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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00067

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00067

lundi 2 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00067
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure.

Par un jugement n° 2202899 du 27 avril 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 27 avril 2023 du tribunal administratif de Toulouse ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier, réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation médicale et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale eu égard à l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit eu égard à son état de santé ;

- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est privée de base légale eu égard à l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 6 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé à M. A B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant brésilien, né le 26 juin 1991, est entré sur le territoire français le 23 novembre 2016. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé, régulièrement renouvelée entre le 19 juin 2018 et le 26 novembre 2021, et en a sollicité le renouvellement le 20 juillet 2021. Par un arrêté du 18 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure. M. A B relève appel du jugement 27 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Par ailleurs, il mentionne de façon non stéréotypée les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions contestées à l'encontre de M. A B, notamment sa situation administrative, les éléments de sa situation personnelle et familiale en France. Il précise que l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, il indique que l'appelant ne démontre pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Brésil. Dès lors, contrairement à ce que soutient M. A B, une telle motivation démontre que le préfet a procédé à un examen réel et complet de sa situation personnelle en se fondant sur des circonstances précises et concrètes. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen réel et complet du refus de renouvellement du titre de séjour doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis rendu le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 28 décembre 2021.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. L'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 28 décembre 2021 relève que l'état de santé de M. A B, qui souffre de la maladie de Devic, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que celui-ci peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort de cet avis que son état de santé n'est pas de nature à l'empêcher de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour remettre en cause cet avis, l'appelant verse au dossier une lettre d'information sur sa participation à un programme de recherche médicale de l'Observatoire français de la sclérose en plaques du 6 avril 2020 et le rapport médical fourni au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration daté du 20 octobre 2021, ainsi que, pour la première fois en appel, deux articles de presse relatifs au système de santé brésilien et ses failles à la suite de l'épidémie de coronavirus, et une actualité thérapeutique de juin 2023 relative aux maladies du spectre de la neuromyélite optique. Toutefois, ces documents, insuffisamment probants, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon laquelle l'intéressé pourrait d'accéder effectivement aux soins que requiert son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute Garonne, en refusant de lui renouveler le titre de séjour sollicité, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation médicale.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A B ne démontre pas avoir tisé sur le territoire français des attaches particulièrement stables et intenses, alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, le Brésil, et que son épouse, avec qui il s'est marié à Toulouse le 12 novembre 2022, soit postérieurement à la date de la décision attaquée, fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de son intégration professionnelle au regard de son emploi de chauffeur-livreur à propos duquel il a signé un avenant le 3 avril 2022 pour une durée indéterminée, cette situation ne présente pas, à la date de la décision attaquée, un caractère suffisamment ancien pour attester de son insertion dans la société française. Dès lors et comme l'ont estimé les premiers juges, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'appelant au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui renouveler son titre de séjour et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale.

10. En cinquième lieu, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'absence de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance, M. A B n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi auraient porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. En septième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7 de la présente ordonnance, M. A B n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 2 septembre 2024.

Le président de la 1ère chambre,

Éric Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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