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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00921

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00921

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00921
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure.

Par un jugement n° 2206796 du 19 septembre 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2024, M. B, représenté par Me Bachet, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 19 septembre 2023 du tribunal administratif de Toulouse ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et d'un défaut d'examen attentif et sérieux de sa situation ;

- la décision fixant pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale eu égard à l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination est privée de base légale eu égard à l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 15 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 30 janvier 1994, est entré en France le 28 septembre 2017. Il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " conjoint de Français " le 6 janvier 2020. Par un arrêté du 21 octobre 2022, la préfète de l'Aveyron a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure. M. B relève appel du jugement du 19 septembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté du 21 octobre 2022 que la préfète de l'Aveyron précise les dispositions juridiques sur lesquelles elle s'appuie et rappelle de manière non stéréotypée les principales considérations relatives à la situation de M. B, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, sa situation familiale et professionnelle et sa situation administrative. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B n'est présent en France que de manière récente à la date de la décision attaquée. Si l'intéressé se prévaut de la présence de ses parents, d'un frère et un neveu sur le territoire français, la mère de l'intéressée fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et il ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, l'intensité de ses liens avec les autres membres de sa famille. Célibataire et sans charge de famille, l'intéressé ne justifie d'aucunes attaches particulières sur le territoire français, ni d'une insertion professionnelle ou sociale, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que M. B a commis un viol le 29 août 2020, ainsi que des infractions routières les 1er février et 3 mars 2022. Par ailleurs, il n'est pas isolé dans son pays d'origine, où résident ses grands-parents ainsi que ses oncles. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, eu égard à ces circonstances de fait, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

6. En troisième lieu, si M. B entend soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance du 2) de l'article 6 et du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour permettre à la cour d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, si l'appelant s'est marié le 6 octobre 2018 avec une ressortissante française et a bénéficié à ce titre d'une carte de résidence valable du 27 mars 2019 au 26 mars 2020, il ne conteste pas la rupture de la vie commune avec l'intéressée et ne peut dès lors se prévaloir des stipulations précitées.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté, l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'étant pas démontrée.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Eu égard aux mêmes éléments, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation de l'appelant.

9. En sixième lieu, si M. B entend soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En septième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le délai de départ volontaire en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Noémi Bachet et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aveyron.

Fait à Toulouse, le 18 septembre 2024.

Le président de la 1ère chambre,

Éric Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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