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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02908

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02908

mardi 7 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02908
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL HOUDART ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler la décision du 14 novembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Montauban a implicitement rejeté sa demande relative à la communication du détail des modalités de calcul du remboursement des cotisations sociales 2008-2012 le concernant, d’enjoindre au centre hospitalier de Montauban de lui communiquer le détail des modalités de calcul du remboursement des cotisations sociales 2008-2012 le concernant, et notamment le nombre d’heures supplémentaires prises en compte, le montant des cotisations et contributions sociales prises en compte, le taux de réduction, le montant de la réduction, le montant de la réduction d’assiette imposable correspondant aux heures supplémentaires et le montant net, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2005797 du 12 octobre 2023, le tribunal administratif de Toulouse a constaté qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de la demande de M. A... tendant, d’une part, à l’annulation de la décision implicite de rejet du directeur du centre hospitalier de Montauban, en tant que celle-ci a refusé de communiquer à M. A... le nombre de plages de temps de travail additionnel réalisées au titre des années 2008 à 2012, la rémunération brute totale perçue au titre desdites années - en précisant la rémunération du temps de travail additionnel, le montant des cotisations salariales, dont la cotisation maladie et vieillesse, ainsi que le montant des cotisations salariales exonérées – et le taux de réduction des cotisations salariales de sécurité sociale sur le temps de travail additionnel appliqué et, d’autre part, à ce qu’il soit enjoint au centre hospitalier de Montauban de communiquer ces informations à M. A... et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 décembre 2023, 22 août 2024, 28 août 2024 et 25 mars 2025, M. B... A..., représenté en dernier lieu par Me Fères-Massol, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 12 octobre 2023 ;

2°) d’annuler la décision du 14 novembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Montauban a implicitement refusé de lui communiquer les bases de calcul du remboursement de cotisations sociales mentionné sur son bulletin de salaire du mois de janvier 2020 ;

3°) d’enjoindre au centre hospitalier de Montauban de lui fournir le détail des modalités de calcul du remboursement des cotisations sociales pour les années 2008 à 2012 intervenu en janvier 2020, mentionnant le nombre d’heures supplémentaires ou complémentaires prises en compte, le détail et le montant des cotisations et contributions pris en compte en faisant apparaître tous les montants perçus sur ces temps de travail, le taux de réduction appliqué, le montant de la réduction, le montant de la réduction d’assiette imposable correspondant aux heures supplémentaires ou complémentaires en y intégrant toutes les valorisations perçues sur ces temps de travail et le montant net, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent arrêt ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d’un défaut de motivation en fait et en droit, en méconnaissance de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;

- son bulletin de paie établi pour le mois de janvier 2020 mentionne seulement le remboursement de cotisations sociales au titre des années 2008 à 2012, sans préciser les modalités de calcul de la somme remboursée, notamment le nombre d’heures effectuées au titre du temps de travail additionnel et les indemnités de sujétions pris en compte, le montant des cotisations et contributions pris en compte, le taux de réduction de cotisations sociales, le montant de la réduction, le montant de la réduction d’assiette imposable correspondant aux heures supplémentaires et le montant net ; l’absence de ces éléments ne lui permet ainsi pas de s’assurer de la régularité de la somme remboursée ;

- le tableau lui ayant été adressé par le centre hospitalier le 7 juillet 2021 fait apparaître un taux de réduction des cotisations sociales qui n’est pas conforme à celui de 21,7 % prévu par l’article L. 241-17 du code de la sécurité sociale ; les montants figurant dans ce tableau sont erronés ;

- les heures travaillées entre 39 heures et 48 heures n’ont pas été prises en compte pour calculer le montant de l’exonération de charges sociales à laquelle il avait droit ; les heures travaillées au-delà de 48 heures hebdomadaires ouvraient droit de façon cumulative au versement d’une indemnité de temps de travail additionnel et d’une indemnité de sujétion si le travail était effectué de nuit, le week-end ou un jour férié.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 juin 2024 et 12 mars 2025, le centre hospitalier de Montauban, représenté par le cabinet d’avocats Houdart & associés, conclut au rejet de la requête, au non-lieu à statuer et à ce que soit mise à la charge de M. A... la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A..., dès lors que les modalités de calcul du remboursement des cotisations salariales de sécurité sociale au titre des années 2008 à 2012 lui ont été communiquées par un courrier du 7 juillet 2021, qui comportait en annexe l’ensemble des pièces justificatives ; contrairement à ce que soutient M. A..., il avait connaissance du nombre d’heures de travail additionnel réalisées au cours des années 2008 à 2012, qui figurait sur ses fiches de paie ; il avait également connaissance du taux de cotisation de sécurité sociale qui a été appliqué ;

