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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00537

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00537

lundi 26 août 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00537
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantMANDROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aude a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure.

Par un jugement n° 2306838 du 1er février 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, M. B, représenté par Me Mandrou, doit être regardé comme demandant à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de dix ans ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui accorder un délai de trois mois pour quitter le territoire français.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit eu égard au 6) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît le a) de l'article 7 du même accord ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- un délai de trois mois doit lui être accordé pour quitter le territoire français.

Par une décision du 21 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 15 août 1950, a sollicité le 21 janvier 2020 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'en application du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 12 octobre 2023, le préfet de l'Aude a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure. M. B fait appel du jugement du 1er février 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur un fondement particulier, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur un autre fondement. Comme l'ont relevé les premiers juges, il ressort de l'arrêté du 12 octobre 2023 que le préfet de l'Aude, ainsi qu'il lui était loisible de le faire, a seulement examiné la demande de titre de séjour de l'appelant tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles et il a seulement ajouté que M. B ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord du 28 décembre 1968. Par suite, le moyen selon lequel le préfet de l'Hérault aurait méconnu les stipulations du 6) de l'article 6 ou du a) de l'article 7 de cet accord en refusant de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " visiteur ", qui repose sur d'autres fondements que ceux de sa demande, ne peut qu'être écarté.

4. En tout état de cause, M. B, qui n'établit pas ni même n'allègue d'ailleurs avoir suivi une scolarité d'au moins cinq ans dans un établissement scolaire français, ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des stipulations du 6) de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il justifierait de moyens d'existence suffisants lui permettant de bénéficier d'un certificat de résidence portant la mention " visiteur " sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 du même accord.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B, qui s'est prévalu de sa présence sur le territoire français depuis le 30 mai 2001 lors de sa demande de titre de séjour, soutient dans la présente instance qu'il réside habituellement en France depuis l'année 2012. Il ne fait toutefois état d'aucune vie privée ou familiale en France ni d'aucune intégration sociale particulière et il n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu de liens avec son pays d'origine dans lequel il a passé la majeure partie de sa vie et où résident, selon les indications non contestées qui sont mentionnées dans l'arrêté du préfet de l'Aude, son épouse et ses huit enfants. Par conséquent, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 12 octobre 2023 a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet de l'Aude n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

8. M. B ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à justifier l'octroi, à titre exceptionnel, d'un délai supérieur à trente jours pour organiser son départ. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Emmanuelle Mandrou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 26 août 2024.

Le président de la 1ère chambre,

Alain Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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