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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02172

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02172

mardi 10 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02172
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté 16 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2307284 du 4 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier a annulé cet arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de la demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2024 sous le n° 24TL02172, M. B, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 4 mars 2024 2024 en tant qu'il n'a pas fait droit à ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 du préfet de l'Hérault en tant qu'il porte refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

-elles sont entachées d'une erreur de droit ;

-elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

-elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant marocain, serait entré en France selon ses déclarations en 2020, muni d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes valable jusqu'au 7 octobre 2022. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 16 novembre 2023, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement du 4 mars 2024, le tribunal administratif de Montpellier a annulé cet arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français. Par la présente requête, M. B relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum () reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". En vertu du premier alinéa de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Selon l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 de ce même code : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () / II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. ". En vertu de l'article R. 5221-14 de ce code : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 ". Et selon l'article R. 5221-15 dudit code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ". Enfin l'article R. 5221-17 du même code dispose que : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

5. L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Les stipulations de l'article 3 de cet accord ne traitent que de la délivrance d'un titre de séjour pour exercer une activité salariée et cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d'entrée sur le territoire français des ressortissants marocains. Les dispositions précitées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d'un visa de long séjour, ne sont pas incompatibles avec les stipulations de cet accord. Il en résulte que le préfet peut légalement refuser la délivrance du titre de séjour portant la mention " salarié " à un ressortissant marocain qui n'est pas titulaire d'un visa de long séjour.

6. Cet accord renvoie également, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 cité ci-dessus délivré sur présentation d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes ", aux dispositions des articles R. 5221-17 et suivants du code du travail, qui précisent les modalités selon lesquelles et les éléments d'appréciation en vertu desquels le préfet se prononce, au vu notamment du contrat de travail, pour accorder ou refuser une autorisation de travail.

7. Il ressort des énonciations mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault, qui a expressément visé l'accord franco-marocain, a entendu examiner la demande présentée par M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié tant sur le fondement de des stipulations de cet accord qu'au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ce que révèle l'usage dans cet arrêté de l'expression " motif exceptionnel d'admission au séjour " et l'indication du caractère dérogatoire de l'éventuelle satisfaction à cette demande. Et dès lors que l'intéressé, qui d'une part n'allègue pas détenir un visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tel qu'exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du même code, d'autre part ne résidait pas " hors du territoire national " à la date de la décision contestée et n'allègue pas être titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 du code du travail, ne remplit donc aucune des conditions fixées à l'article R. 5221-14 précité de ce code, il ne peut par conséquent faire l'objet, ainsi que l'énoncent ces dispositions, d'une demande d'autorisation de travail. C'est par suite sans commettre d'erreur de droit que le préfet a estimé qu'il n'était pas tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée par M. B sur le fondement de ces dernières dispositions. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait opposé à l'intéressé le défaut de justification d'un visa de long séjour dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

8. Par ailleurs, si pour soutenir que le préfet a entaché son refus d'un défaut d'examen réel et complet, M. B expose qu'il disposait d'ores et déjà d'une autorisation de travail délivrée le 30 mai 2023 " par le ministère de l'intérieur " pour un contrat à durée indéterminée en qualité de coiffeur et qu'il s'en est prévalu dans le cadre de sa demande de titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail qu'il a fourni, prévoyant une prise de fonction le 1er juillet 2023, mentionnait un emploi d'ouvrier polyvalent et ne correspondait donc pas à cette autorisation. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

9. Si M. B se prévaut d'une activité professionnelle en France d'un peu plus de 8 mois à la date de la décision contestée en tant que coiffeur, du fait qu'il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée avec son employeur et qu'il obtenu une autorisation de travail, ces seuls éléments ne suffisent pas à faire regarder le préfet comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

10. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et dispositions précipitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition établi par les services de police consécutivement au contrôle effectué le 14 juin 2022 dans le salon de coiffure dans lequel il était en situation de travail, que M. B a déclaré être entré en France pour la première fois au mois de janvier 2022. Il était alors détenteur d'un titre de séjour délivré par les autorités italienne. Il a fait l'objet d'une décision en date du 15 juin 2022 d'une décision de remise à destination de l'Italie assortie d'une interdiction de circulation d'une durée d'un an. La circonstance selon laquelle l'intéressé justifie d'une activité professionnelle de quelques mois en France en tant que coiffeur et la production de quelques attestations de clients ne suffisent pas à caractériser une insertion ancienne et stable dans la société française, ce alors que, déclarant être célibataire et sans enfant, il n'établit pas être dépourvu de liens hors de France, son épouse résidant en Italie, ou dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce que l'arrêté en cause serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Ruffel et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 10 décembre 2024.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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