- si M. A... soutient que les heures supplémentaires effectuées de 2008 à 2012 n’ont pas été prises en compte pour déterminer le montant des cotisations sociales devant lui être remboursé, les praticiens hospitaliers ne sont pas soumis à un régime d’heures supplémentaires mais à un régime de temps de travail additionnel ;

- M. A... ne peut dans la présente instance contester le décompte du nombre d’heures de temps de travail additionnel réalisées au cours des années 2008 à 2012, cette contestation intervenant au-delà du délai raisonnable issu de la jurisprudence Czabaj et étant prescrite.

Par une ordonnance du 18 mars 2025, la clôture d’instruction a été fixée en dernier lieu au 10 avril 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2007-1430 du 4 octobre 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Hélène Bentolila, conseillère,

- les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ferès-Massol, représentant M. A... et celles de Me Jacquet, représentant le centre hospitalier de Montauban.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., praticien hospitalier ayant exercé ses fonctions au centre hospitalier de Montauban (Tarn-et-Garonne), s’est vu verser sur son bulletin de salaire du mois de janvier 2020 la somme de 18 947,67 euros pour le remboursement de cotisations salariales de sécurité sociale au titre des années 2008 à 2012. Par un courriel du 2 décembre 2019, il a demandé au centre hospitalier de lui indiquer les bases de calcul de cette somme et a renouvelé cette demande par un courrier de « mise en demeure » du 10 septembre 2020, réceptionné par le centre hospitalier le 14 septembre 2020. En l’absence de réponse à cette dernière demande, M. A... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler la décision implicite de rejet de sa demande, née le 14 novembre 2020. Par un jugement du 12 octobre 2023, dont M. A... relève appel, le tribunal administratif de Toulouse a constaté qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de sa demande tendant, d’une part, à l’annulation de cette décision implicite de rejet en tant qu’elle refuse de lui communiquer le nombre de plages de temps de travail additionnel réalisées au titre des années 2008 à 2012, la rémunération brute totale perçue au titre des desdites années - en précisant la rémunération du temps de travail additionnel, le montant des cotisations salariales, dont la cotisation maladie et vieillesse, ainsi que le montant des cotisations salariales exonérées – et le taux de réduction des cotisations salariales de sécurité sociale sur le temps de travail additionnel appliqué et, d’autre part, à ce qu’il soit enjoint au centre hospitalier de Montauban de lui communiquer ces informations et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Sur la régularité du jugement :

2. Aux termes de l’article R. 6152-23 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au présent litige : « Les praticiens perçoivent, après service fait (…) : / 1° Des émoluments mensuels variant selon l'échelon des intéressés. (…) ; / 2° Des indemnités et allocations dont la liste est fixée par décret ». Aux termes de l’article D. 6152-23-1 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : « Les indemnités et allocations mentionnées au 2° de l'article R. 6152-23 sont : / 1° Des indemnités de participation à la permanence des soins ou de réalisation de périodes de travail au-delà des obligations de service hebdomadaires : / a) Des indemnités de sujétion correspondant au temps de travail effectué, dans le cadre des obligations de service hebdomadaires, la nuit, le samedi après-midi, le dimanche et les jours fériés ; / b) Des indemnités forfaitaires pour tout temps de travail additionnel accompli, sur la base du volontariat, au-delà des obligations de service hebdomadaires ; / (…) ». Aux termes de l’article R. 6152-27 de ce code, dans sa version en vigueur du 21 juin 2006 au 1er octobre 2010 : « (…) Le praticien peut accomplir, sur la base du volontariat au-delà de ses obligations de service hebdomadaires, un temps de travail additionnel donnant lieu soit à récupération, soit à indemnisation, dans les conditions prévues aux articles R. 6152-23 et R. 6152-26. / (…) ». Le même article dispose, dans sa rédaction en vigueur du 1er octobre 2010 au 12 octobre 2015 : « (…) Le praticien peut accomplir, sur la base du volontariat au-delà de ses obligations de service hebdomadaires, un temps de travail additionnel donnant lieu soit à récupération, soit au versement d’indemnités de participation et à la continuité des soins et, le cas échéant, d’indemnités de temps de travail additionnel. / (…) ».

