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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL03082

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL03082

vendredi 23 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL03082
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantSUMMERFIELD TARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2306403 du 18 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 décembre 2023, le 16 janvier 2024 et le 12 juin 2024, M. A, représenté par Me Summerfield, demande à la cour dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît la convention de Genève ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, notifiée par voie postale, est entachée d'illégalité en l'absence de notification par voie administrative ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en l'absence de notification par voie administrative ;

- l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne transpose pas correctement l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne constitue aucun danger pour l'ordre public ;

- dès lors que le refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégal, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visant exclusivement les situations où aucun délai de départ volontaire n'est accordé ;

- sa situation relève de circonstances humanitaires.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1998 et déclarant être entré en France le 22 septembre 2022, a sollicité l'asile le 14 octobre 2022 et sa demande a été rejetée le 2 février 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 août 2023. Par un arrêté du 31 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A fait appel du jugement du 18 décembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ".

4. M. A soutient que l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales lui a été notifié par la voie postale et non par la voie administrative. En tout état de cause, une telle notification par la voie postale, qui est de nature à empêcher de faire courir le délai de recours, est en revanche sans incidence sur la légalité des décisions du préfet des Pyrénées-Orientales.

5. En deuxième lieu, M. A reprend en appel, avec la même argumentation qu'en première instance, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 21 septembre 2023 et de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier, respectivement, au point 3 et au point 4 du jugement attaqué.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France le 22 septembre 2022, a sollicité l'asile le 24 octobre 2022, que sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 février 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 30 août 2023, et qu'il est inscrit aux cours d'apprentissage du français dispensés par les " Restos du Cœur de Perpignan Centre Torreilles " depuis le 21 novembre 2023, postérieurement d'ailleurs à la date de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales. Toutefois, ces éléments ne permettent pas, à eux-seuls, d'établir que le requérant aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Afghanistan où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, M. A ne fait état d'aucune intégration professionnelle sur le territoire français. Par suite, eu égard également à la durée du séjour habituel en France qui est de l'ordre de treize mois seulement, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A allègue qu'en cas de retour en Afghanistan, et plus précisément dans la province de Kaboul dont il est originaire, il sera soumis à une situation de violence aveugle, et il se prévaut notamment d'une cicatrice qui démontrerait qu'il a été victime d'une agression. Toutefois, les éléments produits, notamment une attestation d'habitants de son village afghan, une déclaration du porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, ainsi qu'un rapport de " European Union Agency for Asylum ", ne permettent pas d'établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'il serait personnellement exposé à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, alors en demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 février 2023 et par la Cour nationale du droit d'asile le 30 août 2023, les moyens tirés de ce que l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales méconnaîtrait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, le moyen de l'appelant tiré de la méconnaissance de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés est, en tout état de cause, dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. D'une part, aux termes de l'article 3 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " Aux fins de la présente directive, on entend par : / () "risque de fuite" : le fait qu'il existe des raisons, dans un cas particulier et sur la base de critères objectifs définis par la loi, de penser qu'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet de procédures de retour peut prendre la fuite () ". Aux termes du 4 de l'article 7 de la même directive : " S'il existe un risque de fuite, ou si une demande de séjour régulier a été rejetée comme étant manifestement non fondée ou frauduleuse, ou si la personne concernée constitue un danger pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sécurité nationale, les États membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours ".

13. Il résulte du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 612-3 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité, prise pour la transposition de la directive précitée, que la qualification du risque de fuite résulte d'un ensemble de critères objectifs, qui ne sont pas exclusifs les uns des autres, et est appréciée par l'autorité compétente au regard de la situation particulière de l'étranger. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompatibilité de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec la directive du 16 décembre 2008 doit être écarté.

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A présentait un risque de se soustraire à l'exécution de la décision d'éloignement compte tenu de l'irrégularité de son entrée sur le territoire français et de l'absence de garanties de représentation suffisantes, faute notamment de présentation de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Le préfet des Pyrénées-Orientales pouvait ainsi légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en l'absence de circonstance particulière, et alors même que la présence en France de M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public ou qu'il ne s'est pas soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

15. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire.

16. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A ne justifie ni d'une ancienneté significative de séjour en France ni de liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire national. En outre, eu égard aux éléments de fait développés au point 9 de la présente ordonnance, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait des circonstances humanitaires faisant obstacle à ce que le préfet des Pyrénées-Orientales prenne une décision d'interdiction de retour.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement et peut dès lors être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Gabriele Summerfield et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Toulouse, le 23 août 2024.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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