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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01946

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01946

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01946
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler, d'une part, la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, d'autre part, la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux.

Par un jugement n° 2207263 du 25 janvier 2024, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024 sous le n° 24TL01946, M. B, représenté par Me Lescarret, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 25 janvier 2024 ;

2°) d'annuler la décision du 1er juillet 2022 du préfet de la Haute-Garonne et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

-le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

-la décision portant refus d'admission au séjour est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 423-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci ;

-elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 21 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant camerounais, relève appel du jugement du 25 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, d'autre part, la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. M. B reproche aux premiers juges de n'avoir pas pris en compte, pour apprécier sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son fils, le fait qu'antérieurement au 5 avril 2022, date à laquelle il s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour qui lui a permis de travailler, ses ressources étaient très limitées. Ce faisant, l'intéressé critique l'appréciation au fond portée par les premiers juges sur son recours pour excès de pouvoir et un tel moyen ne peut être utilement invoqué pour contester la régularité du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision litigieuse mentionne les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 371-2 du code civil, et précise les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, notamment les éléments de sa situation personnelle et familiale en France. Par suite, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de préciser de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, en particulier la circonstance qu'il verse régulièrement de l'argent à la mère de son enfant ainsi que les trajets qu'il effectue afin de lui rendre visite, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivée et cette motivation ne révèle pas que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En vertu de l'article 371-2 du code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant.

7. M. B est le père d'un enfant né le 22 novembre 2021 de son union avec une ressortissante française, dont il s'est séparé au début de sa grossesse. Parmi les nombreuses pièces qu'il produit dans l'instance, en ce comprises celles versées pour la première fois devant la cour, seuls sont antérieurs à la décision litigieuse du 1er juillet 2022 les attestations de virements bancaires au bénéfice de la mère entre le 5 octobre 2021 et le 6 juin 2022 d'un montant allant de 50 euros à 150 euros ainsi qu'un justificatif de trajet le 6 mars 2022 entre Toulouse et Agen, ville où réside son enfant. En l'absence d'autres éléments que les attestations de la mère de l'enfant, établies pour la cause, M. B ne démontre pas qu'à la date de la décision contestée, il contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance. Par suite, en refusant d'accorder le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B se prévaut de sa qualité de parent d'enfant français et de la cellule familiale qu'il forme avec la mère de son enfant, bien que séparés. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 8 de la présente ordonnance, l'intéressé ne démontre pas que, à la date de la décision litigieuse, il contribuait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant. S'il se prévaut d'une présence sur le territoire français depuis six ans, il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans dans son pays d'origine où résident ses parents. Par ailleurs, célibataire, il ne justifie pas d'une intégration particulière en France par la seule production d'un contrat à durée déterminée à temps partiel pour la période du 5 juillet 2022 au 8 juillet 2022. Dans ces circonstances, la décision portant refus de séjour n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci.

10. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Eu égard à ce qui a été dit au point 8 de la présente ordonnance, et alors que M. B ne justifie de l'intensité des liens entretenus avec son enfant, la décision contestée n'apparaît pas méconnaître les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Lescarret et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 18 décembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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