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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01762

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01762

mardi 12 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01762
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Par un jugement n° 2307679 du 4 janvier 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a notamment rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024 sous le n° 24TL01762, M. B A, représenté par Me Sergent, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 4 janvier 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder, dans un délai de cinq jours suivant la notification de la décision à intervenir, à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le Système d'information Schengen et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur de fait ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences manifestement excessives qu'elle entraine sur sa situation personnelle.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 7 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B A, ressortissant brésilien, relève appel du jugement du 4 janvier 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

5. Il ressort des énonciations de l'arrêté contesté que, pour fixer à dix-huit mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. B A, le préfet des Pyrénées-Orientales a retenu que celui-ci ne présente aucun billet de transport justifiant de son retour au Brésil à court et moyen terme, qu'il se maintient en situation irrégulière en France et ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement dans l'espace Schengen en relevant qu'il s'est abstenu d'introduire une quelconque démarche aux fins de régularisation de sa situation administrative au regard du séjour. Le préfet a également pris en considération le fait que l'intéressé ne démontre pas ne plus disposer de liens personnels au Brésil et a enfin pris en compte le fait qu'il est défavorablement connu des services de police, ayant été placé en garde à vue pour les faits d'usage et détention de faux documents administratifs.

6. D'une part, si M. B A conteste l'affirmation figurant dans cet arrêté selon laquelle " il ne justifie d'aucune attache réelle sur le territoire français " en faisant valoir qu'il entretient une relation sentimentale depuis janvier 2023 et qu'il a engagé en décembre 2023 avec sa compagne les démarches en vue de se marier dans la commune de Pia dans les Pyrénées-Orientales, il ressort néanmoins des énonciations de l'arrêté en cause que, se fondant sur le procès-verbal d'audition établi par les services de police le 29 décembre 2023 consécutivement à l'interpellation de l'intéressé, le préfet a fait mention du fait que celui-ci a déclaré être en concubinage et être domicilié chez sa compagne, le préfet notant également que cette dernière était à ses côtés lors du contrôle routier dont il a fait l'objet. L'autorité préfectorale a ainsi nécessairement tenu compte de cette situation de concubinage, laquelle n'était cependant concrétisée par aucune pièce, les attestations de proches produites dans l'instance étant postérieures à l'édiction de l'arrêté contesté. Au demeurant, l'ancienneté alléguée de cette relation, qui serait donc d'un peu moins d'un an, n'est pas démontrée. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de fait qui aurait été de nature à influer sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français litigieuse.

7. D'autre part, M. B A n'établit pas son allégation selon laquelle il serait entré en France fin 2021. A supposer même que la relation sentimentale dont il se prévaut aurait effectivement débuté en janvier 2023, il ne démontre pas qu'il aurait séjourné continument en France depuis lors, et la durée de ce séjour, qui serait donc d'un peu moins d'un an à la date d'édiction de l'arrêté contesté, apparaît en tout état de cause relativement brève. L'intéressé ne justifie ainsi pas expressément de liens personnels anciens et durables sur le territoire français. Par ailleurs, il est constant qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France, ni d'ailleurs en Espagne, pays dans lequel il indique être entré en novembre 2021. Enfin, le contrôle routier dont il a fait l'objet le 29 décembre 2023 alors qu'il rentrait de Barcelone avec sa compagne a révélé qu'il conduisait le véhicule appartenant à cette dernière sous couvert de documents administratifs contrefaits qu'il a indiqué, lors de sa garde à vue, s'être intentionnellement procurés en échange de sommes d'argent, en particulier un permis de conduire portugais qui lui a permis de se voir délivrer une carte de conducteur française.

8. L'ensemble des éléments qui précèdent, et notamment les infractions constatées, sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois prononcée à son encontre par le préfet de l'Hérault.

9. Au vu de ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B A.

10. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Ainsi qu'il il a été dit au point 7 ci-dessus, M. B A n'établit pas la date de son entrée en France et ne peut donc être regardé comme justifiant d'attaches familiales anciennes sur le territoire français alors même qu'il démontre y avoir engagé des démarches pour s'y marier en mars 2024. L'intéressé, qui a déclaré lors de sa garde à vue être père d'un enfant âgé de 10 ans, n'allègue pas ne plus avoir d'attaches au Brésil où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans, où il est retourné en exécution de la mesure d'éloignement contenue dans l'arrêté en litige et où il s'est marié avec celle qu'il a présenté comme sa concubine le 11 avril 2024. Il ressort à cet égard des pièces produites en appel que cette dernière s'est rendue au Brésil en février 2024, mars 2024 et mai 2024 pour des séjours d'une durée variant de quinze jours à trois semaines. Enfin, si M. B A indique que son épouse est enceinte, les mentions portées sur les résultats d'analyses biologiques qu'il produits dans la présente instance, datés du 21 juin 2024, révèlent en tout état de cause que l'état de grossesse est postérieur à l'édiction de la décision contestée. Dans ces conditions, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle méconnaît en conséquence les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A, à Me Sergent et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Toulouse, le 12 novembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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