mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL01746 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D A a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.
Par un jugement n° 2303018 du 12 décembre 2023, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024 sous le n° 24TL01746, Mme A, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 12 décembre 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 de la préfète du Gard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Gard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
-l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence ;
-il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet et d'une insuffisance de motivation ;
-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-il méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 7 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Mme A, ressortissante marocaine, relève appel du jugement du 12 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.
3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard, en vertu d'une délégation qui lui a été consentie par arrêté de la préfète du Gard du 11 juillet 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 60. Cet arrêté, lui donnant délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception de certaines au nombre desquelles ne figurent par les décisions attaquées, n'est ni trop général, ni trop imprécis. Par suite, cette délégation habilitait M. C à signer l'arrêté en litige et le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
5. Il ressort des mentions de l'arrêté du 24 avril 2023 que la préfère du Gard précise les dispositions juridiques sur lesquelles elle s'appuie et rappelle de manière non stéréotypée les principales considérations relatives à la situation de Mme A, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, sa situation personnelle, en particulier la circonstance qu'elle déclare être entrée en France en janvier 2016, qu'elle était titulaire d'un titre de résidence et travail temporaire en Espagne valable du 7 décembre 2015 au 19 octobre 2017, qu'elle a donné naissance à une enfant le 25 décembre 2017 à Barcelone et que seule la plus âgé de ses deux filles est scolarisée, qu'elle est séparée de son époux, et qu'elle ne justifie pas être isolée dans son pays d'origine où résident ses parents et dans lequel elle a vécu jusqu'à ses vingt-quatre ans. La circonstance que la préfète du Gard ne mentionne pas le suivi médical régulier qu'une de ses enfants requiert ni l'accompagnement dont bénéficie sa seconde en tant qu'enfant handicapée n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen de sa situation et des conséquences de l'arrêté litigieux sur celle de ses deux filles. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète aurait entaché cet arrêté d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Mme A, bénéficiant d'un titre de séjour en Espagne valable du 7 décembre 2015 au 19 octobre 2017, déclare être entrée sur le territoire français en janvier 2016, alors qu'elle n'a présenté une demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation administrative que le 17 mai 2021. Pour établir la réalité de son allégation selon laquelle elle résiderait de manière habituelle en France depuis plus de cinq ans, Mme A se borne à produire des échanges avec l'Assurance maladie quant à ses demandes d'aide médicale de l'Etat, des ordonnances et comptes-rendus médicaux établis entre le 17 février 2016 et le 17 mai 2023, ainsi qu'une facture d'électricité du 26 octobre 2022 et, postérieurement à l'arrêté litigieux, deux courriers de la maison départementale des personnes handicapées du 7 mai 2024. Ces documents sont épars et insuffisamment probants, ne permettant pas de considérer que l'appelante résiderait habituellement en France depuis 2016. Par ailleurs, l'intéressée est mère, d'une part, d'une enfant née le 25 décembre 2017 à Barcelone, scolarisée depuis le 1er septembre 2020 en France et bénéficiant d'une aide humaine mutualisée aux élèves handicapés valable du 4 avril 2023 au 31 août 2024, qui a permis, postérieurement à la date de l'arrêté litigieux, l'ouverture du droit à l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé pour la période du 1er janvier 2024 au 31 décembre 2028, et une orientation vers une unité localisée pour l'inclusion sociale valable du 1er septembre 2024 au 31 août 2029, et, d'autre part, d'une enfant née le 7 février 2020 à Nîmes, qui a fait l'objet d'une opération de la fermeture chirurgicale d'une communication interventriculaire péri-membraneuse et bénéficie d'un traitement anticongestif. Toutefois, bien que Mme A démontre les difficultés médicales auxquelles font face ses deux enfants, elle n'établit ni même n'allègue qu'elles ne pourront bénéficier d'un accompagnement équivalent au Maroc. En outre, si l'appelante fait état de ce qu'elle est mariée avec M. B, le père de ses deux enfants, elle ne conteste pas la double circonstance relevée par la préfète du Gard dans l'arrêté litigieux selon laquelle elle en est séparé et que l'intéressé déclare quant à lui être marié à une ressortissante espagnole. Enfin, bien que Mme A se prévaut de la présence en France de sa sœur ainsi que de l'oncle de ses enfants, il apparaît qu'elle dispose d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu la majorité de sa vie, jusqu'à ses vingt-quatre ans, et où résident ses parents. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. La décision en litige n'implique, par elle-même, aucune séparation entre l'appelante et ses enfants, compte tenu de ce que rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au Maroc, pays dont les membres de la famille de Mme A ont la nationalité et dans lequel l'intéressée ne démontre pas, ainsi qu'il a été exposé au point 7 de la présente ordonnance, l'obstacle quant à la poursuite de la scolarité et de l'accompagnement médicale de ses enfants. Par suite, la préfète du Gard n'a pas méconnu le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
10. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
11. Les circonstances exposées aux points 7 et 9 de la présente ordonnance ne constituent pas des motifs exceptionnels et ne relèvent pas non plus de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées justifiant que Mme A soit admise au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'appelante ne peut à cet égard utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministère de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, laquelle n'a pas valeur règlementaire.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à Me Ruffel et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Fait à Toulouse, le 15 octobre 2024.
Le président désigné,
signé
B. COUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026