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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02943

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02943

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02943
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a retiré sa carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Par un jugement n° 2300245 du 6 avril 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédures devant la cour :

I - Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 15 décembre 2023 et le 18 juin 2024 sous le n° 23TL02943, M. A, représenté par Me Rosé, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à venir, au besoin sous astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le tribunal a motivé son jugement en dénaturant les faits de l'espèce des lors que le préfet n'a pas motivé ni même visé dans l'arrêté attaqué les dispositions relatives à l'existence d'une menace à l'ordre public ; les premiers juges ont statué ultra petita ;

- les premiers juges ont commis une erreur de droit en écartant le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme inopérant ;

- le tribunal administratif a dénaturé les faits de l'espèce en considérant que l'arrêté en litige ne portait pas une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale en France ;

- les premiers juges ont commis une erreur de droit en jugeant que les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas opposables ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant retrait de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors notamment que le préfet a omis de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à sa qualité de parent d'enfants français ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit en retirant son titre de séjour sans examiner son droit au séjour au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence ;

- alors qu'il remplit les conditions pour être admis au séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en retirant son titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale ;

- il n'a pas été tenu compte de l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la mesure d'éloignement est privée de base légale en raison de l'illégalité du retrait de son titre de séjour ;

- la mesure d'éloignement prononcée à son encontre a été prise en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'absence d'exercice de l'autorité parentale ne fait pas partie des conditions requises par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

- cette décision est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la motivation de cette décision révèle l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet en lui interdisant un retour sur le territoire français pour une durée de six mois compte tenu de ses liens avec ses enfants et alors que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- cette décision est dépourvue de base légale dès lors que les décisions portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont illégales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 22 novembre 2023.

II - Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 15 décembre 2023 et le 18 juin 2024 sous le n° 23TL02944, M. A, représenté par Me Rosé, demande à la cour :

1°) de surseoir à l'exécution du jugement du 6 avril 2023 sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 septembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, dans l'attente de l'arrêt au fond, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les conditions d'octroi du sursis à exécution de ce jugement sont remplies dès lors qu'il justifie dans sa requête au fond, de moyens sérieux d'annulation du jugement et à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté du 22 septembre 2022 du préfet de l'Hérault, et que l'exécution du jugement aurait des conséquences difficilement réparables à son égard et au regard de l'intérêt supérieur de ses filles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est de nature à justifier que soit prononcé le sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Montpellier, qui n'emporte pas de conséquences difficilement réparables.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chabert, président.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 14 mai 1987, est entré sur le territoire français le 10 octobre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 14 septembre 2020 au 14 septembre 2021 puis s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable du 15 septembre 2021 au 14 septembre 2023 en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par arrêté du 22 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par la requête enregistrée sous le n° 23TL02943, M. A fait appel du jugement du 6 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté. Par la requête n° 23TL02944, M. A sollicite le sursis à l'exécution de ce même jugement. Ces requêtes étant dirigées contre le même jugement, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même arrêt.

Sur la requête n° 23TL02943 :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

2. En premier lieu, M. A soutient que le tribunal administratif a commis une dénaturation des faits, une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ces moyens ne se rapportent pas à la régularité du jugement attaqué et relèvent du contrôle du juge de cassation et non du contrôle du juge d'appel, auquel il appartient seulement, dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel, de se prononcer sur la légalité de l'arrêté préfectoral attaqué.

3. En second lieu, si l'appelant soutient que le tribunal a dénaturé le fondement juridique de la décision de retrait du titre de séjour dont il était titulaire et a ainsi statué ultra petita en retenant dans ses motifs la menace à l'ordre public que constituerait sa présence en France compte tenu des condamnations prononcées à son encontre, cette règle s'apprécie au regard des conclusions des parties et non des moyens qu'elles invoquent. Dans ces conditions, le moyen de l'appelant invoqué à ce titre n'affecte pas la régularité du jugement et ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, la critique par M. A du jugement en tant qu'il déclare comme inopérant le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se rattache, non à la régularité jugement, mais à son bien-fondé.

En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :

