénéficier effectivement des soins qui lui sont nécessaires dans son pays d'origine ;

2°) d'annuler ce jugement du 23 mars 2023 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Gard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de rendre une décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et dans tous les cas, de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard un mois après la notification de la présente décision ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors qu'il n'a pas eu accès aux informations dont a disposé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour se prononcer sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine et notamment des données propres à la Géorgie figurant dans la base MedCoi ;

- c'est à tort que les premiers juges n'ont pas mis en œuvre leurs pouvoirs d'instruction afin d'obtenir la communication des informations figurant dans la base de données Medcoi en vue de rétablir l'égalité des armes et de respecter le droit à un procès équitable ;

- les pièces versées au dossier démontrent qu'il est exposé à un danger de mort en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il ne peut avoir accès au traitement et au suivi médical dont il bénéficie en France ;

- la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît également l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard de son exposition à des peines et traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie en raison de l'impossibilité de se faire soigner dans son pays d'origine.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C, né le 13 octobre 1986, ressortissant géorgien, a vu sa demande d'asile rejetée par décision du 16 septembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 janvier 2023. À la suite de ce rejet, la préfète du Gard, par un arrêté du 23 février 2023, a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement du 23 mars 2023 dont il relève appel, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. C, doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné au point 7 du jugement contesté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il ressort des pièces du dossier de première instance que la préfète du Gard a produit, en annexe à son mémoire tendant au rejet de la demande de M. C l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par celui-ci. Cet avis mentionne qu'il a été émis le 23 janvier 2023 après qu'il en a été délibéré par le collège. La mention ainsi portée sur cet avis, qui comporte la signature des trois médecins ayant composé ce collège, fait foi jusqu'à preuve du contraire, sans qu'il soit besoin d'exiger de l'administration la production d'aucun document afin de corroborer le respect de l'exigence de délibération, préalable à l'émission de l'avis. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de mettre en œuvre les mesures d'instruction sollicitées, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration auraient collégialement et contemporainement délibéré doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est un établissement public administratif de l'Etat chargé, sur l'ensemble du territoire, du service public de l'accueil des étrangers titulaires, pour la première fois, d'un titre les autorisant à séjourner durablement en France. Il coordonne, dans ce cadre, la gestion de l'hébergement dans les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1. Il a également pour mission de participer à toutes actions administratives, sanitaires et sociales relatives : () 7° A la procédure d'instruction des demandes de titre de séjour en qualité d'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale prévue à l'article L. 425-9. ".

7. La circonstance tenant à ce que les médecins qui composent le collège dont émane l'avis du 23 janvier 2023 ont été, en application de l'arrêté du ministre de la santé du 5 janvier 2017, désignés et rémunérés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui, en application des dispositions de l'article L. 121-1 précité, a le statut d'établissement public administratif placé sous la tutelle de l'État, n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure au terme de laquelle est intervenu le refus de séjour contesté et n'est d'ailleurs pas davantage susceptible d'avoir privé l'intéressé d'une garantie. Dès lors, le moyen tiré de ce que les membres de ce collège ne sont pas soumis à un contrôle exclusif du ministre de la santé et de la prévention ne peut qu'être écarté.

8. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le rapport médical établi par le Dr B a été transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui l'a expressément visé. L'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 janvier 2023 versé au dossier de première instance comporte l'ensemble des indications prévues par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Le préfet n'est pas tenu de produire les documents relatifs à la disponibilité dans le pays d'origine de l'intéressé des soins qui lui seraient nécessaires, et notamment la fiche dans la " bibliothèque d'information santé sur le pays d'origine " qui aurait été utilisée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour émettre son avis. En outre, il ne ressort d'aucune obligation légale ou réglementaire ni que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doive regrouper dans un document unique l'ensemble des recherches effectuées sur chacun des cas qui lui est soumis pour avis, ni que l'administration soit tenue d'élaborer un tel document en vue de sa communication à l'étranger ni d'ailleurs que les données MedCoi (" medical country of origin information ") doivent être versées à son contradictoire tant dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour qu'à l'occasion de l'instance engagée devant le tribunal administratif en vue de l'annulation du refus opposé à cette demande. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire et n'est pas davantage fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont statué sur sa requête sans mettre en œuvre leur pouvoir d'instruction en vue de solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la communication des éléments ayant fondé l'avis du collège des médecins parmi lesquels figurent notamment les données contenues dans la fiche MedCoi.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

12. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 23 janvier 2023 que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

13. L'intéressé, qui a levé le secret médical dans le cadre de l'instance d'appel, en indiquant qu'il souffre d'une hépatite B, ne produit aucun élément notamment médical de nature à remettre en cause utilement cet avis. En particulier, il ne justifie pas d'une quelconque impossibilité d'accéder à un traitement approprié en Géorgie. Les documents à caractère général sur le système de soins dans son pays d'origine, produits en première instance, ne sauraient établir que dans son cas, qu'il ne pourrait bénéficier d'un tel traitement. Dans ces conditions, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier de manière certaine qu'il ne pourrait effectivement bénéficier, en Géorgie, d'un suivi médical adapté, sans qu'il soit exigé qu'il soit en tous points équivalent à celui dont il dispose en France, la préfète du Gard n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C.

14. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent qu'en l'absence d'illégalité de la décision contestée refusant à l'intéressé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, les moyens tirés du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent qu'être écartés.

15. En sixième et dernier lieu, pour les motifs exposés au point 13, il n'est pas établi que M. C ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement adapté à sa pathologie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que sans qu'il soit besoin de demander à la préfète du Gard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration la production de documents supplémentaires, la requête d'appel présentée par M. C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Gard.

Fait à Toulouse le 31 juillet 2024.

Le président de la 3ème chambre,

É. Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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