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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00196

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00196

mardi 14 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00196
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE ARANJO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Le syndicat des moniteurs professionnels de glisses aérotractées et M. A... B... ont demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler, d’une part, la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de la région académique Occitanie a décidé de ne pas reconduire M. B... en qualité de membre régional du jury « BPJEPS GADA » et « DEJEPS GAN », d’autre part, la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. B... contre cette décision le 11 janvier 2022, ainsi que les décisions implicites de rejet des demandes présentées par M. B... de communication des arrêtés de composition des jurys pour les années 2020 et 2021.

Par un jugement n° 2202309 du 19 décembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté la demande du syndicat des moniteurs professionnels de glisses aérotractées et de M. B....

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 janvier et 21 mai 2024, le syndicat des moniteurs de glisses aérotractées et M. B..., représentés par Me De Aranjo, demandent à la cour :

1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 19 décembre 2023 en tant qu’il rejette leurs conclusions tendant à l’annulation de la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de la région académique Occitanie a décidé de ne pas reconduire M. B... en qualité de membre régional du jury « BPJEPS GADA » et « DEJEPS GAN » ;

2°) d’annuler la décision du 9 décembre 2021, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté le 11 janvier 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser au syndicat des moniteurs de glisses aérotractées et une somme de 1 000 euros sur le même fondement à verser à M. B....


Ils soutiennent que :

-c’est à tort que les premiers juges ont considéré que M. B... avait commis des fautes déontologiques en demandant d’accéder au dossier d’habilitation du centre des ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS) de Montpellier d’un candidat ; en effet, si les membres du jury ne remplissent pas les missions qui leur sont dévolues par différentes dispositions du code du sport, dans l’attribution de diplômes d’Etat à des moniteurs de kite-surf, ils commettent des fautes déontologiques graves dès lors qu’elles peuvent avoir pour conséquence des accidents mortels sur les plages, du fait de moniteurs n’ayant pas les capacités requises ;  les fautes déontologiques qui peuvent être commises par des membres de jury sont listées de manière non exhaustive, par l’article A 212-19 du code du sport, le ministre du travail ayant par ailleurs publié une charte de déontologie à l’adresse des membres des jurys pour l’attribution des diplômes d’Etat ;

-il devait, ainsi que les autres membres du jury, apprécier les qualités personnelles d’un candidat, et vérifier qu’il avait été procédé à la validation des acquis de l’expérience et des formations obligatoires ; il a, ce qu’il avait déjà demandé par un courriel avant la réunion du jury du 7 janvier 2021, demandé d’accéder au dossier de validation des acquis de l’expérience professionnelle d’un candidat, avant d’émettre son vote lors de la délibération du jury, cette demande étant légitime et même nécessaire au regard des textes applicables, pour permettre aux membres du jury de délibérer en toute connaissance de cause ; le dossier ne lui a pas été communiqué, au motif de la crise sanitaire ; il a estimé n’être pas en mesure de remplir ses fonctions de membre du jury et a émis un vote négatif lors de la délibération du jury ; ce positionnement ne peut mettre en évidence une faute déontologique, dès lors qu’il n’a fait que respecter ses obligations déontologiques ;

- la décision d’éviction du jury est donc entachée d’une erreur de fait et d’une erreur dans la qualification juridique des faits ; il a par ailleurs, ainsi que le lui oppose la décision d’éviction, demandé à consulter certaines pièces des dossiers des candidats, notamment les dossiers d’habilitation du CREPS de Montpellier qui délivre les certificats de formations en sécurité ; lors de la délibération du jury , il lui a été indiqué que ces documents n’étaient pas communicables, ce dont il a pris acte, sans qu’il n’y ait d’incident ;

-la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit en lui opposant des manquements déontologiques, pour une simple demande de pièces, la rectrice n’indiquant pas quelle disposition il aurait méconnue, alors que par ailleurs le jury a délibéré et que les diplômes ont été délivrés lors de la session du 7 janvier 2021 ; aucune faute déontologique ne peut donc lui être opposée ; à supposer qu’il ait commis des fautes, elles ne sont pas suffisamment graves pour justifier une exclusion du jury ; la décision attaquée est donc entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et apparait disproportionnée .


Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, la rectrice de l’académie de Montpellier, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu’ainsi qu’elle l’avait opposé en première instance, la demande devant le tribunal administratif était irrecevable, dès lors que l’acte attaqué ne constitue pas une décision faisant grief  dans la mesure où les nominations en qualité de membre d’un jury ne créent aucun droit et que M. B... ne disposait d’aucun droit au renouvellement de sa nomination en qualité de membre du jury ; par ailleurs le syndicat des moniteurs professionnels de glisses aérotractées n’a pas intérêt à agir et ses conclusions présentées devant le tribunal administratif étaient tardives.

Elle soutient, à titre subsidiaire, qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.


Par une ordonnance du 24 juillet 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 25 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bentolila, président-assesseur,
- les conclusions de M. Jazeron, rapporteur public,


Considérant ce qui suit :


1.Par deux arrêtés des 9 et 13 décembre 2019, le directeur régional Occitanie de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale a fixé la composition du jury du brevet professionnel et du diplôme d’Etat de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport, au sein duquel M. B... représentait les professionnels, pour les jurys organisés pour les années 2019 à 2021. Par un courrier du 9 décembre 2021, la rectrice de la région académique d’Occitanie a informé M. B... que sa nomination en qualité de membre du jury n’était pas reconduite. Le 4 janvier 2022, M. B... a formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision qui a été implicitement rejeté par la rectrice. Le syndicat des moniteurs professionnels de glisses aérotractées et M. B... ont demandé l’annulation de ces décisions au tribunal administratif de Montpellier.

2. Le syndicat des moniteurs professionnels de glisses aérotractées et M. B... relèvent appel du jugement du 19 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté leurs demandes d’annulation de ces décisions.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

3. Contrairement à ce qu’il est opposé en défense, les décisions de refus de reconduction en qualité de membre d’un jury, qui s’analysent comme des décisions de refus de nomination en cette qualité constituent, alors même qu’il n’existe aucun droit à être nommé ou renouvelé dans des fonctions de membre d’un jury, des décisions faisant grief susceptibles de faire l’objet d’un recours en excès de pouvoir. 

4. En outre, dès lors que M. B... justifie d’un intérêt lui donnant qualité pour demander l’annulation de la décision refusant de le reconduire en qualité de membre du jury, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres fins de non-recevoir opposées aux conclusions présentées par le syndicat des moniteurs professionnels de glisses aérotractées tirées notamment de l’absence d’intérêt à agir du syndicat requérant, la requête est recevable.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

5. Aux termes de l’article R. 212-10-2 du code du sport relatif à la composition des jurys compétents pour l'ensemble des formations et certifications mentionnées à l’article R. 212-10-1 de ce même code : « Outre le président, le jury est composé : (…) – de représentants qualifiés des professions concernées sur proposition des commissions paritaires nationales de l'emploi et de la formation (CPNEF) compétentes dans le champ des métiers de l'animation et du sport. A défaut de proposition des commissions ou en cas d'empêchement de siéger des personnes désignées par elles, le recteur de région académique (…) désigne ces représentants qualifiés dans les conditions et délais fixés par arrêté des ministres chargés de la jeunesse et des sports (…) ». Aux termes de l’article A. 212-20 de ce code : « Les commissions paritaires nationales de l'emploi et de la formation compétentes dans le champ des métiers de l'animation et du sport proposent au plus tard le 31 décembre de chaque année pour l'année suivante, à la demande du directeur des sports, une liste de représentants qualifiés des employeurs et des salariés des professions concernées dans le champ des métiers de l'animation et du sport. Conformément au cinquième alinéa de l'article R. 212-10-2, le directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, pour constituer un jury, s'adresse aux représentants désignés par la commission paritaire nationale de l'emploi et de la formation concernée en précisant, notamment, la date de la première session du jury. En cas de non réponse dans un délai de 15 jours ou d'empêchement, et si la liste proposée est épuisée, il désigne des représentants choisis parmi les employeurs et les salariés qualifiés dans le champ des métiers de l'animation et du sport ».
 
6.Aux termes de l’article A 212-19 du code du sport : « Il est mis fin par le directeur régional de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale aux fonctions d'un membre du jury en cas : (…) - de manquement aux règles déontologiques du jury (…) ». En vertu de l’article A 212-20 du même code, il appartient au recteur de région académique de constituer un jury.

7. Les dispositions précitées de l’article A 212-19 du code du sport, si elles ne visent expressément que le prononcé d’une fin de fonctions d’un membre du jury, permettent également au recteur de refuser, pour des motifs de manquement par un membre du jury à ses obligations déontologiques, une nomination, notamment sous forme d’un refus de renouvellement de fonctions, en cette qualité.