S'agissant de la décision portant retrait de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision retirant le titre de séjour dont bénéficiait M. A vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le décret du 4 mars 1994 portant publication de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a mentionné les éléments de fait propres à la situation administrative en France de M. A, notamment la circonstance qu'il est entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " et rappelle les faits à l'origine de sa condamnation pénale. L'autorité préfectorale a également fait état des éléments propres à la situation personnelle et familiale de l'appelant, en particulier son mariage au Maroc le 5 novembre 2019 avec une ressortissante française et la rupture de leur communauté de vie suite à des faits de violences conjugales, ainsi que la circonstance qu'il soit père de deux enfants mineurs de nationalité française. Par suite et alors que le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation de l'étranger, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté en litige tels que rappelés au point précédent, ni d'aucune des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A. En particulier, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas l'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il est au demeurant fait mention de sa qualité de parent d'enfants français ainsi qu'il vient d'être exposé, n'est pas de nature à caractériser par elle-même le défaut d'examen invoqué par l'intéressé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 423-7 de ce même code dispose que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 433-4 de ce code : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : () 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. ". Aux termes de l'article R. 432-3 de ce code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : / () 3° L'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour pluriannuelle cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance ; () ". Aux termes de l'article L. 423-3 de ce code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. () ". Enfin, l'article L. 432-5 de ce code dispose que : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a épousé une ressortissante française au Maroc le 5 novembre 2019, est entré régulièrement en France le 10 octobre 2020 puis s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 15 septembre 2021 au 14 septembre 2023. D'une part, M. A ne conteste pas que ce titre de séjour lui a été délivré, comme le fait valoir le préfet de l'Hérault dans ses écritures en défense, en qualité de conjoint d'une ressortissante française. D'autre part, il ressort des termes de la décision en litige que, pour procéder au retrait de la carte de séjour de M. A, le représentant de l'Etat s'est fondé sur la rupture de communauté de vie entre les époux en mentionnant notamment une première condamnation " en 2020 à un stage et 200 euros d'amende pour avoir commis des faits de violence conjugales sur son épouse " ainsi que le jugement du 29 avril 2022 par lequel le tribunal correctionnel de Toulouse l'a condamné à huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits commis le 26 avril 2022 de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, M. A ne remplissait plus les conditions posées à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il était séparé de sa conjointe française. Par suite, le préfet de l'Hérault pu légalement, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, retirer le titre de séjour dont bénéficiait l'appelant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est entré que depuis moins de deux ans à la date de la décision en litige en France, où son droit au séjour était lié à sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent arrêt, il est constant que les époux étaient séparés à la date de la décision attaquée suite à des condamnations pour des faits de violences conjugales commises en présence d'un mineur, lesquelles ont justifié en dernier lieu sa condamnation à huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis durant deux années probatoires et interdiction d'entrer en contact avec son ancienne conjointe. Si M. A se prévaut de la naissance de ses deux filles de nationalité française en 2016 et 2020, il ressort du jugement du 1er août 2022 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse que l'autorité parentale a été confiée exclusivement à la mère des enfants, et que leur résidence est fixée chez elle. Si l'intéressé fait valoir qu'il bénéficie en vertu de ce jugement d'un droit de visite médiatisé deux demi-journées par mois pendant six mois, puis d'un droit de visite deux samedis par mois durant deux heures, puis deux samedis et deux dimanches par mois durant deux heures, puis à l'issue de cette dernière période d'un droit de visite et d'hébergement augmenté sous conditions, la décision en litige n'a pas pour effet de le séparer de ses filles. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion dans la société française et ni d'une intégration professionnelle suffisamment durable et stable sur le territoire français depuis son entrée en France en produisant d'une part, des attestations de rémunération durant des formations de février à avril 2022, et d'autre part, un contrat à durée indéterminée en qualité d'installateur câble réseaux à compter du 3 octobre 2022, soit postérieurement à la date de la décision en litige. Au surplus, M. A ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, la décision portant retrait de son titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, en procédant au retrait du titre de séjour dont M. A était titulaire, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

10. En dernier lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est entré en France qu'au mois d'octobre 2020 après la naissance de sa première fille en 2016 et la naissance de sa seconde fille au mois de septembre 2020. A la date de l'arrêté en litige, il bénéficiait seulement d'un droit de visite médiatisé alors que l'autorité parentale sur ses enfants a été attribuée exclusivement à la mère par jugement du juge aux affaires familiales du 1er août 2022. Si M. A soutient se soumettre aux modalités d'exercice de son droit de visite médiatisé après avoir été incarcéré entre les mois d'avril et juillet 2022 pour des faits de violence commis sur son épouse en présence d'un enfant mineur, la décision portant retrait de son titre de séjour ne peut être regardée, en l'espèce, comme ayant été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant retrait de son titre de séjour, il ne peut utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". L'article L. 611-3 du même code dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est entré en France que le 10 octobre 2020 pour rejoindre son épouse et ses enfants nées respectivement le 19 août 2016 et le 24 septembre 2020. Alors que l'intéressé a été incarcéré pour des faits de violence commis sur la mère de ses enfants entre les mois d'avril et juillet 2022, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris le 22 septembre 2022, soit moins de deux ans après son entrée en France. L'intéressé qui a vécu antérieurement au Maroc n'établit donc pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants de nationalité française depuis leur naissance ou au moins depuis deux ans à la date de l'arrêté en litige. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 du présent arrêt, l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français ne peut être regardé, en l'espèce, comme ayant été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants mineures. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. .

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français et la décision portant refus de délai de départ volontaire n'étant pas entachées des illégalités alléguées, l'appelant n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

18. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est père de deux filles mineures de nationalité française, il a été condamné une première fois en 2020 pour des faits de violence commis sur la mère de ses enfants et a été incarcéré, à compter du 28 avril 2022, pour avoir commis le 26 avril 2022 également des faits de violence sur son épouse, ayant été suivis d'une incapacité temporaire n'excédant pas huit jours, en présence d'un enfant mineur. Son comportement constitue, ainsi que l'a relevé le préfet, une menace à l'ordre public. L'intéressé ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français dont la durée a été fixée à six mois. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour sur le territoire de M. A, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 du présent arrêt, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois n'a pas été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants mineurs de M. A. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

20. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que l'appelant n'établit pas l'illégalité des décisions portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale.

21. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. Le présent arrêt rejette les conclusions en annulation présentées par l'appelant et prononce un non-lieu à statuer sur sa demande de sursis à exécution. Il n'implique donc aucune mesure d'exécution particulière au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dans ces conditions, les conclusions en injonction présentées par l'intéressé dans ses deux requêtes nos 23TL02943 et 23TL02944 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la requête n° 23TL02944 :

23. Dès lors qu'il est statué au fond par le présent arrêt sur les conclusions tendant à l'annulation du jugement du jugement du 6 avril 2023 du tribunal administratif de Montpellier, les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont devenues sans objet.

Sur les frais liés aux litiges :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'opposent à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes réclamées par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 23TL02943 de M. A est rejetée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de sursis à exécution présentées par M. A dans sa requête n° 23TL02944.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, à Me Rosé et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, où siégeaient :

- M. Chabert, président de chambre,

- M. Haïli, président assesseur,

- M. Jazeron, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

D. Chabert

Le président-assesseur,

X. Haïli La greffière,

N. Baali

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 23TL02943, 23TL02944

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