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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01689

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01689

mardi 5 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01689
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A F C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2306282 du 18 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024 sous le n° 24TL01689, Mme C, représentée par Me Cohen, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 18 décembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aude du 31 octobre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

-le tribunal a omis de répondre aux moyens tirés du défaut de motivation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et de celle portant interdiction de retour sur le territoire ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

-elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

-elles méconnaissent le droit d'être entendu ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

-elle est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles impliquent sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle est privée de base légale ;

-elle est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur de droit ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation ;

-elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est privée de base légale ;

-elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A F C, ressortissante ivoirienne née le 28 novembre 1988, déclare être entrée en France en 2020. Par un arrêté du 31 octobre 2023, le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'un an. Par la présente requête, Mme C relève appel du jugement du 18 décembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Mme C soutient que le premier juge a omis de d'examiner les moyens qu'elle a indépendamment soulevés devant lui tirés du défaut de motivation des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire. Toutefois, il ressort des termes mêmes du jugement attaqué, en son point 3, que le magistrat désigné a répondu à ces moyens en relevant que l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et indique les éléments déterminants ayant conduit le préfet de l'Aude à faire obligation de quitter le territoire français à l'intéressée, à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, à fixer le pays de destination de la mesure d'éloignement au pays dont elle a la nationalité ou tout pays où elle est légalement admissible et à prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ajoutant que " les décisions attaquées comportent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement " et en en inférant qu'elles sont suffisamment motivées. Dans ces conditions, le jugement attaqué n'est pas entaché d'un défaut d'examen de ces deux moyens, ce alors même que le premier juge y a répondu au sein d'un unique paragraphe et qu'il n'apparaît pas qu'il n'aurait pas recherché si le préfet avait motivé distinctement chacune de ces décisions.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Aude, par M. B D. Par un arrêté n° DPPPAT-BCI-2023-073 du 11 septembre 2023, le préfet de l'Aude a donné délégation à M. D, adjoint à la directrice de la légalité et de la citoyenneté, aux fins de signer en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, notamment les décisions contenues dans les arrêtés contestés. Si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal a toutefois pu se fonder régulièrement sur l'arrêté précité, bien qu'il n'ait ni été produit par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire, qu'il a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 8 du 11 septembre 2023 et qu'il est librement accessible et consultable, notamment sur le site internet de la préfecture. L'incompétence alléguée du signataire de cet arrêté manque ainsi en fait et ne peut, dès lors, qu'être écartée.

5. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1° Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2° Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. Il ressort des énonciations de l'arrêté en litige que Mme C a été interpellée par la police aux frontières de Port-la-Nouvelle, ce qu'elle ne dément pas, et que l'irrégularité de sa situation en France a été constatée à défaut pour l'intéressée d'avoir pu présenter un titre l'autorisant à y séjourner, la validité du visa sous couvert duquel elle est entrée sur le territoire national étant expirée. L'arrêté en cause indique que l'intéressée s'est maintenue en France au-delà de la durée de validité de ce visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, circonstance permettant de considérer comme établi un risque de fuite ainsi qu'en dispose le 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'appelante ne conteste pas davantage l'indication contenue dans l'arrêté litigieux selon laquelle elle se trouvait démunie de document d'identité valide et a déclaré une adresse postale sans justifier d'un domicile, le préfet estimant en conséquence qu'elle ne présentait pas de garanties suffisantes et que le risque de fuite pouvait être regardé comme établi en vertu du 8° de l'article L. 612-3 du même code. A supposer même que Mme C, ainsi qu'elle l'affirme, n'aurait pas été entendue préalablement à l'édiction des décisions en cause ni même n'aurait été informée que ces décisions étaient susceptibles d'être prises à son encontre, et qu'elle n'a donc pas été en mesure d'indiquer être entrée régulièrement sur le territoire sous couvert d'un visa " famille de français ", détenir un passeport en cours de validité, posséder une adresse stable affectée à son habitation principale, ne jamais avoir fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire, ne présenter aucune menace pour l'ordre public et ne pas avoir manifesté son intention de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle est hébergée dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, situation qui présente un caractère précaire. Les éléments invoqués par la requérante dans la présente instance n'apparaissent ainsi pas de nature à l'avoir effectivement privée de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que le préfet, s'il en avait eu connaissance avant l'édiction desdites décisions, aurait agi différemment. Par suite, le doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Aude a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de Mme C, notamment le fait qu'elle est entrée sur le territoire munie d'un visa désormais expiré et qu'elle s'est maintenue sur le territoire de manière irrégulière. L'autorité préfectorale, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments ayant trait à la situation personnelle de l'intéressée, a également indiqué qu'elle n'établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, et que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par conséquent, la décision attaquée ne présente pas un caractère stéréotypé et comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire doit donc être écarté. Il ressort par ailleurs de cette motivation que le préfet de l'Aude a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Mme C est entrée en France en 2020 sous couvert d'un visa désormais expiré et s'y est maintenue sans titre de séjour. Pour établir qu'elle y a fixé le centre de ses intérêts, la requérante fait état de son mariage en 2016 avec un ressortissant français, de ses allers retours réguliers entre la France et la Côte d'Ivoire entre 2016 et 2020 et de sa bonne intégration sur le territoire national où elle exerce notamment des activités de bénévolat. Toutefois, ainsi qu'elle en fait elle-même état, l'intéressée a divorcé de son mari français au cours de l'année 2020 et elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'apparaît pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles impliquent sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré du défaut de base légale de celle portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

