mercredi 18 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL01922 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2306256 du 28 décembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n° 24TL01922, M. B, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 28 décembre 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 octobre 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, durant l'examen de sa situation, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
-elle est privée de base légale et est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir statuer préalablement sur sa demande de titre de séjour ;
-elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet aurait dû solliciter l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
-elle est entachée d'une erreur de fait ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;
-elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet devait saisir la commission du titre de séjour en raison de ses problèmes de santé malgré le motif invoqué de menace à l'ordre public ;
-elle méconnait les articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
-elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
-elle est dépourvue de base légale ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 21 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1975, déclare être entré sur le territoire français en 2004. Par un arrêté du 28 octobre 2023, le préfet de l'Hérault, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B relève appel du jugement du 28 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
4. Si M. B soutient que le préfet ne pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre avant d'avoir examiné la demande de titre de séjour qu'il lui a adressée en date du 14 mars 2023, dans laquelle il faisait état de ses graves problèmes de santé, il ressort des pièces du dossier que cette demande a été adressée aux services de la préfecture de l'Hérault par le biais d'un courriel émanant de son conseil. L'intéressé n'établissant pas avoir déposé sa demande dans le respect des règles fixées aux articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le courriel du 14 mars 2023 n'a pas eu pour effet d'en saisir valablement l'autorité préfectorale. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet a entaché l'arrêté contesté d'une erreur de fait en affirmant que, dès lors qu'il n'a pas effectué de démarches afin de régulariser sa situation administrative sur le territoire depuis la dernière mesure d'éloignement prise à son encontre en date du 9 février 2022, il s'y maintient de manière irrégulière et peut donc se voir opposer, sur le fondement du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un refus d'octroi d'un délai de départ volontaire pour exécuter cette nouvelle obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision en cause serait dépourvue de base légale doit également être écarté.
5. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, M. B ne peut valablement se prévaloir des éléments relatifs à son état de santé contenus dans le dossier de demande de titre de séjour qu'il a fait transmettre par courriel, lequel n'a pas été enregistré par l'administration. En tout état de cause, il ressort des énonciations de l'arrêté litigieux que le préfet a pris en considération les déclarations faites par M. B devant les services de police lors de son audition consécutive à son interpellation le 28 octobre 2023 concernant son état de santé. La seule circonstance selon laquelle l'arrêté en cause ne fait pas expressément état de ses multiples hospitalisations ni de ce que son traitement ne serait pas accessible dans son pays d'origine ne suffit pas à révéler que le préfet, qui indique dans ses écritures en défense devant le tribunal qu'un médicament équivalent est disponible au Maroc, n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de l'intéressé. Il y a lieu, dès lors, d'écarter le moyen tiré du défaut d'un tel examen.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :/ 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, et non de celui de tous les étrangers qui soutiennent remplir les conditions pour séjourner de plein droit sur le territoire français.
7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
8. Ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, aucune demande de titre de séjour n'a été valablement déposée par M. B et le préfet de l'Hérault n'a donc pas, par la décision contestée, entendu rejeter une telle demande. L'intéressé ne peut dès lors utilement invoquer le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché cette décision d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du second alinéa de l'article L. 435-1 de ce code.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Et aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
10. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application de ces dispositions, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis et circonstanciés permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France.
11. Si M. B invoque les importantes séquelles, notamment psychologiques, consécutives aux agressions dont il a été victime en 2015 et en 2018 et qui ont nécessité des hospitalisations, les pièces qu'il verse dans l'instance ne font pas apparaître une évolution particulière de son état de santé depuis l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration en date du 26 mars 2018 aux termes duquel il a été estimé qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. A cet égard, si l'intéressé indique avoir besoin de suivre un traitement à base de Skenan et affirme que ce médicament n'est pas accessible au Maroc, il ne conteste pas l'affirmation du préfet selon laquelle un médicament similaire, le Moscontan, est disponible dans ce pays. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, le préfet aurait disposé d'éléments d'information suffisamment précis sur l'état de santé de l'intéressé lui imposant de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. M. B ne peut dans ces conditions valablement soutenir que le préfet aurait dû saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant d'édicter la mesure d'éloignement en cause ni ne peut se prévaloir d'un droit au séjour en raison de son état de santé. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
12. En dernier lieu, M. B reprend, en appel dans les mêmes termes et sans critique sérieuse du jugement attaqué, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit au point 10 de ce jugement.
Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
13. Ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, le courriel adressé le 14 mars 2023 au préfet de l'Hérault par le conseil de M. B contenant la demande de titre de séjour présentée par ce dernier n'a pas eu pour effet de saisir valablement l'autorité préfectorale de cette demande. Le préfet a pu dès lors légalement refuser d'octroyer un délai de départ volontaire pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français faite à l'intéressé sur le fondement du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif qui suffisait seul, en tout état de cause, à justifier ce refus.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
14. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en raison de l'illégalité dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté dès lors que, par la présente ordonnance, les conclusions du requérant à fin d'annulation de cette dernière sont rejetées.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
17. Si M. B déclare résider en France depuis 2004, il est entré et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Il a fait l'objet de quatre précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. L'intéressé est célibataire, sans charge de famille et a vécu dans son pays d'origine, le Maroc, au moins jusqu'à l'âge de 29 ans. Il a été condamné pénalement le 25 janvier 2011 à une peine d'interdiction judiciaire du territoire pour une durée de cinq ans pour des faits d'obstruction à l'exécution d'une mesure d'éloignement en communiquant des renseignements inexacts. Egalement, depuis sa présence alléguée sur le territoire en 2004, M. B a été condamné le 29 novembre 2005 à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits de vols avec violence, le 8 mars 2007 à deux mois d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Bordeaux, le 13 décembre 2007 à trois mois d'emprisonnement et le 25 janvier 2011 à six mois d'emprisonnement par la cour d'appel de Montpellier pour des faits de fourniture d'une identité imaginaire. M. B ne conteste pas sérieusement la matérialité des différentes mises en cause le concernant, notamment en date du 24 juin 2018 pour des faits de violences aggravées, le 6 février 2022 pour vol simple, le 30 mai 2022 pour des faits de violences aggravées, et très récemment le 27 octobre 2023 pour des faits d'injures antisémites proférées dans la rue. La présence en France de M. B constitue dès lors une menace pour l'ordre public. Les éléments qui précèdent sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à son encontre par le préfet de l'Hérault.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Christophe Ruffel et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 18 décembre 2024.
Le président désigné,
signé
B. COUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026