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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00987

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00987

lundi 1 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00987
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C, a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2303914 du 16 octobre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté la demande de M. D C tendant à l'annulation de cet arrêté du 27 mars 2023.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, M.D C représenté par Me Mazas , demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 16 octobre 2023 du tribunal administratif de Montpellier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois à compter de l'arrêt à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le même délai de deux mois et dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État à verser à Me Mazas en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, le paiement d'une somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le jugement est entaché d'irrégularité faute d'être suffisamment motivé dans sa réponse au moyen tiré de l'atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et faute de répondre à son moyen tiré de l'erreur de fait quant à la mention inexacte de l'arrêté attaqué, selon laquelle " l'intégralité de sa famille réside à l'étranger " alors que ses quatre enfants , qui sont scolarisés, et sa compagne, vivent en France ;

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivées, faute de mentionner qu'il est le père de quatre enfants, qui sont scolarisés en France ;

- l'arrêté préfectoral est entaché d'erreurs de fait en indiquant que l'intégralité de sa famille réside à l'étranger alors que ses quatre enfants, qui sont scolarisés, et sa compagne, vivent en France ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quant à l'atteinte à l'ordre public que présenterait son séjour en France, dès lors que sa condamnation pénale date de 2021, et concerne des faits de vol et non des atteintes à la personne, qu'il a purgé sa peine et s'occupe à présent de ses enfants dont il paie la cantine scolaire ;

- le refus de séjour méconnait l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il vit en France depuis 2005, y étant entré avec ses parents alors qu'il avait huit ans, qu'il est père de quatre enfants scolarisés en France, dont il paie les frais de cantine scolaire , et qu'il a établi le centre de ses intérêts familiaux en France ;

- il est porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant compte tenu notamment de leur scolarisation en France et de la séparation avec ses enfants, en cas de mise à exécution des décisions attaquées ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'illégalité par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ; cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation dès lors qu'il ne pourrait plus voir ses enfants du fait de l'interdiction de quitter le territoire, et méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par une décision du 15 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à M. D C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C, ressortissant serbe, né le 3 février 1997, déclare sans l'établir, être entré en France en 2005 à l'âge de 8 ans avec sa famille. Il a fait l'objet le 13 octobre 2021, d'une obligation de quitter le territoire prise par le préfet de la Loire, non exécutée. Le 11 janvier 2023, il a sollicité un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

3. Par un jugement du 16 octobre 2023 dont M. C relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

4. Contrairement à ce que fait valoir l'appelant, les premiers juges ont suffisamment répondu à son moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de séjour et à son moyen présenté au titre de l'atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. Les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire sont suffisamment motivées en droit dès lors qu'elles mentionnent l'ensemble des dispositions notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet a entendu se fonder. Ces décisions sont également suffisamment motivées au regard des éléments de fait dès lors qu'elles mentionnent notamment la date alléguée de l'entrée en France de l'intéressé, l' obligation de quitter le territoire prise par le préfet de la Loire, dont il a fait l'objet le 13 octobre 2021, et qui n'a pas été exécutée, les périodes de scolarisation en France alléguées par M. C, le fait qu'il est père de quatre enfants, et concernant les motifs du refus de séjour, l'absence de justification d'une présence continue en France depuis 2005 , notamment entre septembre 2013 et septembre 2021, la situation irrégulière de sa compagne, et les motifs d'ordre public tenant à des faits ayant valu à l'intéressé une condamnation le 15 octobre 2021 par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, à un an d'emprisonnement pour vol.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. En premier lieu, alors même que l'arrêté préfectoral attaqué indique que " l'intégralité de sa famille réside à l'étranger ", cet arrêté ne peut être regardé comme entaché d'une erreur de fait quant à la situation de ses enfants, dès lors qu'il mentionne que ses quatre enfants vivent en France. Par ailleurs le fait que cet arrêté omette de mentionner la scolarisation de certains de ses enfants alors que la demande de titre de séjour présentée le 24 septembre 2022 par M. C faisait état de la scolarisation de deux de ses enfants, ne saurait caractériser une erreur de fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si, tout d'abord, M. C se prévaut d'une présence en France depuis 2005, il n'en justifie pas, ne justifiant pas en tout état de cause, de sa présence en France entre septembre 2013 et septembre 2021. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de sa compagne, cette dernière qui a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, le 13 septembre 2018 et le 14 juin 2021, est également en situation irrégulière. De plus, l'existence d'une atteinte disproportionnée portée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale doit, en tout état de cause, être mise en balance avec le motif d'ordre public sur lequel s'est fondé le préfet de l'Hérault et mentionné au point 5 de la présente ordonnance. Dans ces conditions et alors même qu'à la date de la décision attaquée, deux de ses enfants étaient scolarisés, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché les décisions attaquées d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Les décisions en litige n'impliquent, par elles-mêmes, aucune séparation entre l'appelant et ses enfants, qui sont de même nationalité et la cellule familiale pourra, ainsi, se reconstituer dans le pays d'origine, pays dans lequel il n'est fait valoir aucun obstacle quant à la poursuite de la scolarité de ces enfants. Dès lors, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu par les décisions attaquées, les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

11. Les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant ainsi qu'il est indiqué précédemment, pas entachées d'illégalité, l'exception d'illégalité présentée par M. C par voie d'exception d'illégalité de ces décisions, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, doit être écartée.

Sur la décision portant interdiction de retour d'un an sur le territoire français :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant ainsi qu'il est indiqué précédemment, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité présentée par M. C par voie d'exception d'illégalité de cette décision, à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écartée

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. Compte tenu de ce que l'appelant ne fait valoir aucune impossibilité pour sa compagne en situation irrégulière, et leurs enfants, de même nationalité que lui, de reconstituer la cellule familiale, le moyen invoqué sur le fondement de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C qui est manifestement dépourvue de fondement, ne peut qu'être rejetée, tant dans ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué, que par voie de conséquence, dans ses conclusions en injonction et dans celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M.D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 1er juillet 2024.

Le président-assesseur de la 3ème chambre,

A B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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