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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00856

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00856

mardi 23 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00856
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n°2302002 du 27 juin 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, Mme B, représentée par Bonomo-Fay, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 27 juin 2023 du tribunal administratif de Montpellier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé le séjour en France et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délais de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant " ou " salarié ", à compter de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à titre subsidiaire, au préfet de l'Hérault, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des 75-I et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, lequel s'engage dans cette hypothèse, à renoncer à percevoir la part contributive de l'État correspondant à la mission au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au sens de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- en s'estimant en compétence liée, le préfet a commis une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

Par une décision du 1er mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, notamment son article 12 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante colombienne, née le 24 juin 1999, entrée régulièrement en France le 14 août 2018 sous couvert d'un visa D étudiant, a sollicité, le 29 novembre 2022, son admission au séjour en qualité " d'étudiant ". Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de l'Hérault a refusé la demande d'admission au séjour de l'intéressée et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B relève appel du jugement du 27 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Doivent être motivées les décisions qui restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police " et de l'article L.211-5 du même code " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des mentions de l'arrêté du 8 mars 2023 que le préfet de l'Hérault, précise les dispositions juridiques sur lesquelles il s'appuie et rappelle de manière non stéréotypée les principales considérations relatives à la situation de Mme B, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, ainsi que sa situation familiale et académique. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Il ressort des pièces du dossier, que pour rejeter la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet de l'Hérault s'est notamment fondé sur la circonstance que Mme B, célibataire et sans enfant, est entrée sur le territoire français le 14 août 2018 à l'âge de 19 ans et résidait dans ce pays depuis moins de cinq ans au jour de la décision déférée. Venue en France pour y suivre une formation universitaire de langue étrangère, l'intéressée ne s'était par ailleurs vu reconnaître qu'un droit de séjour provisoire. Aux termes de cinq années d'études, elle n'a obtenu, en dehors du diplôme d'études en langue française (DELF2), aucun diplôme de l'enseignement supérieur de nature à attester de son intégration compte tenu de son parcours scolaire. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'après avoir passé trois années en LEA, elle a décidé de se réorienter dans le domaine des arts plastiques correspondant à son souhait de développer le réseau et les galeries de ses parents restés en Colombie. Si l'appelante se prévaut, postérieurement à l'arrêté attaqué, d'une relation stable avec un ressortissant français avec lequel elle aurait le projet de se marier, elle ne produit aucun document à l'appui de ses allégations. Enfin, si elle se prévaut de sa parfaite intégration sociale et professionnelle, de ses nombreuses relations amicales et de son logement en France, ces circonstances ne suffisent pas d'avantage à justifier de son intégration en France alors qu'elle a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine, où vivent encore ses parents. Par suite, en l'état des pièces du dossier, Mme B, n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour litigieuse a porté une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

7. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Aux termes de l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. Les décisions de retour () ainsi que les décisions d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droits () ".

8. Si l'obligation de quitter le territoire français est une mesure de police qui doit, comme telle, être motivée, sa motivation se confond toutefois avec celle du refus ou du retrait de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus ou ce retrait est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne seraient pas compatibles avec celles de l'article 12 de la directive.

9. Mme B reprend en appel, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, le moyen soulevé devant le tribunal administratif à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré de ce que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée, auquel les premiers juges ont suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal au point 10 du jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précitées y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 23 juillet 2024.

Le président de la 3ème chambre,

Éric Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24TL00856

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