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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00457

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00457

lundi 26 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00457
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'ordonner une mesure d'instruction avant-dire droit, tendant à ce que l'administration délivre les extraits Themis relatifs à l'instruction de son dossier ainsi que toute preuve de la tenue d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle respectant l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 par application de l'article R. 313- 23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les documents médicaux extraits de la base de données accessible uniquement au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui ont fondé l'avis et tout document médical sur lequel le collège s'est fondé pour rendre son avis et d'annuler l'arrêté du 3 février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement no 2103806 du 16 juin 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2024, M. A, représenté par Me Tercero, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2021 du préfet de la Haute-Garonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le munir d'une attestation provisoire de séjour avec droit au travail sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui remettre au plus tard dans le délai de quinze jours une autorisation provisoire au séjour avec droit au travail dans les mêmes conditions d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

-elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-11, R. 313-22 et R. 313-23 alors applicables au litige du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, d'une part, au vu de la distance géographique séparant les trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ceux-ci n'ont pas pu tenir une délibération collégiale pour rendre leur avis et, d'autre part, la garantie fondamentale de la tutelle du ministre de la santé sur les médecins du collège national de cet office n'est pas respectée ;

- eu égard à sa situation médicale, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit par méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'absence de soins ainsi que de l'absence de traitement approprié dans son pays d'origine ; il ne pouvait en conséquence pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire, qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Nigéria en raison de sa pathologie psychiatrique et du fait qu'il ne sera pas en mesure de se soigner ni de continuer son traitement psychiatrique.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, de nationalité nigériane, né le 14 juin 1983, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 9 juillet 2014. Sa demande a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile rendue le 8 février 2017. Le réexamen de sa demande d'asile a été refusé par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 2 janvier 2018. Le 18 août 2020, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 3 février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement du 16 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Toutefois, en cas de doute, il lui appartient d'ordonner toute mesure d'instruction utile.

6. En premier lieu, M. A soulève à nouveau en appel le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de l'instruction de sa demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade au regard des dispositions des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables et de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'apporte toutefois aucune précision complémentaire permettant de critiquer utilement la réponse faite par le tribunal administratif de Toulouse à ce moyen. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 2 à 4 du jugement attaqué.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 22 décembre 2020 sur lequel s'est fondé le préfet de la Haute-Garonne relève que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces produites par M. A en première instance, notamment les certificats médicaux du 15 mars 2021 et du 17 février 2023, qu'il est atteint d'un état de stress-post traumatique chronique avec une composante psychotique et d'un trouble dépressif de sévérité grave et qu'il est suivi régulièrement dans un centre médico-psychologique. Si ce dernier certificat médical, établi postérieurement à l'arrêté en litige, indique que la " thérapie EDMR n'est pas disponible au Nigéria ", cette seule mention ne suffit pas à démontrer que l'appelant ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement adapté à son état de santé. Par ailleurs, si le rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés détaille l'accès aux soins psychiatriques et la qualité des services de soins au Nigéria, les informations fournies ne sont pas actualisées depuis novembre 2017 et n'indiquent pas de manière circonstanciée que le traitement qu'il suit en France ne serait pas disponible au Nigéria Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu refuser de délivrer un titre de séjour à M. A sans méconnaître les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance, M. A n'établit pas qu'eu égard à l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé du Nigéria, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En l'absence de précision complémentaire de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de la Haute-Garonne, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait, par voie de conséquence, privée de base légale ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il sera exposé à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de son état de stress post traumatique dû à des évènements ayant eu lieu dans son pays d'origine et d'être enfermé ou enchainé dans des centres à cause de sa pathologie psychiatrique. Il soutient également qu'il sera exposé à de tels traitements en raison de l'impossibilité pour lui de se soigner dans son pays d'origine. Cependant, il n'établit pas qu'il serait privé au Nigéria, des soins médicaux que son état de santé nécessite et ne produit aucun document probant permettant de tenir pour établie l'existence des menaces auxquelles il serait personnellement exposé s'il retournait au Nigéria. Dans ces conditions, et alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée de manière définitive par la Cour nationale du droit d'asile le 15 décembre 2017, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Tercero et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 26 août 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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