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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01108

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01108

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01108
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse suivante :

Mme A C, épouse B, a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de ces mesures.

Par un jugement n° 2304684 du 14 novembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, Mme C, représentée par Me Summerfield, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Montpellier du 14 novembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 30 mai 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-23 et R. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté litigieux, en tant qu'il refuse l'octroi d'un titre de séjour, méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et R. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté litigieux, en tant qu'il refuse l'octroi d'un titre de séjour, méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de sa base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par décision en date du 29 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse, Mme C est bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, épouse B, ressortissante albanaise, déclare être entrée sur le territoire français le 23 novembre 2016 accompagnée de sa fille mineure. Sa demande d'asile a été déposée le 18 janvier 2017 et rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 15 septembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 mars 2018. Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, le 5 mai 2022 auprès du préfet des Pyrénées-Orientales, et s'est vu opposer par ce dernier un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté en date du 30 mai 2023. Le même jour, cette autorité a également fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par un jugement du 14 novembre 2023 dont elle relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, si Mme C soutient que le tribunal administratif a commis une erreur de droit en estimant qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français, un tel moyen relève du contrôle du juge de cassation et non de celui du juge d'appel à qui il appartient seulement, dans le cadre de l'effet dévolutif, de se prononcer à nouveau sur la légalité de l'arrêté en litige. En conséquence et en tout état de cause, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme C serait entrée sur le territoire français en novembre 2016 selon ses propres déclarations pour fuir son pays d'origine avec sa fille mineure. Si elle se prévaut d'une présence en France depuis 2016, elle n'a été autorisée à y séjourner que dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et elle s'y est ensuite maintenue irrégulièrement. Nonobstant sa participation à des cours de langue française, son engagement bénévole au sein de diverses associations et ses diverses promesses d'embauches non datées ou postérieures à l'édiction de l'arrêté litigieux, elle ne peut être regardée comme possédant en France des attaches familiales ou personnelles en dehors de la présence de ses enfants. En outre, elle n'établit pas que la scolarité de ces derniers ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses deux sœurs. Aussi, et en dépit de l'impossibilité pour celles-ci de l'héberger, la reconstitution de la cellule familiale n'est pas impossible en Albanie. Par suite, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté litigieux porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Il ressort des pièces du dossier que Katalea B est arrivée très jeune en France et y est scolarisée depuis l'année scolaire 2017-2018, ce qui est le cas d'Ajris B depuis l'année scolaire 2019-2020 tandis qu'une demande d'inscription est en cours pour Kroi B. Toutefois, rien ne permet de supposer que les trois enfants de Mme C ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en cas de retour avec leur mère dans leur pays d'origine. Par ailleurs, l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'appelante de ses enfants, qui ont vocation à la suivre en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le seul moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de son défaut de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme C soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle sera exposée à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de l'ostracisme que subit sa famille en Albanie. Elle ne produit cependant aucun document permettant de tenir pour établie l'existence des menaces auxquelles elle serait personnellement exposée en cas de retour en Albanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, épouse B, n'est manifestement pas susceptible d'entraîner l'infirmation du jugement attaqué. Elle doit, dès lors, être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, épouse B, et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Toulouse, le 4 décembre 2024.

Le président de la 1ère chambre,

É. Rey-Bèthbéder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°24TL01108

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