12. En deuxième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Et selon l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

13. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, il ressort des énonciations de l'arrêté contesté que, pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de l'Aude a d'une part relevé que Mme C s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans avoir solliciter la délivrance d'un titre de séjour, d'autre part, qu'elle se trouvait démunie de document d'identité valide et a déclaré une adresse postale sans justifier d'un domicile pour en inférer qu'elle ne présentait pas de garanties suffisantes et que le risque de fuite pouvait être regardé pour établi. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision contestée doit être écarté. Il ressort par ailleurs de cette motivation que le préfet de l'Aude a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante.

14. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme C s'est maintenue en France au-delà de la durée de validité de ce visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, elle ne justifie pas de documents de voyage en cours de validité, l'expiration de son passeport étant intervenue le 9 mars 2023 et donc antérieurement à la date d'édiction de l'arrêté contesté, enfin elle est hébergée dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, situation qui présente un caractère précaire. L'intéressée entre ainsi dans les cas prévus par les dispositions du 3° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant de regarder comme établi un risque qu'elle se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Par suite, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de l'Aude n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.

15. Les éléments invoqués par Mme C tenant à sa vie en France et aux liens qu'elle dit y avoir établis ne suffisent pas à faire regarder la décision litigieuse comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation et cette décision n'apparaît pas, en tout état de cause, porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

16. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré du défaut de base légale de celle portant interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

19. D'une part, il ressort des énonciations mêmes de l'arrêté contesté, qui vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de l'Aude a expressément examiné la situation de Mme C au regard de ces dispositions, l'arrêté précisant qu'il a été tenu compte de son maintien en situation irrégulière dans l'espace Schengen, de son maintien en séjour irrégulier sur le territoire français, de l'absence de menace pour l'ordre public et de l'absence de mesures d'éloignement antérieures, enfin du fait qu'une telle décision " ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée et familiale puisqu'elle ne peut se prévaloir d'aucun lien suffisamment ancien, stable et intense avec la France ". Dans ces conditions, la motivation de cette décision répond aux exigences posées au point précédent. Par ailleurs, il n'apparaît pas que cette décision serait entachée de défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'appelante.

20. D'autre part, Mme C ne justifie pas de liens sur le territoire, d'une intégration familiale, personnelle ou socio-professionnelle tels qu'ils seraient de nature à faire regarder la décision en cause comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation que ses conséquences emportent sur sa situation personnelle. Il y a lieu, par suite, d'écarter le moyen.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

21. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré du défaut de base légale de celle le fixant le pays de renvoi doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A F C, à Me Cohen et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 5 novembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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