lundi 2 juin 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL02058 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 15 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a décidé sa remise aux autorités espagnoles et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2202758 du 5 décembre 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2024, M. A, représenté par Me Canadas, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 5 décembre 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2022 de la préfète de l'Ariège ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
-les premiers juges n'ont pas suffisamment examiné le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont le préfet aurait entaché sa décision en considérant qu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre ;
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
-elles sont entachées d'un défaut de compétence de son signataire ;
-elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
Sur la légalité de la décision de remise :
-la décision de remise méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la légalité de l'interdiction de circulation sur le territoire français pendant un an :
-la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de remise ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la légalité de décision fixant le pays de renvoi :
-la décision portant fixation du pays de renvoi est privée de base légale.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 7 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le règlement (UE) 2016/399 du Parlement et du Conseil du 9 mars 2016 ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant algérien né le 13 mai 1990, relève appel du jugement du 5 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a décidé sa remise aux autorités espagnoles, en application de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la régularité du jugement :
3. En soutenant que les premiers juges n'ont pas suffisamment examiné le moyen tiré de ce que la préfète de l'Ariège aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, en considérant à tort qu'il était défavorablement connu des services de police, M. A conteste non la régularité du jugement, mais son bien-fondé. Il appartient à la cour de connaître d'un tel moyen dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un arrêté du 3 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ariège le 8 septembre 2021, la préfète de l'Ariège a délégué au secrétaire général de la préfecture sa compétence à l'effet de signer, notamment, tous actes et arrêtés, à l'exception de la saisine des juridictions dans le cadre d'un déclinatoire de compétence et des arrêtés d'élévation de conflit. Par suite, l'auteur de l'arrêté en litige avait valablement reçu délégation de signature à la date d'édiction de cette décision. Le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
5. En second lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète de l'Ariège s'est fondée pour ordonner la remise de M. A aux autorités espagnoles et prononcer à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que l'autorité préfectorale a examiné la situation personnelle de l'appelant, dont il a rappelé les principales caractéristiques, au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale en cas de retour en Espagne. Par suite, l'arrêté contesté est suffisamment motivé.
Sur la décision de remise aux autorités espagnoles :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière () à la décision portant obligation de quitter le territoire français () l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 () ". L'article L. 621-2 de ce code dispose : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. " Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) du 9 mars 2016 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes:/ a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants:/ i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des Etats membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; / b) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine. ".
7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que, pour décider de remettre M. A aux autorités espagnoles, la préfète de l'Ariège a considéré que ce dernier, interpellé le 14 mai 2022 et placé en garde à vue pour refus d'obtempérer, ne justifiait pas d'une entrée régulière en France et ne remplissait pas les conditions, cumulatives, énoncées à l'article 6 du règlement UE 2016/399 précité. Il ressort des pièces du dossier que si M. A disposait, à la date de la décision attaquée, d'un passeport algérien et d'un titre de séjour espagnol en cours de validité, il n'établit pas être entré sur le territoire français depuis moins de trois mois et ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, disposer de moyens de subsistances suffisants pour la durée de son séjour et pour le retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A ne démontre pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort de son procès-verbal d'audition par les services de police, établi le 14 mai 2022 dans le cadre d'un placement en garde à vue, que M. A a déclaré que ses sœurs et son frère vivent en Espagne, de telle sorte qu'il n'y serait pas isolé. Ainsi, en décidant sa remise aux autorités espagnoles, la préfète de l'Ariège n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
10. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision ou justification permettant à la cour d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que l'interdiction de circulation sur le territoire français n'est pas illégale en raison de l'illégalité alléguée de la décision de remise.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " Aux termes de l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France en 2018, ne démontre pas y avoir établi de liens personnels et familiaux présentant un caractère ancien, stable et intense. Ces considérations, alors même que sa présence sur le territoire français ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, étaient suffisantes pour que la préfète de l'Ariège puisse légalement prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation doit être écarté.
Sur le pays de renvoi :
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions de remise et d'interdiction de circulation à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Ariège.
Fait à Toulouse, le 2 juin 2025.
Le président de la 3ème chambre,
signé
Frédéric Faïck
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026