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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00111

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00111

lundi 2 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00111
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. F A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler les arrêtés du 7 décembre 2023 par lesquels le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2307159 et 2307160 du 14 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, M. A, représenté par Me Bidois, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement du 14 décembre 2023 ;

3°) d'annuler les arrêtés du 7 décembre 2023 par lesquels le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de l'incompétence de l'auteur de l'acte, dès lors que l'absence ou l'empêchement de Mme B ne sont pas démontrés et l'organigramme produit par le préfet ne précise pas expressément que le bureau de l'immigration et de la nationalité serait compétent pour édicter la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure eu égard à l'absence de la procédure contradictoire préalable prescrite par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, eu égard à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que doit lui être délivré un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle, au titre de la vie privée et familiale ou en qualité de salarié ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, eu égard au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée de l'incompétence de son auteur, dès lors que l'absence ou l'empêchement de Mme B ne sont pas démontrés et l'organigramme produit par le préfet ne précise pas expressément que le bureau de l'immigration et de la nationalité serait compétent pour édicter la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure eu égard à l'absence de la procédure contradictoire préalable prescrite par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale eu égard au défaut de fondement légal de son interpellation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que doit lui être délivré un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle ou au titre de la vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 8 mars 1990, a été interpelé en situation irrégulière le 5 décembre 2023. Par deux arrêtés du 7 décembre 2023, le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination de cette mesure assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A relève appel du jugement 14 décembre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. A ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse. Dès lors, il y a lieu de rejeter sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés en litige :

4. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et en vigueur à la date des arrêtés en litige, le préfet de l'Aude a donné délégation à Mme C B, directrice de la légalité et de la citoyenneté, à l'effet de signer tous les actes relevant du ministère de l'intérieur dans la limite des attributions et compétences relevant de sa direction, à l'exception d'actes énoncés à l'article 2 de l'arrêté dont ne font pas partie les décisions attaquées. L'article 4 de ce même arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, la délégation de signature qui lui est consentie est exercée par Mme E D, cheffe du bureau de l'immigration et de la nationalité, dans la limite des attributions de son bureau. D'une part, il n'est pas établi et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme B n'ait pas été absente ou empêchée, ce qui autorisait la signataire à édicter les arrêtés préfectoraux en litige. D'autre part, ainsi que l'a estimé la première juge, il ressort de l'organigramme détaillé de la préfecture, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 24 juin 2022 que le bureau de l'immigration et de la nationalité a notamment pour mission la mise en œuvre des mesures d'éloignement et des décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En second lieu, il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de ces décisions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

6. En premier lieu, la décision en litige vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Par ailleurs, elle mentionne les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre la mesure d'éloignement à l'encontre de M. A, notamment sa situation administrative, les éléments de sa situation personnelle et familiale en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'appelant reprend devant la cour, sans critique utile du jugement attaqué, les moyens tirés du vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour et de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en ne lui délivrant pas un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle ou de sa vie privée et familiale. Ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus par la première juge aux points 12 à 18. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il doit obtenir un titre de séjour en qualité de salarié dès lors qu'il " est notoirement réputé pour être un employé honnête et travailleur " et en se prévalant d'une promesse d'embauche ni datée ni signée, M. A n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour que la cour en apprécie le bien-fondé.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si, pour démontrer une intégration particulière en France, M. A produit notamment plusieurs attestations de ses proches et des attestation émanant de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il est constant qu'il n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour, qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'une interpellation le 5 décembre 2023 pour des faits d'exhibition sexuelle, rébellion, refus de se soumettre aux vérifications de son imprégnation alcoolique et infraction à la législation des étrangers, et était déjà connu pour des faits de détérioration d'un bien appartenant à autrui et violence en état d'ivresse, ainsi que menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été concubin et appel téléphonique malveillant. Par ailleurs, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille en France, ne démontre pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet de l'Aude n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'appelant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il ressort des termes mêmes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, prise sur le fondement des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle vise, que le préfet a examiné les quatre critères mentionnés par ces dispositions, en exposant l'entrée irrégulière récente de M. A et son maintien en séjour irrégulier sur le territoire français, la menace à l'ordre public qu'il constitue, sa soustraction aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et qu'une telle décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale puisqu'il ne peut se prévaloir d'aucun lien suffisamment ancien, stable et intense avec la France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

12. En deuxième lieu, alors que M. A se borne à soutenir que " le préfet ne se prononce pas sur chacun [des] quatre critères ", ainsi qu'il vient d'être dit, il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le préfet de l'Aude a tenu compte de l'ensemble des critères fixés par les dispositions citées au point 10 de la présente ordonnance, en mentionnant l'entrée en France récente de l'appelant, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la menace qu'il représente pour l'ordre public, ainsi que sa soustraction à ses précédentes mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 de la présente ordonnance, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la première juge a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, l'appelant ne se prévaut d'aucune circonstance exceptionnelle de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français de sorte qu'il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de l'Aude aurait commis une erreur d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". La décision en litige vise, notamment, les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne, en outre, que l'appelant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour de trois ans édictée le même jour, et qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est, par suite, suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit dès lors qu'un titre de séjour doit lui être délivré doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 de la présente ordonnance.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

17. Dès lors que M. A, qui n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, l'autorité préfectorale, en vue de garantir l'exécution de cette obligation, pouvait légalement limiter sa liberté de circulation en l'assignant à résidence. Si l'intéressé se prévaut de l'irrégularité de son interpellation le 5 décembre 2023 par les services de police et de la plainte qu'il aurait déposé en ce sens le 8 décembre 2023 accompagnée d'un certificat médical concluant à une incapacité temporaire totale de deux jours, ces circonstances ne sont pas de nature à entacher la décision portant assignation à résidence d'illégalité, ainsi qu'il a été jugé au point 29 du jugement attaqué.

18. En quatrième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 de la présente ordonnance, les moyens, tels qu'ils sont soulevés, selon lesquels la décision portant assignation à résidence méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle de M. A doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 2 septembre 2024.

Le président de la 1ère chambre,

Éric Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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