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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL01998

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL01998

mardi 19 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL01998
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A B a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2402476 du 1er juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a notamment renvoyé devant une formation collégiale les conclusions de la demande de M. A B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024 en tant qu'il porte refus de titre de séjour et a rejeté le surplus de cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024 sous le n° 24TL01998, M. A B, représenté par Me Mejeri, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 1er juillet 2024 ;

2°) d'annuler la décision du 22 mars 2024 du préfet de Var portant interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

-la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-sa qualité de parent d'un enfant français faisait obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A B, ressortissant tunisien, serait entré en France selon ses déclarations en 2019. Il ressort des pièces du dossier qu'il a sollicité auprès du préfet du Var, en date du 8 mars 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Consécutivement à son interpellation par les services de police le 19 mars 2024 et à son audition au cours de laquelle il a notamment déclaré être père d'un enfant français, le préfet du Var a demandé à l'intéressé de justifier cette allégation, vainement. Par un arrêté du 22 mars 2024, le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. A la suite d'une nouvelle interpellation de l'intéressé par les services de police en date du 23 juin 2024, le préfet du Var a, par un arrêté du 24 juin 2024, décidé de son placement en rétention. Par une ordonnance du 28 juin 2024, le tribunal administratif de Toulon, constatant que M. A B était retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, a transmis au tribunal administratif de Nîmes sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024. Par un jugement du 1er juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a, en application des articles L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, notamment renvoyé devant une formation collégiale les conclusions de la demande de M. A B tendant à l'annulation de cet arrêté du 22 mars 2024 en tant qu'il porte refus de titre de séjour et a rejeté le surplus de ladite demande. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de ce jugement ainsi que l'annulation de la décision du 22 mars 2024 du préfet de Var portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur l'étendue du litige :

3. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes ne s'est pas prononcé par le jugement attaqué sur les conclusions de M. A B dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 22 mars 2024 du préfet du Var et les a renvoyées devant une formation collégiale. Dès lors, les conclusions présentées en appel par l'intéressé à fin d'annulation du jugement du 1er juillet 2024 en tant qu'il aurait statué sur une demande tendant à l'annulation de ce refus de titre de séjour sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables.

Sur la régularité du jugement attaqué :

4. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

5. Il résulte des motifs mêmes du jugement que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a expressément et suffisamment répondu au moyen soulevé devant lui par M. A B tiré de ce que, étant père d'un enfant français et contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le jugement attaqué n'est dès lors pas entaché d'irrégularité.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

6. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, alors même qu'il n'aurait pas sollicité la délivrance d'un tel titre.

7. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

8. Aux termes de l'article 375 du même code : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes de l'article 375-7 du même code : " Les père et mère de l'enfant bénéficiant d'une mesure d'assistance éducative continuent à exercer tous les attributs de l'autorité parentale qui ne sont pas inconciliables avec cette mesure () ". Aux termes de l'article 375-8 du même code : " Les frais d'entretien et d'éducation de l'enfant qui a fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative continuent d'incomber à ses père et mère (), sauf la faculté pour le juge de les en décharger en tout ou en partie ". Il résulte de ces dispositions que la circonstance qu'un enfant de nationalité française a fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce que son père ou sa mère étrangers puisse obtenir un titre de séjour en tant que parent de cet enfant s'il contribue effectivement à son entretien et à son éducation conformément aux décisions de justice en définissant les modalités.

9. A supposer même que l'enfant dont M. A B affirme être le père serait de nationalité française, ce qu'aucune des pièces versées dans la présente instance ne permet de vérifier, la seule production, outre les attestations peu circonstanciées de proches au nombre desquels la mère de cet enfant, d'un courrier daté du 2 mai 2024 signé par la responsable du service " espace parent-enfant " du centre départemental de l'enfance du Var attestant que " M. A B est attendu à l'espace parent-enfant (), tous les jeudis de 11h à 12h depuis le jeudi 20 juillet 2023, pour venir rencontrer son fils en visite médiatisée " et précisant que " ces rencontres sont programmées conformément à un jugement en assistance éducative du 15 juin 2023 et à la décision du magistrat qui s'y rapporte ", ne permet pas davantage de connaître la mesure d'assistance éducative qui a été prescrite ni en tout état de cause ne suffit, eu égard aux termes dans lesquels il a été rédigé, à établir que l'intéressé s'y conforme effectivement. Dans ces conditions, M. A B ne peut être regardé comme justifiant contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant au sens et pour l'application des dispositions de l'article de L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait au minimum lié par un pacte civil de solidarité à la mère de l'enfant et il ne démontre pas avoir tissé des liens anciens et stables sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision contestée n'apparaît pas porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts dans lesquels elle a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Fait à Toulouse, le 19 novembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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