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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00241

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00241

lundi 15 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00241
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOUHLALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2303137 du 19 décembre 2023, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2024, M. B, représenté par Me Touhlali, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 de la préfète de Vaucluse ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse, à titre principal, de lui renouveler sa carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour :

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande de renouvellement de titre de séjour dès lors qu'il n'a pas pris en compte l'ancienneté de sa carrière de saisonnier agricole en France et la régularité de son séjour durant la période 2014-2021 ;

- le refus de renouveler son titre de séjour méconnaît en l'espèce le principe de proportionnalité au regard de l'absence de tout manquement antérieur et de la longueur de sa carrière pour le même employeur ;

- en opposant un refus à sa demande, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement a été prise en violation du principe de proportionnalité et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'exemplarité de sa carrière depuis dix ans pour le même employeur ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle, au regard notamment de la perte de l'emploi qu'il occupe depuis dix ans et de l'impossibilité pour lui de prétendre à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail dans le domaine agricole en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () "

2. M. B, ressortissant marocain né le 14 juillet 1980, a sollicité le 18 avril 2023 le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 14 août 2020 au 13 août 2023. Par un arrêté en date du 13 juillet 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B fait appel du jugement du 19 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a refusé de faire droit à sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". L'article L. 432-2 du même code dispose que : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", qui autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an, est délivrée à l'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France.

6. Si l'appelant invoque le caractère disproportionné que revêt le refus de renouvellement de son titre de séjour pluriannuel en raison de l'absence de tout manquement antérieur aux obligations inhérentes à la nature du titre de séjour dont il bénéficiait et de la longueur de sa carrière chez le même employeur, il ne critique pas utilement la réponse apportée par les premiers juges aux moyens tirés des erreurs de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète de Vaucluse dans l'application des dispositions et principe mentionnés aux deux points précédents. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal au point 4 du jugement attaqué. Pour le surplus, dès lors que M. B ne remplissait pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour, il ne peut se prévaloir d'une violation du principe de proportionnalité pour contester le refus opposé à sa demande.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B justifie de plusieurs expériences professionnelles en tant qu'ouvrier agricole auprès du même employeur depuis 2014. M. B se prévaut par ailleurs du caractère régulier de son séjour de 2014 à 2020 et de la perte de son emploi occupé depuis presque dix ans qu'a induit l'arrêté contesté. Toutefois, il n'est pas contesté que ses attaches se situent principalement au Maroc où résident son épouse et ses enfants et où il a vécu la majeure partie de son existence, et qu'il n'a pas respecté la durée maximale annuelle de séjour pour les années 2021, 2022 et 2023. Dans ces conditions, l'appelant, qui se prévaut de la méconnaissance par la préfète de Vaucluse du principe de proportionnalité, n'établit pas qu'en refusant le renouvellement de son titre de séjour, la représentante de l'Etat aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Pour les mêmes motifs, le refus de renouvellement du titre de séjour dont été titulaire l'intéressé ne peut être regardé comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 6 et 8 de la présente ordonnance, et même tenant compte des effets spécifiques de la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. B, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance du principe de proportionnalité et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision obligeant l'appelant à quitter le territoire français.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, il y a lieu de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Vaucluse.

Fait à Toulouse, le 15 juillet 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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