lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL00830 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A D a demandé au tribunal administratif de Montpellier l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2303564 du 6 octobre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a annulé l'arrêté du 24 mars 2023 en tant que le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, Mme D représentée par Me Ruffel demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 6 octobre 2023 du tribunal administratif de Montpellier en tant qu'il rejette ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 mars 2023 portant refus titre de séjour, et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 du préfet de l'Hérault en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte.
4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation dudit conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'un vice de procédure du fait de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'elle vit habituellement en France depuis plus de dix ans ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des éléments portés à la connaissance du préfet tenant à sa présence continue en France depuis 2012 auprès de son fils, résident régulier, et de ses petits-enfants et alors qu'elle n'a plus d'attaches familiales en Arménie ;
- contrairement à ce qu'ont estimé le préfet et les premiers juges, elle justifie de sa présence en France également pour la période comprise entre 2019 et 2023, les documents relatifs à l'aide médicale d'Etat devant être pris en compte pour établir la durée de sa présence en France, ainsi que le rappelle la circulaire du ministre de l'Intérieur du 28 novembre 2012 ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et méconnaissent les articles L. 423-23 et L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales , compte tenu de sa présence continue en France depuis 2012, des liens entretenus avec son fils, sa belle-fille, et ses petits-enfants ; elle justifie de son intégration en France ainsi que l'établissent les différentes attestations en sa faveur qu'elle produit , et notamment celle de l'association qui l'héberge ; elle est veuve et n'a plus d'attaches familiales en Arménie, son frère vivant en Russie, et sa fille ayant quitté l'Arménie .
Par une décision du 15 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A D.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. B C pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Mme D, ressortissante arménienne née le 13 juillet 1955, qui indique être entrée en France en novembre 2012 avec un visa C, mais sans toutefois l'établir, a fait l'objet à la suite du rejet de sa demande d'asile , d'une décision, du 30 janvier 2013 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, suivie de deux décisions des 23 mai 2014, et du 5 juin 2019, ayant le même objet, cette dernière décision étant assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. L'intéressée a sollicité le 7 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par arrêté du 24 mars 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
3. Par un jugement du 6 octobre 2023, dont Mme D relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a annulé l'arrêté du 24 mars 2023 en tant que le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et rejeté le surplus de ses demandes.
Sur le bien-fondé du jugement et des décisions attaquées :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de titre de séjour présentée le 5 mars 2023, par Mme D que cette dernière s'est bornée à mentionner, sans plus de précisions, la présence en France de son fils. Dans ces conditions, l'arrêté préfectoral en litige, qui fait état de ce que l'intéressée est veuve et sans charge de famille, et de ce qu'elle ne justifie pas qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine ne peut être regardé comme se trouvant entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation, alors même qu'elle ne fait pas état de la présence de son fils en France.
5. En deuxième lieu par un moyen devant être regardé comme relevant de l'erreur de fait, l'appelante fait valoir que contrairement à ce qu'ont estimé tant le préfet que les premiers juges, elle justifie de sa présence en France également pour la période comprise entre 2019 et 2023. Toutefois, Mme D ne produit pour établir sa présence en France au titre de la période comprise entre 2019 et 2023, que des certificats médicaux et des documents relatifs à l'aide médicale d'Etat, lesquels ne sont pas suffisants pour établir sa présence en France au titre de cette période, la circulaire du ministre de l'Intérieur du 28 novembre 2012 invoquée à cet égard n'ayant en tout état de cause, pas de valeur réglementaire.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d: " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Si Mme D se prévaut de sa présence continue en France depuis 2012 auprès de son fils, qui réside régulièrement en France, de sa belle-fille et de ses petits-enfants, la réalité et à fortiori l'intensité des liens entretenus par l'appelante, qui se trouve hébergée par une association avec sa famille qui se trouve en France, n'est pas établie par les pièces du dossier, en dépit de l'attestation de son fils datée du 6 mai 2023 et donc postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, et malgré les attestations de tiers produites en sa faveur, l'appelante qui ne justifie pas de l'absence d'attaches familiales en Arménie, pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 55 ans et dans lequel elle n'établit pas qu'elle y serait isolée, les décisions en litige ne peuvent être regardées comme ayant porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'ont donc méconnu, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
9. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des étrangers qui remplissent effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, ainsi qu'il vient d'être dit, Mme D ne remplit pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur ce fondement. Toutefois, les dispositions précitées ne dispensent pas le préfet de saisir ladite commission lorsqu'il envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans.
10. Ainsi qu'il est dit au point 5 de la présente ordonnance Mme D ne justifie pas d'une présence en France entre les années 2019 à 2023 et donc ne justifie pas à la date de la décision attaquée d'une présence habituelle en France de dix ans au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'appelante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault ne pouvait pas régulièrement lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées sans avoir préalablement consulté la commission du titre de séjour.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D qui est manifestement dépourvue de fondement, ne peut qu'être rejetée, tant dans ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué, que par voie de conséquence, dans ses conclusions en injonction et dans celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 1er juillet 2024.
Le président-assesseur de la 3ème chambre,
B C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026