mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL00546 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | MISSLIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Nîmes, par deux demandes distinctes, l'annulation des arrêtés du 27 novembre 2023 par lesquels le préfet du Gard leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure.
Par un jugement nos 2304687 et 2304690 du 17 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 24TL00546 le 29 février 2024, M. C, représenté par Me Misslin, demande à la cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler ce jugement du 17 janvier 2024 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes ;
3°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Gard lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure ;
4°) d'enjoindre au préfet du Gard, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé quant aux moyens tirés du défaut d'examen réel et complet de sa situation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision relative au délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La demande d'aide juridictionnelle de M. C a été rejetée par une décision du 31 mai 2024.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 24TL00547 le 29 février 2024, Mme C, représentée par Me Misslin, demande à la cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler ce jugement du 17 janvier 2024 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes ;
3°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Gard lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure ;
4°) d'enjoindre au préfet du Gard, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé quant aux moyens tirés du défaut d'examen réel et complet de sa situation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision relative au délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 31 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme C, ressortissants arméniens, nés respectivement les 17 août 1976 et 16 juillet 1978, sont entrés en France le 25 août 2022. À la suite du rejet de leur demande d'asile le 5 juillet 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le préfet du Gard, par deux arrêtés du 27 novembre 2023, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure. M. et Mme C relèvent appel du jugement du 17 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la jonction :
3. Les requêtes enregistrées sous les numéros 24TL00546 et 24TL00547 sont dirigées contre le même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
4. Compte tenu des décisions rendues par le bureau d'aide juridictionnelle le 31 mai 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme C tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la régularité du jugement :
5. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il résulte des motifs mêmes de son jugement que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a suffisamment répondu aux moyens soulevés devant lui en particulier les moyens tirés du défaut d'examen réel et complet de la situation des appelants et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que le jugement qu'ils attaquent serait insuffisamment motivé.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
6. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés, qui n'avaient pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. et Mme C, qu'ils comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre ses décisions et qu'ils répondent ainsi aux exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation des appelants. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours et du défaut d'examen particulier de la situation des intéressés dont seraient entachées les mesures d'éloignement doivent, en conséquence, être écartés.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a conclu un contrat de sous-traitance du 15 août 2023 au 31 août 2023, et que Mme C a bénéficié d'un contrat de travail à durée déterminée du 1er mai 2023 au 12 août 2023 pour lequel elle avait obtenu une autorisation provisoire de travail le 27 avril 2023. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à établir une insertion professionnelle particulièrement ancienne, intense et stable sur le territoire français. En outre, les intéressés, qui sont entrés récemment sur le territoire français à la date des décisions attaquées, ne démontrent pas avoir noué en France des liens personnels, sans que l'engagement associatif de Mme C ni sa maîtrise de la langue française ne démontrent une intégration particulière au sein de la société française. Si leurs trois enfants sont scolarisés en France, il n'existe aucun obstacle ni à la poursuite de leur scolarité, ni à la reconstitution de la cellule familiale dans leur pays d'origine, leur seule fille majeure faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, les appelants n'établissent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. En conséquence, M. et Mme C ne sont fondés à soutenir ni que la mesure d'éloignement prise à leur encontre porte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée pour les mêmes motifs d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation des arrêtés contestés, que le préfet aurait estimé que les dispositions précitées faisaient obstacle à ce qu'il accordât un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
11. En quatrième lieu, M. et Mme C ne font état d'aucun élément de nature à justifier la mise en place d'un délai supérieur à trente jours pour organiser leur départ. Ainsi, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet en assortissant l'obligation de quitter le territoire d'un délai de trente jours ne peut qu'être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ainsi que l'a estimé le premier juge, les appelants n'établissent pas, comme, du reste, l'a estimé la Cour nationale du droit d'asile le 17 novembre 2023, que dans l'hypothèse d'un retour dans son pays d'origine ils encourraient le risque de subir des traitements inhumains et dégradants.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme C tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par M. et Mme C est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Mme A C, à Me Fanny Misslin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Fait à Toulouse, le 4 septembre 2024.
Le président de la 1ère chambre,
Éric Rey-Bèthbéder
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Nos 24TL00546 et 24TL00547
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026