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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01588

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01588

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01588
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2303382 du 29 avril 2024, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024 sous le n° 24TL01588, Mme B, représentée par Me Dujardin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 29 avril 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 du préfet du Tarn ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

-il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il affirme qu'elle ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il est entaché d'une insuffisance de motivation sur le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-il est entaché d'une dénaturation des pièces du dossier et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

-elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

-elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des motifs exceptionnels caractérisant sa situation ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'un défaut de base légale ;

-elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-elle est entachée d'un défaut de base légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante mauricienne, relève appel du jugement du 29 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Il ressort des termes du jugement attaqué que le tribunal administratif de Toulouse, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments de Mme B, tout particulièrement à ceux tenant à ce que le préfet n'a pas relevé dans l'arrêté contesté qu'elle maîtrise la langue française, qu'elle a développé des liens avec la famille et les proches de son partenaire ou encore qu'elle dispose d'un promesse d'embauche, ce à quoi l'autorité administrative n'était elle-même pas tenue, a suffisamment motivé sa réponse au moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation au point 5 de ce jugement.

5. En second lieu, dans le cadre de l'effet dévolutif, le juge d'appel, qui est saisi du litige, se prononce non sur les motifs du jugement de première instance mais directement sur les moyens mettant en cause la régularité et le bien-fondé de la décision en litige. Par suite, l'appelante ne peut utilement soutenir que les premiers juges ont entaché leur jugement d'une erreur de droit, d'une dénaturation des pièces du dossier et d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens ainsi relevés tendant uniquement à contester le bien-fondé du raisonnement suivi par le tribunal administratif.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

6. L'arrêté du préfet du Tarn vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'autorité préfectorale a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de Mme B, notamment qu'elle déclare être entrée sur le territoire le 16 juin 2022 sous couvert de son passeport, qu'elle justifie d'un pacte civil de solidarité contracté le 12 septembre 2022 avec un ressortissant français, qu'elle est sans enfant et qu'elle a sollicité le 6 mars 2023 une première demande de titre de séjour en qualité de conjointe de Français. Le préfet mentionne également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français, où elle est arrivée récemment, charge à l'intéressée de solliciter un visa long séjour auprès des autorités consulaires eu égard à la présence de son concubin en France, et il ajoute que sa situation " ne présente pas de motif exceptionnel ou humanitaire ", par référence aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il a expressément visé. Enfin, le représentant de l'Etat mentionne que Mme B n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, alors même que le préfet du Tarn ne mentionne pas la circonstance qu'elle maîtrise la langue française, qu'elle a développé des liens avec la famille et les proches de son compagnon ni ne fait état de la promesse d'embauche qui lui a été faite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. Par ailleurs, cette motivation révèle, contrairement à ce qui est soutenu, que l'administration a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'appelante.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Le séjour en France de l'appelante, qui déclare être entrée sur le territoire français le 16 juin 2022, demeure récent à la date de l'arrêté en litige, alors qu'elle a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où elle n'établit pas être dépourvue d'attaches. Si elle se prévaut de sa relation débutée en mars 2021 avec un ressortissant français et verse aux pièces du dossier, notamment, une attestation de la commune de Lombers relative à son pacte civil de solidarité, plusieurs attestations de ses proches, ainsi qu'une attestation d'hébergement rédigé par son compagnon, ces seuls éléments ne démontrent pas, ainsi que l'ont estimé les premiers juges, l'ancienneté et la stabilité de cette relation à la date de la décision attaquée. Enfin, la promesse d'embauche dont elle bénéficie ne suffit pas à établir son insertion au sein de la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Tarn n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en n'admettant pas au séjour Mme B sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, et non de celui de tous les étrangers qui soutiennent remplir les conditions pour séjourner de plein droit sur le territoire français.

10. Eu égard aux motifs exposés au point 8 de la présente ordonnance, Mme B ne remplit pas les conditions nécessaires à l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisie de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En troisième lieu, si Mme B a entendu soutenir qu'elle peut bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, aucun des éléments exposés précédemment ne permet de regarder sa situation comme relevant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur ce point ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale du fait de l'illégalité invoquée de la décision portant refus de titre de séjour.

13. En second lieu, les moyens soulevés par Mme B tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalités, le moyen tiré du défaut de base légale de celle fixant le pays de destination doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Dujardin et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Tarn.

Fait à Toulouse, le 4 octobre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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