mercredi 15 janvier 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL01368 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D E et M. C B ont demandé au tribunal administratif de Toulouse, par deux requêtes enregistrées sous les n°2303611 et 2303612, d'annuler les décisions du 25 novembre 2022 par lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de leur délivrer les titres de séjour sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de leur demande, et de mettre à la charge de l'Etat le paiement des dépens et la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Par un jugement n° 2303611-2303612 du 9 novembre 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, Mme E et M. B, représentés par Me Bachet, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 9 novembre 2023 ;
2°) d'annuler les décisions du 25 novembre 2022 par lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de leur délivrer à chacun le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de leur demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
Sur les décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de leur situation ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure, car le préfet n'a pas examiné leur situation à l'aune de l'intérêt supérieur de leur enfant mineur ;
Sur la décision refusant l'admission au séjour à Mme E :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît la note d'information du 19 mai 2015 relative aux conditions d'admission au séjour des ressortissants étrangers victimes de la traite des êtres humains ou de proxénétisme ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Garonne s'est estimé lié par la circonstance que sa plainte a été classée sans suite et qu'il n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui doivent être examinés au regard du point 4.1 de l'instruction du ministre de l'intérieur du 19 mai 2015 relative aux conditions d'admission au séjour des ressortissants étrangers victimes de la traite des êtres humains ou de proxénétisme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de leur enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision refusant l'admission au séjour à M. B :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences qu'elle comporte sur sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de leur enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
- elle sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité qui affecte les décisions portant refus de titre de séjour ;
- elles portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;
Sur les décisions fixant le pays de destination :
- elles sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité qui affecte les décisions portant obligation de quitter le territoire français ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles portent atteinte au droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaissent l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Haute-Garonne s'est cru à tort en situation de compétence liée au regard des décisions de la cour nationale du droit d'asile.
Par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse en date du 26 avril 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, et la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme E a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la note d'information du 19 mai 2015 relative aux conditions d'admission au séjour des ressortissants étrangers victimes de la traite des êtres humains ou de proxénétisme ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement () des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme E, ressortissante nigériane née le 5 décembre 1998 à Benin City (Nigeria) et M. B, ressortissant nigérian né le 11 décembre 1995 à Benin City, déclarent être entrés en France respectivement le 24 mars 2019 et le 20 avril 2019. Leurs demandes d'asile, présentées en leur nom propre et en celui de leur enfant mineur (F, Osarumen B(/PSEUDO(, né le 11 juin 2019 à Toulouse (Haute-Garonne), ont été rejetées en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile par décision du 17 mars 2022. Par arrêtés du 25 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté leurs demandes d'admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme E et M. B relèvent appel du jugement n°2303611-2303612 du 9 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés du 25 novembre 2022.
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
3. Mme E et M. B reprennent en appel le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. En l'absence de critique utile du jugement attaqué sur ce point et d'éléments nouveaux produits devant la cour et susceptibles de modifier la réponse à y apporter, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges aux points 4 à 9 du jugement contesté.
4. Il ne ressort ni de la motivation des arrêtés contestés ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme E et M. B. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de leur situation personnelle doit être écarté.
5. Si les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont invocables à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, lesdites stipulations ne prévoient cependant aucune règle de procédure qui s'imposerait au préfet. Par suite, les appelants ne peuvent utilement soulever, à l'encontre des décisions contestées, un vice de procédure résultant de ce que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas pris en compte la situation personnelle de leur enfant mineur alors qu'en tout état de cause, les arrêtés contestés visent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, qu'ils mentionnent l'état civil complet de l'enfant et qu'ils font état du rejet de la demande d'asile présentée en son nom, par décision du 17 mars 2022 de la cour nationale du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour de Mme E :
6. Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ".
