mardi 17 juin 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL00815 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BEGUE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à l'expiration de ce délai, et d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Par un jugement n° 2400344 du 19 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier, après l'avoir admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, a rejeté le surplus de ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, Mme B, représentée par Me Bégué, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Montpellier n°2400344 du 19 mars 2024;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Elle soutient que :
- le jugement contesté ne répond pas à l'ensemble des critiques sur la motivation de l'arrêté contesté ;
- l'arrêté attaqué est erroné, contradictoire et insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Une mise en demeure a été adressée le 20 août 2024 au préfet de l'Aude.
Par ordonnance du 28 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armelle Geslan-Demaret, présidente rapporteure,
- et les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 16 septembre 1965 à Mascara (Algérie) est entrée en France le 18 octobre 2022 munie d'un visa court séjour à entrées multiples, valable du 12 octobre 2022 jusqu'au 9 avril 2023. Mme B a sollicité, le 5 janvier 2023, du préfet de l'Aude la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " travailleur temporaire " ainsi qu'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par arrêté du 8 janvier 2024, le préfet de l'Aude lui a refusé son admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B relève appel du jugement du 19 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Le tribunal administratif de Montpellier, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments de la requérante, a suffisamment répondu au point 4 de son jugement au moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté alors que la critique du caractère erroné de sa motivation relevait du bien-fondé de l'arrêté.
Sur le bien-fondé du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. D'une part, l'appelante fait valoir que la motivation de l'arrêté du 8 janvier 2024 serait erronée en ce qu'il lui est reproché à tort un maintien irrégulier sur le territoire. Elle soutient également que la motivation de la décision est contradictoire, dans la mesure où il lui est fait grief d'avoir fondé sa demande de titre de séjour sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans avoir invoqué les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, alors même que cet arrêté s'y réfère expressément pour justifier la décision. Toutefois, ces seules circonstances ne suffisent pas pour considérer que le préfet de l'Aude, qui s'est, en outre, livré à un examen particulier de la situation de l'intéressée, aurait insuffisamment motivé la décision relative à l'obligation de quitter le territoire français au regard des autres circonstances de l'espèce. Par ailleurs, l'erreur de fait commise par le préfet sur le caractère irrégulier de sa situation à la date de sa demande de titre de séjour, alors que son visa n'était pas expiré est, en tout état de cause, sans incidence sur l'appréciation portée sur sa demande.
5. D'autre part, il ressort de l'arrêté contesté qu'il est assorti de considérations de droit et de fait précises et circonstanciées, mentionnant notamment les stipulations pertinentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la présence en France de la mère de l'appelante, ainsi que son état de santé. Il est également indiqué que l'intéressée est veuve et sans charge de famille, et qu'il n'est pas établi qu'elle serait la seule personne à pouvoir assister sa mère au quotidien ou que celle-ci ne pourrait retourner en Algérie pour y rejoindre le reste de sa famille. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux présente une motivation suffisante au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus : () ".
7. En l'espèce, Mme B se prévaut d'être entrée en France afin de prendre en charge sa mère, dont l'état de santé nécessiterait une surveillance et une assistance régulières. Elle invoque également l'existence de liens personnels en France, en ce qu'un mariage avec un ressortissant français était prévu le 20 avril 2024 à Narbonne, ainsi qu'il ressort du dossier de mariage versé au dossier. Toutefois, si l'appelante, veuve et sans enfant, justifie de la présence de liens affectifs en France et de l'état de santé fragile de sa mère, elle n'apporte pas d'éléments de nature à établir que sa présence auprès de celle-ci serait indispensable au quotidien. Elle ne démontre notamment pas que sa mère ne pourrait être prise en charge par les dispositifs médico-sociaux existants, en dépit des circonstances familiales invoquées. Par ailleurs, si Mme B se prévaut de son insertion en France, en soulignant l'absence de mention à son casier judiciaire, son affiliation à la sécurité sociale, sa régularité fiscale ainsi que sa maîtrise de la langue française, ces éléments, bien qu'établis, ne suffisent pas à caractériser une intégration particulière en France. Dans ces conditions, le préfet de l'Aude, en lui refusant le titre de séjour sollicité et en obligeant Mme B à quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 6-5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. De plus, pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet de l'Aude.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,
Mme Bentolila, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.
La présidente rapporteure,
A. Geslan-Demaret
La première conseillère la plus ancienne,
V. Dumez-Fauchille
La greffière,
M-M. Maillat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°24TL00815
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026