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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00250

cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00250

mardi 7 mai 2024

Juridictioncour administrative d'appel de Toulouse
Sectioncour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00250
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D E C a demandé au tribunal administratif de Toulouse :

- d'annuler l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

- d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui octroyer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n°2106224 du 12 mai 2023, le tribunal administratif de Toulouse a annulé l'arrêté du 16 mars 2021 du préfet de la Haute-Garonne en tant qu'il oblige M. E C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit, enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. E C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, et rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, M. D E C, représenté par Me Galinon, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 mars 2021 en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreurs de fait relative à sa date d'entrée en France ainsi qu'à l'existence de liens justifiant une régularisation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

M. E C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. E C, ressortissant comorien né le 29 juillet 1997, est entré sur le territoire français à Mayotte au cours de l'année 2002 selon ses déclarations. Il a obtenu un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable du 24 mars 2016 jusqu'au 23 mars 2017, puis renouvelé du 9 mai 2017 au 8 mai 2018, n'autorisant son séjour qu'à Mayotte. Le 20 août 2017, le requérant est entré sur le territoire métropolitain de la France sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " émis par la préfecture de Mayotte. Ce titre de séjour lui a ensuite été régulièrement renouvelé par le préfet de la Haute-Garonne entre le 1er octobre 2017 et le 30 septembre 2020. Le 16 décembre 2020, M. E C a sollicité un changement de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. E C relève appel du jugement du 12 mai 2023 du tribunal administratif de Toulouse en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour.

Sur le bien-fondé du jugement :

3. En premier lieu, M. E C soutient que la décision querellée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne que son entrée " en France " est intervenue le 20 août 2017, relevant ainsi que le préfet a examiné son droit au séjour sans tenir compte de sa durée de présence antérieure dans le département de Mayotte, qui se situe également en France. Il ressort toutefois des termes de l'arrêté qu'en indiquant que l'intéressé est entré " en France, le 20 août 2017 ", le préfet a entendu faire état de son arrivée " en France métropolitaine " en provenance de l'île de Mayotte, puisqu'il mentionne qu'elle a eu lieu sous le couvert d'un visa de long séjour étudiant " émis par la préfecture de Mayotte " indiquant par là-même son département d'origine. Il ressort en outre d'un autre considérant de l'arrêté en litige que l'intéressé est entré en métropole à l'âge de 20 ans après avoir " vécu la majeure partie de sa vie à Mayotte " où il était titulaire d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et où il dispose de fortes attaches personnelles et familiales, à savoir ses parents et son enfant mineur. Par suite, à supposer que le préfet ait effectivement commis une erreur de plume en omettant d'indiquer le terme " France métropolitaine ", il n'en demeure pas moins qu'il a effectivement tenu compte de la durée de séjour de l'intéressé à Mayotte pour prendre sa décision, et n'a ainsi pas entaché sa décision d'une erreur de fait par cette seule mention. La circonstance que l'arrêté contesté n'ait pas mentionné que sa sœur de nationalité française réside en France métropolitaine ne révèle aucune erreur de fait, alors qu'ainsi qu'il vient d'être exposé, ses parents et son enfant mineur résident à Mayotte. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait dont serait entachée la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 832-2, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " les ressortissants de pays figurant sur la liste () des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'État, par le représentant de l'État à Mayotte après avis du représentant de l'État dans le département où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public ". L'article R. 832-2 du même code, alors en vigueur, précise que : " L'étranger qui sollicite le visa prévu à l'article L. 832-2 présente son document de voyage, le titre sous couvert duquel il est autorisé à séjourner à Mayotte, les documents permettant d'établir les conditions de son séjour dans le département de destination, les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour ainsi que les garanties de son retour à Mayotte. / Sauf circonstances exceptionnelles, ce visa ne peut lui être délivré pour une durée de séjour excédant trois mois () ". Ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Pour soutenir que le refus de titre de séjour porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il est entaché d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. E C invoque la circonstance qu'il réside de façon continue depuis 2002 sur le territoire français, d'abord à Mayotte, où il a suivi sa scolarité jusqu'à l'obtention le 4 juillet 2016 d'un baccalauréat professionnel dans la spécialité technicien du froid et conditionnement de l'air, et où vivent son père de nationalité française et sa mère titulaire d'une carte de séjour temporaire, ainsi que son fils mineur né le 20 mai 2016, puis à compter du 20 août 2017 sur le territoire métropolitain, où il a été admis à séjourner en qualité d'étudiant en 1ère année de licence d'histoire à l'université de Limoges en 2017-2018, qu'il a abandonné pour s'inscrire, durant l'année 2018-2019, en 1ère année de brevet de technicien supérieur " fluide énergie domotique " au lycée polyvalent de Muret (Haute-Garonne), cursus également abandonné depuis lors. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a été admis au séjour sur le territoire métropolitain qu'à titre temporaire, et en dernier lieu en qualité d'étudiant jusqu'au 30 septembre 2020, après deux inscriptions universitaires et scolaires successives non couronnées de succès, et qu'il a sollicité un changement de statut le 16 décembre suivant en exposant être suivi par la mission locale en vue de la recherche d'un emploi. Si M. E C, qui ne conteste pas être dépourvu de ressources autonomes et de logement, ajoute que sa sœur de nationalité française réside en France métropolitaine et qu'il a noué une relation avec une ressortissante française, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui ne résidait que depuis quatre ans en France métropolitaine à la date de la décision attaquée, et ce dans le cadre de ses études, y aurait des attaches particulièrement fortes, la relation dont il se prévaut n'étant pas démontrée et son enfant mineur résidant à Mayotte, de même que ses parents. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en lui refusant le séjour, porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur de droit au regard des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E C, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E C, à Me Galinon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 7 mai 2024.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°24TL00250

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