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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01811

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01811

mardi 12 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01811
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B D épouse C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2401840 du 3 juin 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024 sous le n° 24TL01811, Mme D épouse C, représentée par Me Diab, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 3 juin 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

Elle soutient que :

Sur le jugement attaqué :

-les premiers juges ont apprécié de manière erronée les faits et les pièces de l'espèce ;

-ils ont commis des erreurs manifestes d'appréciation ;

Sur les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

-elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

-elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est dépourvue de base légale ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme D épouse C, ressortissante marocaine, relève appel du jugement du 3 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Mme D épouse C soutient que les premiers juges se sont livrés à une appréciation erronée des faits et des pièces de l'espèce, et qu'ils ont commis des erreurs manifestes d'appréciation en écartant les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, de la méconnaissance du droit au respect de sa vie privée et familiale, de la méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et du caractère disproportionné de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, ces moyens soulevés en ce sens ne se rapportent pas à la régularité du jugement attaqué mais relèvent du contrôle du juge de cassation et non du contrôle du juge d'appel, auquel il appartient seulement, dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel, de se prononcer sur la légalité de l'arrêté litigieux.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne l'étendu du litige :

4. L'arrêté du 26 mars 2024 ne comporte aucune décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'annulation d'une telle décision, qui est inexistante, sont irrecevables.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté mentionne les textes dont il a été fait application, en particulier les 2° et 3° de l'article L. 611-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que Mme D épouse C déclare avoir quitté son pays et être entrée en France avant 2020, munie de son ancien passeport et d'un visa qu'elle n'est pas en mesure de présenter. Le représentant de l'Etat précise qu'elle a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour valide jusqu'au 8 février 2023 afin d'obtenir une carte de séjour en qualité de conjointe de ressortissant européen mais que cette demande a été classée comme caduque et frauduleuse après qu'il est apparu que son conjoint a obtenu et fait usage d'une fausse carte d'identité belge. L'autorité préfectorale mentionne également que Mme D épouse C se maintient donc de manière irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son visa. La décision contestée est ainsi suffisamment motivée. Par ailleurs, il ressort de cette motivation que le préfet n'a pas entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'appelante.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Mme D épouse C se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis 2017, de la présence sur le territoire national de certains de ses frères et sœurs, ainsi que du soutien matériel et moral qu'elle apporte à sa mère qui réside régulièrement en France. Toutefois, si l'intéressée produit notamment des quittances de loyer de novembre 2023 à mars 2024, plusieurs attestations de ses proches, une attestation relative à son engagement associatif, ainsi que des documents relatifs à la scolarité et l'intégration sportive de son fils ainé, ces éléments ne suffisent pas à démontrer une insertion particulière dans la société française Par ailleurs, si elle a bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 9 novembre 2022 au 8 février 2023, cette demande a été classée comme caduque et frauduleuse ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus. Enfin, le conjoint de Mme D épouse C, lui-même ressortissant marocain, ne dispose d'aucun droit au séjour en France et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue hors du territoire national avec leurs deux enfants, l'intéressée ne contestant pas ne pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine où résident une partie de sa famille ainsi que sa belle-mère et dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté et Mme D épouse C ne justifie pas être en situation d'obtenir la délivrance de plein droit un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, Mme D épouse C ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant inapplicable aux ressortissants marocains, à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'elle n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement du pouvoir de régularisation discrétionnaire du préfet.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour prononcer à l'encontre de Mme D épouse C une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet de l'Hérault a pris en compte l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique d'abord que l'intéressée déclare avoir quitté son pays et être entrée en France avant 2020 sans plus de précision. Le représentant de l'Etat mentionne ensuite qu'elle déclare être mariée depuis le 17 novembre 2007 à un ressortissant marocain, qui ne dispose d'aucun droit au séjour en France et qui fait l'objet d'un arrêté préfectoral de remise aux autorités italiennes, qu'elle déclare avoir deux enfants à sa charge, dont un est né au A et l'autre en France, qu'elle peut reconstituer sa cellule familiale avec son conjoint et ses enfants au A, ou bien entreprendre des démarches pour obtenir un droit au séjour en Italie afin de rejoindre son époux. L'autorité préfectorale précise en outre que Mme D épouse C n'a pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Elle mentionne enfin que le comportement de l'appelante représente une menace à l'ordre public, celle-ci ayant été placée en garde à vue pour des faits de tentative d'obtention indue de document administratif, détention de faux documents administratifs et usage de faux document administratif commis à Chalon-sur-Saône et Béziers entre le 9 novembre 2022 et le 26 mars 2024. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. D'autre part, eu égard à la situation de Mme D épouse C telle qu'exposé au point 8 de la présente ordonnance, celle-ci ne peut être regardée comme se caractérisant par des circonstances humanitaires s'opposant à une interdiction de retour sur le territoire français. En prononçant à son encontre une telle interdiction d'une durée de deux ans, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation eu regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme D épouse C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D épouse C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 12 novembre 2024.

Le président désigné,

Signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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