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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02489

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02489

mercredi 12 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02489
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 22 août 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2401724 du 26 mars 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024 sous le n° 24TL02489, M. A, représenté par Me Lescarret, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 26 mars 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 22 août 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au retrait de son inscription sur le système d'information Schengen et de réexaminer de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement n'est pas suffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 9 du code de justice administrative dès lors qu'il ne fait pas état de l'ensemble des éléments relatifs à sa relation avec sa fille en France ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- la mesure d'éloignement porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

-elle est privée de base légale ;

-il justifie de circonstances particulières et de garanties de représentation lui permettant de bénéficier d'un délai de départ volontaire ; en refusant de lui accorder est tel délai le préfet a méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

-elle est privée de base légale ;

- son renvoi dans son pays d'origine a pour conséquence de le séparer de sa fille et porte atteinte à l'intérêt supérieure de celle-ci en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est privée de base légale ;

-elle a été prise en méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation et sur les conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 20 octobre 1989, déclare être entré en France en 2018. Par un arrêté du 22 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A relève appel du jugement du 26 mars 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Le tribunal, qui n'est pas tenu de répondre à tous les arguments développés par les parties, a cité au point 6 les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et répondu, au point 7, de façon circonstanciée au moyen tiré de l'atteinte excessive portée au droit de M. A au respect de la vie privée et familiale en France. Le tribunal a notamment fait état de la qualité de père du requérant d'une enfant placée en foyer à l'égard de laquelle il a engagé une procédure en reconnaissance de paternité. Le jugement est ainsi suffisamment motivé sur ce point et si l'appelant critique les motifs sur lesquels s'est fondé la première juge pour écarter ce moyen, cette critique relève du bien-fondé du jugement et non de sa régularité.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. M. A, qui soutient être entré pour la première fois en France en 2017, a vécu habituellement en Algérie jusqu'à l'âge de 27 ou 28 ans et n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. A la date de l'arrêté en litige, son séjour sur le territoire national revêt un caractère récent et l'intéressé fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 28 mai 2018 et 12 novembre 2020. Par ailleurs, l'attestation d'hébergement produite par une personne de nationalité française, établie le 8 févier 2024, soit postérieurement à cet arrêté, ne fait pas mention d'un hébergement antérieur à cette date. Enfin, si l'appelant soutient avoir engagé des démarches en vue d'établir sa paternité sur une enfant née en France le 12 septembre 2017, laquelle a d'ailleurs été déclarée extrêmement vraisemblable le 26 avril 2024, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Pour les mêmes motifs et en l'absence de tout élément permettant d'établir la nature et l'intensité des liens entre M. A et enfant, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté atteinte à l'intérêt supérieur de cette enfant. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa situation sur la situation personnelle et familiale de l'appelant.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité ainsi qu'il vient d'être exposé ci-dessus, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision refusant à M. A d'accorder un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé le 21 août 2023 pour violences conjugales, qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un certificat de résidence et qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement non exécutées ainsi qu'il a été exposé au point 8 de la présente ordonnance. S'il fait état de circonstances particulières justifiant que lui soit accordé un délai de départ volontaire, le préfet a pu légalement refuser de lui accorder un tel délai en se fondant en particulier sur les dispositions précitées des 1° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarte de même ce que celui fondé sur l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le représentant de l'Etat.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En l'absence d'illégalité de la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. A, le moyen fondé sur le défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination de cette mesure ne peut qu'être écarté.

14. Ainsi qu'il a été exposé au point 8 de la présente ordonnance, si M. A se prévaut de la qualité de père d'une enfant née et résidant en France, il n'apporte aucun élément de nature à établir la nature et l'intensité des liens qu'il a avec cette enfant. Par suite, en fixant le pays de destination, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de cette enfant en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

15. En l'absence d'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour en France pendant deux ans ne peut qu'être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée ".

17. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

18. Il résulte de qui a été déjà exposé ci-dessus que le préfet des Bouches-du-Rhône a pu légalement obliger M. A à quitter sans délai le territoire français. Alors que l'appelant ne justifie pas d'une présence ancienne en France, il ressort des pièces du dossier qu'il a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre qu'il n'a pas exécutées et qu'il ne justifie pas de liens anciens et stable sur le territoire national. La seule circonstance tenant à sa qualité de père d'une enfant née et résidant en France ne faisait pas obstacle à ce que le préfet prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour en France pour une durée de deux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 16 de la présence ordonnance ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en prononçant cette interdiction.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A, à Me Martin Lescarret et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Toulouse, le 12 février 2025.

Le président de la 4ème chambre,

Signé

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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