mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL01776 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Par un jugement n° 2305975 du 5 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024 sous le n° 24TL01776, M. B, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 5 décembre 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 du préfet de l'Aveyron ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
-la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;
-elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
-la décision fixant le pays de destination est privée de base légale ;
-elle est entachée d'une erreur de fait révélant un défaut d'examen ;
-elle est entachée d'une erreur de droit ;
-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. B, ressortissant géorgien, relève appel du jugement du 5 décembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aveyron lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
3. En premier lieu, Il ressort des énonciations-mêmes de l'arrêté contesté que le préfet a fait état des déclarations de l'intéressé selon lesquelles il est marié et père d'un enfant et que sa femme serait enceinte. Contrairement à ce que soutient M. B, il n'apparaît pas qu'en rapportant ainsi ses déclarations, le préfet aurait entendu mettre en doute cet état de grossesse et qu'il n'aurait pas tenu compte de cette circonstance dans l'examen de la situation de l'intéressé auquel il a procédé avant de prendre la décision contestée. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précipitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Si M. B se prévaut de la présence sur le territoire français de son épouse, enceinte, ainsi que de son enfant né en France, il ressort des pièces du dossier que l'appelant, déclarant être entré en France le 11 juillet 2021, n'a été admis à séjourner sur le territoire français que durant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 janvier 2022, et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois par le préfet de l'Hérault le 12 avril 2022, qu'il ne démontre pas avoir exécutée. Il ne justifie pas ne plus avoir de liens personnels dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de sa vie et où il n'existe par ailleurs aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale, son épouse, ressortissante géorgienne, se trouvant elle-même en situation irrégulière sur le territoire français. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. B de son enfant mineur et de son épouse, enceinte, également de nationalité géorgienne et en situation irrégulière sur le territoire français, qui ont vocation à accompagner l'appelant en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que la décision fixant le pays de destination n'est pas illégale du fait de l'illégalité invoquée de celle portant obligation de quitter le territoire français.
9. En cinquième lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition en retenue dressé le 13 octobre 2023, que, contrairement à ce que soutient M. B, il a déclaré ne pas avoir de craintes en cas de retour de Géorgie. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait révélant un défaut d'examen doivent être écartés.
11. D'autre part, si M. B soutient qu'il appartenait au préfet de l'Aveyron de le mettre en mesure d'apporter tout justificatif de nature à démontrer les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été empêché de présenter les éléments relatifs à sa situation de manière utile et effective. Au demeurant, il ne précise pas plus en appel qu'en première instance les éléments qu'il aurait été privé de faire valoir.
12. Enfin, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que, pour fixer le pays de renvoi, le préfet se serait fondé uniquement sur la circonstance que M. B s'est vu refuser le bénéfice de l'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qu'il n'aurait pas évalué les risques de traitements inhumains ou dégradants auxquels il serait exposé en cas de retour en Géorgie, ladite décision précisant expressément que l'intéressé a déclaré " ne pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ". C'est dès lors sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Aveyron a pu fixer le pays à destination duquel l'appelant pourra être éloigné.
13. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalités, le moyen tiré du défaut de base légale de celle portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aveyron a pris en compte, pour prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an, l'absence de circonstances humanitaires pouvant faire obstacle à une telle mesure, ainsi que l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le fait que M. B est entré récemment sur le territoire français, qu'il ne peut se prévaloir de l'établissement de lien en France, sa compagne enceinte et son enfant ayant vocation à l'accompagner, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Ces éléments, alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prononcée à son encontre par le préfet de l'Aveyron et cette décision ne présente un caractère disproportionné.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Ruffel et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Aveyron.
Fait à Toulouse, le 29 octobre 2024.
Le président désigné,
signé
B. COUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026