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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02045

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02045

mardi 3 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02045
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans.

Par un jugement n° 2402625 du 9 juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a annulé cet arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 24TL02045 le 28 juillet 2024 et le 11 août 2024, M. B, représenté par Me Toniazzo, demande à la cour :

1°) de lui octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler ce jugement du 9 juillet 2024 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 du préfet de l'Hérault ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault ou au préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault ou au préfet territorialement compétent de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de1 500 euros à son bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

-le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

-l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

-il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M.B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 29 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Par une décision en date du 29 novembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. La demande de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par l'intéressé est donc devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

4. M. B, ressortissant tunisien, relève appel du jugement du 9 juillet 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans.

Sur l'étendue du litige :

5. Par l'article 2 de son jugement du 9 juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans contenue dans l'arrêté du 1er juillet 2024 du préfet de l'Hérault. M. B n'est dès lors pas recevable à contester le jugement attaqué en tant qu'il a annulé cette décision.

Sur la régularité du jugement :

6. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

7. Si M. B soutient que le jugement attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne fait pas état de ce qu'il justifie " de la stabilité et de la pérennité de sa présence en France, à travers sa situation de travail, de santé et de famille ", il ressort des énonciations de ce jugement que le magistrat désigné, en réponse au moyen soulevé devant lui par l'intéressé tiré de la méconnaissance par l'arrêté contesté des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a indiqué que l'intéressé a déclaré être entré en France en 2013, qu'il a bénéficié d'une carte de résident de 10 ans valable jusqu'au 13 avril 2024, a fait mention de ses deux mariages en France et précisé qu'un enfant est né de chacune de ces unions, enfin a relevé qu'il ne justifiait pas, au vu des seules pièces produites, de l'intensité ni de la fréquence des liens familiaux dont il se prévalait. Ce faisant, le magistrat désigné a retenu les éléments essentiels caractérisant la situation M. B et il n'était aucunement tenu de reprendre l'intégralité de l'argumentation développée par l'intéressé. Il a ainsi suffisamment répondu au moyen soulevé et son jugement ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 9 du code de justice administrative.

Sur le bien-fondé du jugement :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 611-3, dans sa rédaction alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

9. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, alors même qu'il n'aurait pas sollicité la délivrance d'un tel titre.

10. En invoquant la méconnaissance par le préfet des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B doit être regardé comme ayant entendu se prévaloir des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 ainsi que du principe posé au point précédent. Toutefois, en se bornant à affirmer qu'il souffre d'une maladie psychiatrique importante qui nécessite des séjours réguliers en hospitalisation et que sa pathologie nécessite des soins réguliers, l'intéressé n'établit pas qu'il aurait pu bénéficier de cette protection contre l'éloignement.

11. En deuxième lieu, M. B reprend en appel dans les mêmes termes et sans critique sérieuse du jugement attaqué, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit au point 8 de ce jugement.

12. En troisième lieu, il ne ressort des pièces du dossier ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en édictant à son encontre la mesure d'éloignement en litige.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. M. B ne justifie pas dans l'instance de l'intensité et de la fréquence des liens qu'il dit entretenir avec ses deux enfants, avec qui il ne vit pas, étant divorcé de leurs mères respectives. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 3 décembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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