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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01979

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01979

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01979
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier, d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Par un jugement n° 2400063 du 9 janvier 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée au greffe de la cour le 19 juillet 2024 sous le n° 2401979, Mme A, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 9 janvier 2024 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 4 janvier 2024 portant décision de transfert aux autorités espagnoles et assignation à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté de transfert a été pris par une personne n'ayant pas compétence ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté l'assignant à résidence a aussi été pris par une personne incompétente ;

- il n'est pas motivé ;

- les modalités de l'assignation sont excessives et illégales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 21 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante algérienne née en 1991, déclare être entrée en France au mois de septembre 2023 et a présenté une demande d'asile le 12 octobre 2023. La requérante demande à la cour d'annuler le jugement du 9 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête tendant à l'annulation des arrêtés du 4 janvier 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles et son assignation à résidence.

3. Par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à la directrice des migrations et de l'intégration, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour des étrangers et les mesures d'éloignement en mentionnant notamment les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et de transfert à l'encontre des ressortissants étrangers. Contrairement à ce qui est soutenu, cette mention des transferts ne comporte aucune ambiguïté, y compris au regard des dispositions invoquées de l'article R. 744-47 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au transfert entre centres de rétention, et permettait à l'intéressée de signer l'arrêté de transfert en litige.

4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

5. La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

6. Mme A soutient que sa demande d'asile doit être traitée en France dès lors qu'y résident des membres de sa famille, son frère et sa grand-mère qui peuvent l'héberger. Toutefois, alors que l'Espagne, État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en mesure d'offrir les garanties exigées par le droit d'asile cette seule présence de membres de sa famille en France et l'absence de tels liens en Espagne ne révèlent pas une appréciation manifestement erronée de l'administration au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en désignant l'Espagne comme pays de transfert.

7. L'arrêté de délégation du 13 mars 2023 mentionné au point 3 donne également délégation à la signataire de l'arrêté attaqué en matière d'assignation à résidence quel que soit le motif de celle-ci.

8. L'arrêté assignant à résidence la requérante dans le département des Pyrénées-Orientales comporte un énoncé précis des considérations de droit sur lequel il est fondé en rappelant les dispositions précises du code de l'entrée et du séjour appliquées ainsi que les éléments également suffisamment précis sur la situation de fait en rappelant notamment que la requérante qui fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Espagne bénéficie d'une domiciliation postale dans ledit département.

9. En admettant même que l'intéressée ait toujours respecté ses obligations en se rendant aux convocations de la préfecture et qu'elle dispose de garanties de représentation, l'obligation qui lui est faite de se présenter deux fois par semaine aux services de police ne porte pas d'atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir alors d'ailleurs que contrairement à ce qu'elle soutient et ainsi que le rappelle le jugement qui a bien répondu à cet argument il lui était possible de demander une autorisation pour se rendre à l'audience à Montpellier examinant sa demande en annulation des décisions attaquées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 18 septembre 2024.

Le président,

signé

J-F. MOUTTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°24TL01979

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