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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02470

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02470

lundi 17 mars 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02470
TypeOrdonnance
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E D et M. B F ont demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler les deux arrêtés du 5 février 2024 par lesquels la préfète du Lot a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution des mesures d'éloignement.

Par un jugement nos 2401095, 2401096 du 19 avril 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024 sous le n° 24TL02470, Mme D et M. F, représentés par Me Alexopoulos, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 19 avril 2024 ;

2°) d'annuler les deux arrêtés du 5 février 2024 de la préfète du Lot ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Lot, à titre principal, de leur délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur situation sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que leur conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

-le premier juge a dénaturé les décisions contestées portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

Sur les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

-elles méconnaissent leur droit d'être entendus eu égard à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-elles sont insuffisamment motivées eu égard à l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 et sont entachées d'un défaut d'examen de leur situation ;

-elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles emportent sur leur situation ;

-elles méconnaissent le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

-elles sont dépourvues de base légale ;

-elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elles emportent sur leur situation ;

-elles méconnaissent le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur les décisions fixant le pays de destination :

-elles sont insuffisamment motivées eu égard à l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 et sont entachées d'un défaut d'examen de leur situation ;

-elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 9 août 2024. M. F n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme D et M. F, ressortissants colombiens, relèvent appel du jugement du 19 avril 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a rejeté leur demande tendant à l'annulation des deux arrêtés du 5 février 2024 par lesquels la préfète du Lot a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour l'exécution des mesures d'éloignement.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

4. Il ressort des énonciations des arrêtés du 5 février 2024 que la préfète du Lot s'est bornée à indiquer que les demandes d'asile présentées par Mme D et M. F et enregistrées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 août 2022 ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 29 septembre 2023. Il n'y avait dès lors pas lieu de leur délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce faisant, en indiquant dans le dispositif des arrêtés litigieux que les demandes d'admission au séjour de Mme D et M. F sont rejetées, l'autorité préfectorale a seulement tiré la conséquence des décisions du juge de l'asile. Par suite, les arrêtés du 5 février 2024 ne comportant aucune décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions, qui sont inexistantes, sont irrecevables ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal dont le jugement n'est donc pas entaché d'irrégularité.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, Mme D et M. F n'ayant pas fait l'objet d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen invoqué par la voie de l'exception tiré de l'illégalité de ces décisions est inopérant et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, alors même qu'il n'aurait pas sollicité la délivrance d'un tel titre.

8. Mme D et M. F sont entrés récemment, en mai 2022, sur le territoire français accompagnés de leurs deux enfants et n'ont été admis au séjour que le temps de l'examen de leurs demandes d'asile, qui ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 décembre 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 29 septembre 2023. S'ils se prévalent de la présence sur le territoire français de leurs deux enfants mineurs, A et C, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale qu'ils constituent se reforme en dehors de France. En outre, ils ne démontrent pas être dépourvus d'attaches personnelles dans leur pays d'origine, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Enfin, si les appelants soutiennent qu'ils sont exposés à des risques en cas de retour en Colombie, ils ne peuvent utilement se prévaloir des risques encourus dans leur pays d'origine à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui n'ont pas pour objet de fixer le pays de destination. Dans ces conditions, Mme D et M. F ne démontrent pas qu'ils remplissent les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur la base de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne sont pas fondés à soutenir que, par les décisions portant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Lot aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des buts qu'elles poursuivent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité que les décisions emportent sur leur situation doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Si Mme D et M. F soutiennent que les mesures d'éloignement portent atteinte à l'intérêt supérieur de leurs deux enfants, en se prévalant notamment des résultats scolaires de leur fille, les décisions litigieuses n'ont pas pour conséquence de les séparer de leurs enfants de même nationalité, qui eu égard à leur âge ont vocation à les suivre hors du territoire français et poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, si les appelants font état des risques encourus par leurs enfants en cas de retour dans leur pays d'origine, un tel moyen est inopérant à l'encontre des obligations de quitter le territoire français qui n'ont pas pour objet de les éloigner vers un pays déterminé. Par suite, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme ayant été prises en méconnaissance de l'intérêt supérieur de leurs enfants.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, les dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public étant abrogées depuis le 1er janvier 2016, Mme D et M. F doivent être regardés comme se prévalant des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes desquelles " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et de l'article L. 211-5 du même code disposant que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

12. Les arrêtés contestés mentionnent la nationalité des intéressés, visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précisent que ces stipulations ne sont pas méconnues. La motivation des décisions fixant le pays de destination est ainsi suffisante et il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Lot n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de Mme D et M. F.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre des décisions fixant le pays de destination doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9 ci-dessus.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants () ". Aux termes de l'article L. 721-4, anciennement L. 513-2, du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Mme D et M. F soutiennent qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, ils seront exposés à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en faisant état de tentatives d'extorsion subies par l'appelante dans le cadre de son travail exercées par des membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie et d'agressions physiques dont elle a aussi été victime. Toutefois, si les intéressés produisent à cet effet deux vidéos, deux articles de presse relatifs à l'augmentation des tentatives d'extorsion en Colombie, ainsi qu'un document relatif à leur inscription au Registre unique des victimes, un courrier du 16 mai 2022 relatif à la mise en place d'une protection policière constante en leur faveur, et un communiqué des Forces armées révolutionnaires de Colombie en date du 17 juillet 2023, ces pièces dépourvues de caractère probant et leurs allégations ne permettent pas d'établir la véracité de leur récit et par suite le fait qu'ils seraient personnellement exposés, en cas de retour dans leur pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants alors qu'au demeurant leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile le 23 septembre 2023. Par suite, en fixant le pays à destination duquel Mme D et M. F sont susceptibles d'être éloignés, la préfète du Lot n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'a pas plus méconnu les dispositions de l'ancien article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 721-4 du même code.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme D et M. F est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, leurs conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et M. F est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D, à M. B F et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Lot.

Fait à Toulouse, le 17 mars 2025.

Le président,

signé

J.-F. MOUTTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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