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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01630

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01630

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01630
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2305394 du 12 décembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024 sous le n° 24TL01630, M. B, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2305394 du 12 décembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 5 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

-la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation et d'une insuffisance de motivation ;

-le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en considérant que la détention d'un visa long séjour était une condition nécessaire à l'obtention du titre de séjour sollicité ;

-il a entaché sa décision d'une erreur de fait en considérant qu'il ne justifiait pas d'une résidence habituelle et continue en France depuis dix ans ;

-il a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

-elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant marocain, déclare être entré en France au cours de l'année 2001. Il a sollicité, le 7 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Le 5 juillet 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Par un jugement du 12 décembre 2023 dont M. B relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête tendant à l'annulation de ces décisions.

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B, qu'il comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et pour prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Il précise notamment que l'appelant qui a déclaré sans le prouver être entré une première fois sur le territoire français au cours de l'année 2001, qu'il s'y est maintenu dépourvu de titre de séjour, et qu'il n'y justifie pas d'une résidence habituelle et continue. Il précise également qu'il a fait l'objet en 2011 d'une décision de remise aux autorités espagnoles et que, s'il a reconnu être le père d'un enfant français, il ne démontre pas participer effectivement à son entretien et son éducation. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté contesté que le préfet a effectivement pris en considération la situation de M. B et notamment la circonstance qu'il est père d'un enfant de nationalité française, placé à l'aide sociale à l'enfance, et dont il ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa demande en ce que le préfet n'aurait pas pris en compte l'intérêt supérieur de l'enfant avant d'édicter la mesure en litige, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour de l'étranger et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. D'une part, l'appelant soutient que le préfet de l'Hérault a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-7 précitées en ce qu'il a fondé son refus de lui délivrer un titre de séjour sur la circonstance qu'il était dépourvu de visa long séjour, condition que ne prévoient pas ces dispositions. Toutefois, il ressort des énonciations-mêmes de la décision contestée que le préfet de l'Hérault a expressément rejeté la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressé sur le fondement de ces dispositions au motif qu'il ne démontrait pas participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant et n'a relevé que celui-ci ne démontrait pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine " le temps nécessaire à l'obtention du visa long séjour exigé " seulement dans l'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen manque donc en fait et doit être écarté.

7. D'autre part, alors que M. B a reconnu le 13 novembre 2015 l'enfant français prénommé A né le 8 juillet 2012, soit plus de trois ans après la naissance de ce dernier, l'intéressé bénéficie seulement d'un droit de visite médiatisée accordé par le juge des enfants, fixé initialement à une demi-heure chaque mois et porté à une heure tous les quinze jours à compter de de début 2020, cet enfant ayant été confié à l'aide sociale à l'enfance depuis le 31 juillet 2012 dans le cadre d'un placement administratif et depuis le 21 avril 2017 dans le cadre d'un placement judiciaire. Eu égard à cette situation particulière, et à défaut pour lui de faire valoir des éléments suffisamment consistants, l'appelant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation du jeune A depuis au moins deux ans au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître ces dispositions que le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B sur ce fondement.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

9. D'une part, si M. B se prévaut de son ancienneté de séjour en France depuis le 1er août 2001 et conteste l'affirmation du préfet selon laquelle il ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire national depuis dix ans, il ne verse en tout état de cause pour l'année 2014 aucune pièce démontrant sa présence en France. Par ailleurs, il n'établit pas disposer d'une perspective d'insertion professionnelle stable ni ne démontre, en se bornant à se prévaloir du fait qu'il est père d'un enfant français, avec lequel il est en relation dans les conditions décrites au point 7 de la présente ordonnance, avoir transféré en France le centre de ses intérêts et une réelle volonté d'insertion dans la société française. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peuvent qu'être écartés.

10. D'autre part, si M. B soutient que l'autorité préfectorale, en indiquant dans l'arrêté contesté qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine " le temps nécessaire à l'obtention d'un visa long séjour ", a entendu lui opposer la nécessité de justifier d'un visa et a ce faisant commis une erreur de droit dès lors que sa demande de titre de séjour reposait sur ses liens privés et familiaux en France et que la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " n'est pas conditionnée par une telle justification, il apparaît que le préfet a en réalité procédé à l'examen effectif de la situation de l'intéressé au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que ce dernier, bien que père d'un enfant français, est célibataire et a vécu une partie de sa vie au Maroc où réside encore sa mère, pour finalement estimer qu'un refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La réalisation de cet examen révèle nécessairement que le préfet n'a pas considéré qu'il pouvait fonder un tel refus sur l'absence de justification par M. B d'un visa long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Eu égard à la nature de la relation telle que décrite au point 7 de la présente ordonnance entre M. B et son fils, âgé de presque onze ans à la date de la décision contestée et qui vit au domicile d'une assistante familiale dans le cadre d'un placement judiciaire auprès de l'aide sociale à l'enfance, il n'apparaît pas que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Ruffel et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 25 septembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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