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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00822

cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00822

mercredi 12 juin 2024

Juridictioncour administrative d'appel de Toulouse
Sectioncour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00822
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBAUTES GEORGIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a notamment demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée.

Par un jugement n° 2307328 du 5 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2024, Mme B, représentée par Me Beautes, demande au juge des référés de la cour :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation dans le délai d'une semaine suivant la notification de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors qu'elle a bénéficié d'un visa de long séjour en qualité de stagiaire dont la durée a été prolongée et qu'elle a sollicité un changement de statut avant l'expiration de son autorisation provisoire de séjour ; elle doit donc être regardée comme s'étant vu opposer un refus de renouvellement de son titre de séjour et bénéficie d'une présomption d'urgence ; en outre, elle a obtenu à titre exceptionnel une possibilité de reporter la date initialement prévue de son stage ;

- le jugement contesté est entaché d'une erreur de droit tirée de la dénaturation des autorisations provisoires de séjour dont elle a bénéficié qui ne sont que l'extension du visa de long séjour qui lui avait été accordé ; sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante a donc été présentée sous couvert du visa de long séjour requis ; pour les ressortissants algériens, le séjour en tant que stagiaire ou en tant qu'étudiant est de même nature ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour lui refuser le titre de séjour sollicité au seul motif de l'absence de visa de long séjour alors même qu'une précédente décision avait été suspendue pour ce motif en référé ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation car elle remplissait toutes les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité.

Vu la requête n° 24TL00821 par laquelle Mme B demande l'annulation du jugement n° 2307328 du 5 mars 2024 du tribunal administratif de Montpellier et de l'arrêté du 26 octobre 2023 du préfet de l'Hérault.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.

Par une décision en date du 4 janvier 2023, le président de la cour a désigné Mme Armelle Geslan-Demaret, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 10 mars 1996, est entrée en France le 5 février 2023 sous couvert d'un visa de type D portant la mention " stagiaire ", valable du 1er février 2023 au 2 mai 2023. Dans le cadre de l'accomplissement du master 2 " ingénieur en santé " dispensé par l'Université de Grenoble, sur présentation d'une convention de stage entre cette université et le CNRS Occitanie de Montpellier pour la période allant du 6 février 2023 au 7 juillet 2023, elle a obtenu, au titre de l'année universitaire 2022/2023, une autorisation provisoire de séjour en qualité de " stagiaire ", valable du 4 mai 2023 au 17 juillet 2023, renouvelée jusqu'au 17 août 2023 sur présentation d'un avenant à sa convention de stage. Le 1er août 2023 elle a sollicité du préfet de l'Hérault la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " que le préfet a refusé d'instruire par une décision du 29 août 2023. L'exécution de cette décision a été suspendue par une décision du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier du 20 septembre 2023 qui a enjoint au préfet d'instruire cette demande dans un délai de quinze jours. Par un arrêté du 26 octobre 2023, intervenu sur injonction de réexamen, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée à l'expiration de ce délai. Par un jugement n° 2307328 du 5 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté. Par la présente requête, Mme B demande la suspension de l'exécution de cet arrêté dont elle a demandé l'annulation ainsi que du jugement du 5 mars 2024 par requête séparée enregistrée sous le n° 24TL00821.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'aide juridictionnelle totale ayant été accordée à Mme B par une décision du 31 mai 2024, les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. Contrairement à ce que soutient Mme B, la circonstance qu'elle ait bénéficié de deux prolongations successives par le biais d'autorisations provisoires de séjour n'a pas eu pour effet de faire regarder son visa initial accordé en qualité de stagiaire, comme un visa de long séjour " étudiant ". Sa demande de changement de statut, alors même qu'elle a été présentée avant l'expiration de sa dernière autorisation provisoire de séjour, n'avait pas le caractère d'une demande de renouvellement de son titre de séjour, mais devait être regardée comme une première demande, ainsi que l'ont à bon droit constaté les premiers juges. Si elle se prévaut en appel d'un courrier, au demeurant daté du 14 mars 2023, établi par un co-responsable du master 2 " IDIL parcours chimie " de l'Université de Montpelllier lui indiquant qu'elle pourra être autorisée à différer le stage d'une durée de six mois qu'elle aurait dû effectuer avant la fin de l'année universitaire 2023-2024 pour valider son diplôme, il lui indique que " cela nécessitera une réinscription pour l'année universitaire 2024-2025 ". Il en résulte que rien ne fait obstacle à ce qu'elle se rende dans son pays d'origine pour y solliciter le visa de long séjour requis par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en vue d'obtenir le titre de séjour prévu par le premier alinéa du titre III du protocole annexé audit accord.

5. Il résulte de ce qui précède que la demande de suspension de l'arrêté du 26 octobre 2023 du préfet de l'Hérault ne revêtant pas un caractère d'urgence, elle doit être rejetée par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et tendant à l'application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et à Me Beautes.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 12 juin 2024.

La juge des référés,

A. Geslan-Demaret

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°24TL0082

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