mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL01304 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | SERGENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui renouveler un titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Par un jugement n°2304792 du 16 novembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. B, représenté par Me Sergent, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 29 mars 2023 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai et sous astreinte un récépissé l'autorisant au séjour et au travail ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé la notification de l'arrêt à intervenir, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros à verser à son conseil, au titre des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet, en ne prenant pas en compte la durée de son séjour en France, ses attaches personnelles et familiales et les justifications de ses choix d'orientation et échecs universitaires, a entaché son arrêté d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
-le préfet des Pyrénées-Orientales a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son inscription en Diplôme d'Université d'anglais de 2018 à 2022 est justifiée par son choix de parfaire sa maîtrise de l'anglais et ses ajournements successifs à l'examen d'accès aux centres régionaux de formation professionnelle des avocats s'expliquent par la difficulté de de cet examen et par la nécessité pour lui de travailler en parallèle pour subvenir à ses besoins ;
-eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses contrats de travail dans le domaine de la sécurité et de l'établissement en France de sa vie privée et familiale ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au vu des conséquences manifestement excessives qu'il entraine sur sa situation personnelle.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. B, né le 5 février 1989 à Nguidile (Sénégal), de nationalité sénégalaise, a sollicité le 15 novembre 2022 auprès des services de la préfecture des Pyrénées-Orientales le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par un arrêté du 29 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B fait appel du jugement du 16 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, l'arrêté en litige rappelle de manière détaillée les conditions d'entrée et de séjour de M. B et les raisons pour lesquelles le renouvellement de son titre de séjour ne peut lui être accordé en application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté fait notamment état des ajournements et défaillances pour les années 2013, 2016, 2017 et 2021, et de l'absence de justification au regard de son projet professionnel des trois années universitaires consacrées à la connaissance de la langue anglaise. Si l'arrêté ne mentionne pas la présence en France de son épouse, cette circonstance ne permet pas de le regarder comme entaché d'un défaut réel et sérieux, alors que le préfet des Pyrénées-Orientales n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'appelant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.
Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, depuis son entrée en France le 26 octobre 2013, M. B a été déclaré défaillant pour le diplôme de Master 1 de droit comparé des affaires à l'Université de Perpignan pour l'année universitaire 2013-2014, et, après avoir finalement obtenu son Master 1 et 2, a été ajourné à l'examen d'entrée aux centres régionaux de formation professionnelle des avocats au titre des années 2017 et 2018. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a consacré quatre années d'études à l'approfondissement de la connaissance de la langue anglaise, en suivant plusieurs Diplômes Universitaires de 2018 à 2023, alors que cette compétence n'est pas indispensable à la réalisation de son objectif professionnel, et qu'il a de nouveau échoué à l'examen d'entrée aux centres régionaux de formation professionnelle des avocats en 2022. Au surplus, les Diplômes d'Université validés de 2018 à 2023 sont d'un niveau inférieur au cursus dans lequel il s'était initialement inscrit dans le cadre de sa poursuite d'études en France et révèlent une absence de progression dans son cursus. Dans ces conditions, les seules circonstances dont se prévaut l'appelant, tenant à la sélectivité de l'examen d'accès aux centres régionaux de formation professionnelle des avocats et à la nécessité pour lui de travailler en parallèle de la préparation de cet examen, ne sauraient, à elles seules, expliquer le manque de progression dans ses études. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu estimer que le cursus universitaire de l'intéressé se caractérisait par une absence de progression avérée et effective dans les études poursuivies et qu'il ne pouvait prétendre au renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de son épouse, laquelle est en possession d'une carte de séjour " salarié temporaire " valable jusqu'au 20 septembre 2024 et est titulaire d'un contrat à durée déterminée de deux ans signé avec l'académie de Créteil, et de ses relations amicales. Toutefois, M. B, qui est entré en France en 2013 et y a séjourné dans le but premier d'y poursuivre des études, n'avait pas vocation à y demeurer durablement. De plus, il ne démontre pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté et d'une antériorité particulières, ni qu'il n'aurait pas conservé d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Par ailleurs, son investissement dans un parcours universitaire ne constitue pas un élément d'ancrage significatif. Enfin, la seule production d'un contrat à durée déterminée, valable du 12 décembre 2022 au 31 mars 2023, et d'un bulletin de salaire pour le mois de juin 2023, dans le domaine de la sécurité pour le magasin Leclerc, ne suffit pas à établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par conséquent, être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
9. M. B invoque les mêmes éléments que ceux décrits au point 7 de la présente ordonnance. Toutefois, ces seuls éléments ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. En dernier lieu, au regard des circonstances énoncées au point 7, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. B.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Sergent et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.
Fait à Toulouse, le 25 septembre 2024.
Le président de la 4ème chambre,
D. Chabert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026