jeudi 11 septembre 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02965 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MABILON SALOMÉ |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A C épouse D a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Par un jugement n° 2104054 du 22 juin 2023, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 décembre 2023 et le 15 janvier 2025, Mme C épouse D, représentée par Me Mabilon, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 du préfet de Vaucluse ;
3°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie de son désistement à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son époux travaille et dispose de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de leur famille ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.
Par ordonnance du 20 février 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 30 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Restino, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse D, ressortissante marocaine, née le 20 mars 1983, déclare être entrée en France le 26 juin 2014. Elle a sollicité le 13 juin 2018 la délivrance d'un titre de séjour en tant que conjoint d'un citoyen de l'Union européenne. Par arrêté du 2 septembre 2021, le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande. Mme C épouse D relève appel du jugement du 22 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1 ont le droit de séjour sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. ". L'article L. 233-1 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes: / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale () ". Aux termes de l'article R. 233-7 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : / 1° Ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident ; / 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; / 3° Ils entreprennent une formation professionnelle devant être en lien avec l'activité professionnelle antérieure à moins d'avoir été mis involontairement au chômage. / Ils conservent au même titre leur droit de séjour pendant six mois s'ils sont involontairement privés d'emploi dans les douze premiers mois qui suivent le début de leur activité professionnelle et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le conjoint d'un citoyen de l'Union européenne a le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée de plus de trois mois, sous réserve que le ressortissant de l'Union européenne qu'il accompagne ou rejoint satisfasse à l'une des conditions, alternatives, énumérées aux 1° à 3° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. La relation de travail est caractérisée par la circonstance qu'une personne accomplit pendant un certain temps, en faveur d'une autre et sous la direction de celle-ci, des prestations en contrepartie desquelles elle touche une rémunération. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'époux de l'appelante, de nationalité espagnole, exerce une activité d'ouvrier agricole. Au cours de la période allant du 16 novembre 2020 au 13 avril 2021, il a été employé en contrat à durée déterminée, dans le cadre de la convention collective départementale des exploitants agricoles de Vaucluse, par la société SCEA Domaine Combe. En août 2021, il a perçu une somme de 916,36 versée par Pôle emploi, ainsi qu'il ressort du relevé de compte bancaire de l'époux de l'appelante. Si l'appelante ne produit pas les bulletins de salaire de son époux pour la période antérieure au 16 novembre 2021, elle produit les avis d'imposition sur le revenu du couple. Il en ressort que son époux a perçu : en 2014, des salaires et assimilés d'un montant de 3 666 euros, en 2015, des salaires et assimilés d'un montant de 4 864 euros, en 2016, des salaires d'un montant de 7 627 euros et d'autres revenus salariaux d'un montant de 5 590 euros, en 2017, des salaires d'un montant de 9 521 euros et d'autres revenus salariaux d'un montant de 3 000 euros, en 2018, des salaires d'un montant de 10 402 euros et d'autres revenus imposables d'un montant de 2 852 euros, en 2019, aucun revenu n'a été déclaré compte tenu de " l'année blanche " correspondant à l'institution du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, en 2020, des salaires d'un montant de 8 982 euros et d'autres revenus imposables d'un montant de 3 610 euros, en 2021, des salaires d'un montant de 9 621 euros et d'autres revenus imposables d'un montant de 4 834 euros. Dans ces conditions, et bien que l'époux de l'appelante ait changé d'employeur et ne justifiait pas, à la date de l'arrêté contesté, être titulaire d'un contrat de travail lui donnant vocation à exercer de manière pérenne un emploi ou se trouver dans l'une des situations, visées à l'article R. 233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lesquelles les citoyens de l'Union européenne conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur, son activité professionnelle ne saurait être regardée comme purement marginale et accessoire. Dès lors que l'époux de l'appelante satisfaisait à la condition posée au 1° de l'article L. 233-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Vaucluse a méconnu l'article L. 233-2 du même code en refusant de délivrer à l'appelante le titre de séjour demandé. Il s'ensuit que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C épouse D est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif retenu pour prononcer l'annulation de l'arrêté contesté, l'exécution du présent arrêt implique nécessairement que le préfet de Vaucluse délivre à Mme B épouse D un titre de séjour temporaire portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne " prévu à l'article L. 233-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder à cette délivrance dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il soit besoin d'assortir l'injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Mabilon au titre des frais non compris dans les dépens sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2104054 du 22 juin 2023 du tribunal administratif de Nîmes est annulé.
Article 2 : L'arrêté du préfet de Vaucluse du 2 septembre 2021 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne " à Mme B épouse D dans le délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'Etat versera à Me Mabilon la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B épouse D, à Me Mabilon, au ministre de l'intérieur et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2025, où siégeaient :
- M. Chabert, président de chambre,
- M. Teulière, président-assesseur,
- Mme Restino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2025.
La rapporteure,
V. Restino
Le président,
D. Chabert La greffière,
C. Lanoux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 23TL02965
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026