8.En l’espèce, contrairement à ce qu’ont estimé les premiers juges, la décision du 9 décembre 2021 de la rectrice de la région académique d’Occitanie, alors même qu’elle rappelle que le recteur de la région académique dispose, sur le fondement de l’article R 212-10-2 du code du sport, d’une liberté de nomination des membres du jury, n’est fondée que sur les manquements déontologiques dont M. B... se serait rendu l’auteur. C’est donc à tort que le tribunal a considéré qu’à supposer même que le motif tenant au manquement de M. B... à ses obligations déontologiques ne serait pas établi, la rectrice aurait pris la même décision au regard du motif tiré de sa liberté de nomination des membres du jury.

9 .La décision du 9 décembre 2021 de la rectrice de la région académique d’Occitanie se fonde, pour ne pas, au motif de manquements déontologiques, reconduire M. B... en qualité de membre régional du jury « BP JEPS » et « DEJEPS GAN », d’une part sur « la remise en question et contestation du fonctionnement du jury : méthodologie d’instruction de la VAE, refus de valider les propositions formulées lors de la restitution de la sous-commission désignée par le Président du jury, au motif de non-consultation du dossier VAE du candidat évalué », et d’autre part sur la « formulation de requêtes durant le jury, n’entrant pas dans le champ de la délibération : souhait de consulter et accéder à des pièces administratives internes à l’administration (dossier d’habilitation du CREPS de Montpellier, documents administratifs…) » .

10. Il ressort des pièces du dossier que le premier point sur lequel se fonde la décision de refus de nomination repose sur le fait pour M. B... d’avoir lors de la réunion du jury du 7 janvier 2021, demandé -ainsi qu’il l’avait au demeurant fait avant cette réunion, par un courriel du 7 janvier 2021 - d’accéder au dossier de validation des acquis de l’expérience professionnelle d’un candidat , et que le second point de cette décision est fondé sur le fait que M. B... a demandé à consulter certaines pièces des dossiers des candidats, notamment pour un candidat, le dossier d’habilitation du CREPS de Montpellier qui délivre les certificats de formations en sécurité .

11. Il ne ressort d’aucune disposition législative ou règlementaire, ni d’aucun principe, que, par les demandes de communication de certains éléments du dossier des candidats qu’il a présentées lors des réunions du jury, et auxquelles le président du jury n’a pas accédé, ce qui n’a donné lieu à aucun incident, M. B... aurait enfreint ses obligations déontologiques. Au contraire, M. B..., en estimant que, faute d’avoir reçu les informations dont il avait demandé -légitimement- la communication, il se devait d’émettre un vote négatif lors de la délibération du jury, a exercé les prérogatives qui étaient les siennes en qualité de membre du jury et ne saurait par son vote être regardé comme s’étant rendu l’auteur de manquements déontologiques.


12. Dans ces conditions, M. B... est fondé à soutenir que la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de la région académique Occitanie a décidé de ne pas le nommer en qualité de membre régional du jury « BP JEPS » et « DEJEPS GAN », et la décision implicite de rejet son recours gracieux formé contre cette décision le 11 janvier 2022, sont entachées d’une erreur d’appréciation.


13. Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué du 19 décembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de la région académique Occitanie a décidé de ne pas le reconduire en qualité de membre régional du jury « BP JEPS » et « DEJEPS GAN », ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 11 janvier 2022.


14. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat au bénéfice de M. B... la somme demandée de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme réclamée sur ce même fondement par le syndicat des moniteurs professionnels de glisse aérotractées.


d é c i d e :



Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 19 décembre 2023 et la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la rectrice de la région académique Occitanie a décidé de ne pas reconduire M. B... en qualité de membre régional du jury « BP JEPS » et « DEJEPS GAN », ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté le 11 janvier 2022 par M.B...,  sont annulés.

Article 2 : L’Etat versera la somme de 1 000 euros à M. B... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat des moniteurs professionnels de glisse aérotractée au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au syndicat des moniteurs professionnels de glisse aérotractée, à M. A... B... et à la rectrice de la région académique d’Occitanie. Copie en sera délivrée à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.

Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,
M. Bentolila, président-assesseur,
Mme Beltrami, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.  


 
Le rapporteur,
 
 
 
 
 
P.Bentolila
 
 
Le président,
 
 

 
 
M. Romnicianu











 
La greffière,
 
 
 
C. Lanoux 


La République mande et ordonne à la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent arrêt.












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