3. Par ailleurs, aux termes de l’article 81 quater du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : « I.- Sont exonérés de l’impôt sur le revenu : / (…) / 5° Les éléments de rémunération versés aux agents publics titulaires ou non titulaires au titre, selon des modalités prévues par décret, des heures supplémentaires qu’ils réalisent ou du temps de travail additionnel effectif ; / (…) ». De plus, aux termes de l’article L. 241-17 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable en l’espèce : « I.- Toute heure supplémentaire ou complémentaire ou toute autre durée de travail effectuée, lorsque sa rémunération entre dans le champ d’application du I de l’article 81 quater du code général des impôts, ouvre droit, dans les conditions et limites fixées par cet article, à une réduction de cotisations salariales de sécurité sociale proportionnelle à sa rémunération (…) Un décret détermine le taux de cette réduction. ». En outre, aux termes de l’article 3 du décret du 4 octobre 2007 portant application aux agents publics de l’article 1er de la loi n°2007, alors en vigueur : « I.- Le taux de réduction de cotisations salariales applicable aux fonctionnaires, prévu au premier alinéa du I de l’article L. 241-17 du code de la sécurité sociale, est celui mentionné au I de l’article D. 241-21 du code de la sécurité sociale, dans la limite des taux de de cotisations et contributions dont le fonctionnaire est redevable au titre de l’heure supplémentaire ou du temps supplémentaire effectif travaillé. / (…) ». Enfin, aux termes de l’article D. 241-21 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au présent litige : « I. – Le taux de la réduction de cotisations salariales prévue au premier alinéa du I de l’article L. 241-17 est fixé à 21,5%. / (…) ».

4. En l’espèce, par un courrier du 7 juillet 2021, intervenu en cours de première instance, le centre hospitalier de Montauban a adressé à M. A... un tableau récapitulatif ainsi qu’un ensemble d’annexes détaillant les bases de calcul de la somme de 16 748,03 euros lui étant due pour le remboursement de cotisations salariales de sécurité sociale au titre des années 2008 à 2012, compte tenu de la réduction de cotisations se rapportant au temps de travail additionnel prévue par les dispositions précitées des articles L. 241-17 du code de la sécurité sociale et 81 quater du code général des impôts. Ce courrier mentionne également que la somme lui étant due à ce titre était de 16 748,03 euros et que celle lui ayant effectivement été versée au mois de janvier 2020 est de 18 947,67 euros. Le centre hospitalier de Montauban indique que la différence entre ces deux sommes est due à une erreur de ses services compte tenu du nombre élevé de praticiens hospitaliers dont la situation a dû être régularisée. Cette somme de 18 947,67 euros correspond à celle indiquée sur le bulletin de paie de M. A... de janvier 2020. Ainsi, contrairement à ce qu’il soutient, M. A... a obtenu les bases de calcul de la somme de 18 947,67 euros figurant sur son bulletin de salaire du mois de janvier 2020. Par suite, ses conclusions à fin d’annulation de la décision implicite de rejet de sa demande tendant à ce que le centre hospitalier de Montauban lui communique ces bases de calcul étaient, ainsi que l’ont retenu les premiers juges, devenues sans objet, sans qu’ait d’incidence la circonstance alléguée par M. A... selon laquelle ces bases de calcul seraient erronées ou encore que certaines heures travaillées devaient également bénéficier d’une réduction de cotisations salariales de sécurité sociale. Il s’ensuit que les moyens relatifs à la légalité de la décision en litige doivent être écartés comme inopérants.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a constaté qu’il n’avait pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet du 14 novembre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. D’une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Montauban, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

7. D’autre part, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A... la somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier de Montauban sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : M. A... versera au centre hospitalier de Montauban la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à B... A... et au centre hospitalier de Montauban.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Massin, président,

Mme Teuly-Desportes, présidente-assesseure,

Mme Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2025.

La rapporteure,

H. Bentolila

Le président,

O. Massin

La greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent arrêt.

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