mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL02119 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.
Par un jugement n° 2307465 du 12 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2024 sous le n° 24TL02119, M. A, représenté par Me Rahal, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 12 mars 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté 28 novembre 2023 du préfet de l'Hérault ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai, et à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
-le jugement attaqué est irrégulier en ce que le tribunal n'a pas examiné le moyen qu'il a soulevé devant lui tiré du défaut de motivation de la décision portant refus de titre de séjour :
-la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'erreurs de fait ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
-cette décision est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 19 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant algérien, relève appel du jugement du 12 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.
Sur la régularité du jugement :
3. Il ressort des énonciations mêmes du jugement attaqué que les premiers juges ont expressément répondu, au point 2 de ce jugement, au moyen soulevé devant eux par M. A tiré du défaut de motivation de la décision portant refus de titre de séjour. L'intéressé n'est dès lors pas fondé à soutenir que ce jugement serait irrégulier.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle de M. A, notamment les conditions de son entrée et de son séjour en France, et expose précisément les raisons justifiant son édiction. Par suite, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de préciser de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, la décision litigieuse est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, si M. A soutient que le préfet de l'Hérault a commis des erreurs de fait en indiquant dans l'arrêté contesté, d'une part qu'il est entré en France en octobre 2022 démuni de visa, d'autre part qu'il a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance le 12 octobre 2022, ce alors qu'il est en réalité entré en France en décembre 2021 comme en atteste le visa qu'il produit et que sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance est effective depuis le 8 février 2022 comme le prouve une attestation du département de l'Hérault, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a lui-même mentionné, dans le formulaire de demande de titre de séjour qu'il a signé le 13 juin 2023, la date du 12 octobre 2022 comme étant celle de sa dernière entrée en France, alors que le visa qu'il produit ne couvre que la période du 26 décembre 2021 au 25 janvier 2022, et la date du 8 février 2022 correspond seulement à celle de sa mise à l'abri par les services du département, son placement provisoire n'ayant été décidé que par une ordonnance du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Montpellier en date du 12 octobre 2022. Les mentions portées dans la décision litigieuse ne peuvent dès lors être regardées comme étant erronées et il y a également lieu, au vu de ces éléments et de l'ensemble des pièces du dossier, d'écarter le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché cette décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'appelant.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".Pour l'application des stipulations précipitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. A fait valoir qu'il est entré en France en décembre 2021, à l'âge de seize ans, qu'il réside depuis lors sur le territoire français où il prépare en alternance un diplôme de cuisinier dans le cadre d'un contrat d'accueil provisoire jeune majeur conclu avec le département de l'Hérault. Toutefois, et malgré le suivi de cette formation, le requérant, dont la durée du séjour en France était inférieure à deux ans à la date de la décision attaquée, n'établit pas, par la seule production d'une licence de la fédération française de handball établie au titre de l'année 2022-2023, avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables en France ni être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où résident, selon ses propres déclarations, ses parents et une sœur. S'il se prévaut en outre de la présence en France de son frère, il ressort des pièces du dossier que ce dernier, qui réside à Marseille, a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement par arrêté du préfet de l'Hérault du 17 février 2022. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au regard des motifs de la décision. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, du défaut de base légale de la décision obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité dont serait entachée la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté dès lors que, par la présente ordonnance, les conclusions du requérant à fin d'annulation de cette dernière sont rejetées.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
10. La décision portant refus de titre de séjour étant suffisamment motivée ainsi qu'il a été exposé au point 4 de la présente ordonnance, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à être motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement en litige doit être écarté comme inopérant.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 ci-dessus, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en raison de l'illégalité dont serait entachée la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté dès lors que, par la présente ordonnance, les conclusions du requérant à fin d'annulation de cette dernière sont rejetées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Rahal et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 10 décembre 2024.
Le président désigné,
signé
B. COUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026