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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01228

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01228

lundi 2 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01228
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E A, épouse C, a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de l'Aude lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourrait être éloignée.

Par un jugement n° 2307452 du 12 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2024, Mme A représentée par Me Kessentini, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 12 mars 2024 du tribunal administratif de Montpellier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de l'Aude lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourrait être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois suivant la notification de l'arrêté à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- -elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et se trouve entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- -le refus de séjour méconnait les stipulations de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée au regard des éléments de fait et se trouve entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales , du fait de son mariage et de la naissance de l'enfant du couple, le 31 août 2019 , qui est scolarisée ;

- -elle est entachée d'illégalité au regard de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa situation matrimoniale et familiale et du fait qu'elle apporte son soutien à ses beaux-parents, qui sont en situation de handicap ;

- l'obligation de quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet ne pouvant à cet égard lui opposer le fait qu'elle relèverait de la procédure de regroupement familial ;

- -l'obligation de quitter le territoire est entachée d'illégalité au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait les stipulations de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. B D pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, née le 15 décembre 1997, entrée régulièrement en France le 20 septembre 2018 munie d'un visa de court séjour " circulation ", après avoir épousé au Maroc, M F C , de nationalité marocaine, a sollicité le 28 novembre 2022 son admission au séjour au titre de la " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 18 août 2023, le préfet de l'Aude a refusé la demande d'admission au séjour de l'intéressée, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination duquel elle pourrait être éloignée. Mme A relève appel du jugement du 12 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Doivent être motivées les décisions qui restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police " et de l'article L.211-5 du même code " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit dès lors qu'il mentionne les dispositions notamment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet a entendu fonder les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français. Ces décisions sont également suffisamment motivées au regard des éléments de fait dès lors qu'elles rappellent l'entrée régulière en France de l'intéressée le 20 septembre 2018, après avoir épousé au Maroc, le 4 janvier 2018, M F C , de nationalité marocaine , la naissance de l'enfant du couple, le 31 août 2019 , et les raisons pour lesquelles tenant notamment à une absence d'ancienneté significative de son séjour en France, à la présence d'attaches familiales dans son pays d'origine , il n'était pas porté par ces décisions, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à la possibilité pour son mari d'initier une procédure de regroupement familial, un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire étaient pris à son encontre.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

5. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté du 18 août 2023 qu'ainsi qu'il est indiqué au point précédent, le préfet de l'Aude, précise les dispositions juridiques sur lesquelles il s'appuie, et rappelle de manière non stéréotypée les principales considérations relatives à la situation de Mme A, notamment quant à ses conditions d'entrée et de séjour en France, et à sa situation familiale et personnelle. En conséquence, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. En application des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il appartient au préfet qui envisage de refuser le séjour à un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé.

8.Tout d'abord, contrairement à ce que soutient Mme A, si le préfet de l'Aude, dans sa décision de refus de séjour en litige du 18 août 2023 , pour rejeter sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondé sur la circonstance selon laquelle son mari pouvait initier une procédure de regroupement familial, il a toutefois apprécié sa situation personnelle et familiale tant sur le fondement de l'article L. 423-23 que sur celui de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en estimant qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. En conséquence, le refus de séjour du 18 août 2023 n'est pas entaché d'erreur de droit contrairement à ce soutient l'appelante.

9.Par ailleurs, si Mme A fait valoir son mariage le 4 janvier 2018 avec un ressortissant marocain résidant en France sous couvert d'un titre de séjour de longue durée et si le couple a un enfant né en France le 31 août 2019 et scolarisé à la date de la décision attaquée, en école maternelle , et si elle se prévaut de la participation de son enfant aux différentes activités scolaires, ainsi que du soutien apporté à ses beaux-parents, handicapés, l' entrée de Mme A en France était relativement récente à la date de la décision attaquée, et elle ne fait pas valoir l'impossibilité de reconstitution de la cellule familiale au Maroc , pays dont son mari a également la nationalité et où elle a conservé des attaches familiales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

11.Faute pour Mme A d'avoir présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et pour le préfet de l'Aude de s'être placé sur leur fondement de ces dispositions dans sa décision de refus de séjour, le moyen invoqué sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est en tout état de cause inopérant et doit être écarté.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions le concernant. En l'espèce, la seule circonstance, que son enfant soit scolarisé en France n'est pas de nature à caractériser une atteinte au sens des stipulations précitées à l'intérêt supérieur de cet enfant, en l'absence d'impossibilité de poursuivre sa scolarité au Maroc, pays dont Mme A et son conjoint ont la nationalité.

13. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaitrait les stipulations de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier la portée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14.En premier lieu, les moyens invoqués sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne se rapportent qu'au séjour, sont inopérants à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

15.En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui sont exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

16. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

18. Faute pour l'enfant de Mme A, qui est de nationalité marocaine, d'avoir la nationalité française, le moyen invoqué sur le fondement de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 2 décembre 2024.

Le président-assesseur de la 3ème chambre,

B D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24TL01228

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