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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02410

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02410

lundi 13 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02410
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2306780 du 30 avril 2024, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024 sous le n° 24TL02410, M. A, représenté par Me Tercero, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 avril 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 de la préfète de l'Ariège ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou a minima " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

-la décision portant refus de titre de séjour est entachée de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

-cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

Le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné M. Coutier, président du pôle étrangers, pour signer les ordonnances mentionnées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / Les présidents des cours administratives d'appel, () ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, (), par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant algérien, relève appel du jugement du 30 avril 2024 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté contesté que le préfet a pris en compte le fait que l'épouse de M. A est atteinte d'un handicap, relevant que si l'intéressé lui apporte effectivement un soutien matériel et moral, il n'est toutefois apparu que récemment dans sa vie et ajoutant qu'il n'est pas démontré qu'elle serait dans l'impossibilité de recourir à l'assistance d'une tierce personne le temps nécessaire pour lui de retourner en Algérie pour se voir délivrer un visa réglementaire. Ce faisant, le préfet ne peut être regardé comme n'ayant pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'appelant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précipitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France le 1er juillet 2020, s'est marié le 31 juillet 2021 à Montaut, dans le département de l'Ariège, avec une ressortissante française. Sa demande d'admission au séjour en qualité de conjoint de français a été rejetée par la préfète de l'Ariège par un arrêté du 17 novembre 2021, refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français, à laquelle M. A n'a pas déféré. Si l'intéressé fait valoir que l'état de santé de son épouse, qui est atteinte d'une maladie neurodégénérative qui la handicape lourdement et qui souffre de dépression, requiert sa présence à ses côtés pour que lui soit assuré une assistance quotidienne, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux produits, compte tenu des termes peu circonstanciés dans lesquels ils sont rédigés, que cette dernière, qui vit avec lui chez sa mère et bénéficie d'une aide humaine accordée par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées valable du 1er janvier 2022 au 30 novembre 2024 pour assurer les actes essentiels de l'existence à raison de trente heures par mois, ne pourrait provisoirement bénéficier de l'assistance quotidienne d'une tierce personne autre que celle de son mari, le temps pour celui-ci de retourner dans son pays d'origine afin d'y solliciter un visa en tant que conjoint de français. Dans ces conditions, et alors que la promesse d'embauche invoquée par le requérant ne suffit pas à caractériser une intégration particulière en France et qu'il apparaît qu'il n'est en pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident toujours à tout le moins ses parents et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans et, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité dont serait entachée la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté dès lors que, par la présente ordonnance, les conclusions du requérant à fin d'annulation de cette dernière sont rejetées.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 ci-dessus, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Tercero et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 13 janvier 2025.

Le président désigné,

signé

B. COUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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