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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01810

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01810

mardi 29 octobre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01810
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A épouse C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2306951 du 6 février 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024 sous le n° 24TL01810, Mme A épouse C, représentée par Me Lemoudaa, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 6 février 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2023 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, d'une part, de réexaminer sa situation et lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision et, d'autre part, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification de cette décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

-l'arrêté litigieux méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

-il méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

-le préfet s'est estimé en situation de compétence liée, et a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Mme A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 7 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A épouse C, ressortissante algérienne, relève appel du jugement du 6 février 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

4. Mme A épouse C fait état de ce qu'elle est entrée en France avec ses trois enfants, dont deux mineurs qui sont scolarisés alors que l'aînée prépare un concours administratif, qu'elle dispose d'un logement et a obtenu une promesse d'embauche dans le secteur de l'agriculture. Toutefois, ainsi que l'ont estimé les premiers juges, il ressort des pièces du dossier que l'appelante n'est entrée sur le territoire français qu'en août 2022, soit depuis moins d'un an à la date de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, si elle se prévaut d'une quittance de loyer et de deux certificats de scolarité, Mme A épouse C ne produit, en appel pas plus qu'en première instance, aucun document permettant d'établir la présence de membres de sa famille sur le territoire français et n'allègue d'ailleurs pas être dépourvue d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans. Elle ne démontre ainsi pas avoir établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté et Mme A épouse C ne justifie pas être en situation d'obtenir la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

6. L'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A épouse C de deux de ses enfants, mineurs, qui ont vocation à accompagner leur mère dans son pays d'origine. Si l'appelante soutient que la scolarité poursuivie en France diffère de celle dispensée en Algérie, les programmes n'étant pas les mêmes, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer son allégation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

8. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux du 6 juillet 2023 que le préfet de l'Hérault a, pour refuser de délivrer un certificat de résidence algérien à Mme A épouse C en qualité de salariée, retenu qu'elle ne présentait pas un visa de long séjour prescrit par les stipulations précitées. Dès lors et contrairement à ce que soutient l'appelante, le préfet, en lui opposant un défaut de visa de long séjour, ne s'est pas estimé à tort en situation de compétence liée, mais a seulement fait une exacte application de ces stipulations. En outre, il ne ressort ni de cette mention ni des autres pièces du dossier séjour que le préfet de l'Hérault, après s'être livré à un examen de la situation personnelle de Mme A épouse C, aurait exclu de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en raison de cette absence de visa de long. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A épouse C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A épouse C, à Me Lemoudaa et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 29 octobre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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