7. Pour refuser de délivrer à Mme E un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le motif tiré de ce que la plainte qu'elle a déposée des chefs de proxénétisme a été classée sans suite. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme E. En outre, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet, en lui opposant le classement sans suite de sa plainte, ne s'est pas estimé à tort en situation de compétence liée, mais a seulement fait une exacte application des dispositions précitées. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en raison du classement sans suite de la plainte de la requérante, le préfet de la Haute-Garonne aurait exclu de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
8. Par ailleurs, Mme E se prévaut de la note d'information NORINTV1501995N du ministre de l'intérieur du 19 mai 2015 en tant qu'elle prévoit, en son article 4.1 que : " Dans l'hypothèse où la procédure judiciaire conduite sur la base d'un témoignage ou d'une plainte d'une personne invoquant sa situation de victime n'aboutirait pas à une condamnation des auteurs, pour diverses raisons qui ne remettent pas en cause la réalité des faits qu'elle a rapportés, vous examinerez avec bienveillance dans le cadre de votre pouvoir d'appréciation, la possibilité du maintien du droit au séjour. Cet examen s'effectuera soit sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du CESEDA pour des motifs tenant à la vie privée ou familiale, soit sur le fondement de l'article L. 313-14 du CESEDA pour des raisons exceptionnelles ou humanitaires ". Toutefois, ces mentions indiquant aux préfets d'examiner avec bienveillance dans le cadre du pouvoir d'appréciation la situation de certains étrangers ne donnent aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E ait sollicité son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions, l'intéressée ayant demandé un titre de séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L.425-1 du code précité. Dans ces conditions, dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné de manière gracieuse la possibilité pour Mme E de bénéficier un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 9, elle ne peut utilement soulever les moyens tirés de leur méconnaissance. Par suite, ils doivent être écartés.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Mme E soutient vivre en famille en France avec son concubin M. B et leur fils A depuis plus de trois ans à la date de la décision attaquée et encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, elle ne produit pas plus en appel qu'en première instance d'éléments probants sur la réalité et l'actualité des menaces dont elle ferait personnellement l'objet en cas de retour dans son pays d'origine, ni aucun élément probant sur les circonstances qui feraient obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale se reconstitue au Nigéria, pays dont tous les membres ont la nationalité, et où ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. La décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme E de son enfant mineur. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour de M. B :
15. M. B reprend en appel ses moyens de première instance tirés de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que ce refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, la seule circonstance qu'il vive en concubinage avec Mme E, qui n'est pas admissible au séjour ainsi qu'il ressort du point 7 de la présente ordonnance, et leur fils A né à Toulouse, n'est pas de nature à lui ouvrir droit au séjour à raison de sa vie privée et familiale. En l'absence d'élément nouveau, il convient d'écarter ces moyens, par adoption des motifs pertinemment retenus par les premiers juges au points 16 à 20 du jugement entrepris.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
16. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité des décisions portant refus de séjour n'est pas établie. Dès lors, les appelants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire seraient dépourvues de base légale.
17. Mme E et M. B reprennent en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard de ces stipulations. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 19 et 20 du jugement contesté.
En ce qui concerne les décisions portant fixation du pays de renvoi :
18. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dès lors, les appelants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi seraient dépourvues de base légale.
19. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
20. Mme E et M. B soutiennent qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, ils seront exposés à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de menaces de mort et d'agression dont M. B a fait l'objet au Nigeria et des risques de représailles exercées par la proxénète de Mme E en raison de la dette importante contractée auprès d'elle. Ils ne produisent cependant aucun document probant au soutien de leurs récits respectifs permettant de tenir pour établis la nature et la réalité des risques et menaces auxquels ils seraient personnellement exposés en cas de retour au Nigeria. Dans ces conditions, et alors au demeurant que leurs demandes d'asile ont été rejetées définitivement par la cour nationale du droit d'asile le 17 mars 2022, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
21. Il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé à tort en situation de compétence liée par la décision de la cour nationale du droit d'asile du 17 mars 2022. Par suite, ce moyen doit être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E et M. B qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ainsi que celles relatives aux dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme E et M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E et M. C B et à Me Bachet.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 15 janvier 2025.
La présidente de la 2ème chambre,
A. Geslan-Demaret
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°24TL01368
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026