vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL00981 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C A et M. D B ont demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler les arrêtés du 9 juin 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement nos 2304092 et 2304093 du 26 septembre 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, Mme A et M. B, représentés par Me Tercero, demandent à la cour :
1°) d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler ce jugement du 26 septembre 2023 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse ;
3°) d'annuler les arrêtés du 9 juin 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer leur situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement du signalement du fichier aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'un défaut d'examen de leur situation personnelle et d'une erreur de fait ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle ;
- les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français sont disproportionnées ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut de base légale eu égard à l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par deux décisions du 15 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse a, d'une part, rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme A et, d'autre part, accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A et M. B, ressortissants nigérians, nés les 1er janvier 1990 et 15 août 1996, déclarent être entrés sur le territoire français les 12 février et 20 août 2018. À la suite du rejet définitif de leur demande d'asile, le préfet de la Haute-Garonne, par deux arrêtés du 9 juin 2023, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de cette mesure et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme A et M. B relèvent appel du jugement du 26 septembre 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse ayant rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme A par une décision du 15 mars 2024, devenue définitive en l'absence de contestation par l'intéressée, les conclusions de celle-ci tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A et M. B. Par ailleurs, alors même que le préfet précise dans l'arrêté litigieux la présence en France de leurs deux enfants mineures âgées de cinq et trois ans et a omis de mentionner la présence d'une troisième née le 1er janvier 2023, ainsi que l'a estimé le premier juge, l'autorité préfectorale aurait pris la même décision si elle avait tenu compte de cette enfante et cette circonstance n'est dès lors pas de nature à entacher l'arrêté litigieux d'une erreur de fait.
5. En deuxième lieu, aux l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Mme A et M. B craignent que leur fille mineure soient soumises à la pratique de l'excision en cas de retour au Nigéria et produisent à cet égard des certificats médicaux et, pour la première fois en appel, plusieurs documents d'ordre général, notamment un rapport du 13 mai 2019 du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides relatifs aux mutilations génitales féminines au Nigéria et une note d'orientation du Bureau européen d'appui en matière d'asile mise à jour en octobre 2021 relative au Nigéria. Toutefois, ces seuls éléments ne sont pas de nature à démontrer que leur fille serait exposée actuellement et personnellement à la pratique de l'excision alors au demeurant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté définitivement la demande d'asile de leur enfant. Par ailleurs, il n'existe aucun obstacle à ce que les enfants de Mme A et M. B poursuivent leur scolarité au Nigéria. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, les mesures d'éloignement en litige ne peuvent être regardées comme emportant des conséquences d'une particulière gravité sur la situation personnelle de Mme A et M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet de la Haute-Garonne doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été précédemment dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. Il ressort des termes mêmes des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, prises sur le fondement des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elles visent, que le préfet de la Haute-Garonne a examiné les quatre critères mentionnés par ces dispositions, en relevant que Mme A et M. B sont arrivés en France en 2018, qu'ils ne justifient pas de liens familiaux sur le territoire, qu'ils ont fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées au regard des principes rappelés au point précédent et le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.
11. En sixième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, si le comportement de Mme A et M. B ne trouble pas l'ordre public, ils ont chacun fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, et que la nature et l'ancienneté de leurs liens ne sont pas établis en France, leurs enfants mineures ayant vocation à les accompagner et n'ayant bénéficié d'un droit au maintien en France qu'à titre précaire et temporaire le temps de l'instruction de leurs demandes d'asile désormais définitivement rejetées. Par suite, l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de Mme A et M. B est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui ne sont pas en l'espèce disproportionnée. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que ces décisions emportent sur la situation personnelle des appelants.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A et M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A et M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 20 septembre 2024.
Le président de la 1ère chambre,
Éric Rey-Bèthbéder
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026