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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02546

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02546

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02546
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D et Mme E ont demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler les deux arrêtés du 22 février 2024 par lesquels la préfète de Vaucluse leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours pour M. D et dans un délai de trente jours pour Mme C, et a fixé le pays de destination pour l'exécution de ces mesures d'éloignement.

Par un jugement nos 2400995, 2401015 du 25 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n° 24TL02546, M. D et Mme C, représentés par Me Tercero, demandent à la cour :

1°) d'admettre à titre provisoire M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler ce jugement du 25 avril 2024 ;

3°) d'annuler les arrêtés du 22 février 2024 de la préfète de Vaucluse ;

4°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de leur délivrer une attestation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer leur situation dans un délai de deux mois à compter de cette décision ;

5°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution des mesures d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

-les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination méconnaissent le droit d'être entendu ;

-elles sont entachées d'une insuffisance de motivation démontrant un défaut d'examen de leur situation personnelle ;

-les décisions fixant le pays de destination sont illégales, eu égard aux risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Arménie ;

-les effets des mesures d'éloignement doivent être suspendus, eu égard aux éléments sérieux de contestations du refus de protection par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 30 août 2024. Par une décision du même jour, M. D n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. D et Mme C, ressortissants arméniens, relèvent appel du jugement du 25 avril 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté leur demande tendant à l'annulation de deux arrêtés du 22 février 2024 par lesquels la préfète de Vaucluse leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours pour M. D et dans un délai de trente jours pour Mme C, et a fixé le pays de destination pour l'exécution de ces mesures d'éloignement.

Sur l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse a rejeté la demande de M. D par une décision du 30 août 2024, antérieure à l'enregistrement de la requête, et à l'encontre de laquelle au demeurant l'intéressé n'établit ni même n'allègue avoir formé un recours. Par suite, ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

Sur la légalité des arrêtés litigieux :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

6. Les décisions litigieuses visent les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles mentionnent, de façon suffisamment circonstanciée pour permettre à M. D et Mme C de les discuter, les motifs de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement notamment les conditions de leur séjour en France liées à l'examen de leurs demandes d'asile, le rejet de celles-ci et l'absence de liens personnels et familiaux anciens et stables sur le territoire. Ainsi, les mesures d'éloignement comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté et il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des appelants.

7. En second lieu, le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ait été définitivement refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité et de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance en sa qualité de réfugié.

8. Contrairement à ce que soutiennent les appelants, la préfète n'était pas tenue de les inviter à se présenter en préfecture ni à produire d'autres pièces que celles déjà versées lors de leur procédure de demande d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de faire valoir tout nouvel élément avant que ne soient édictés les arrêtés contestés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance, M. D et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de Vaucluse, en fixant le pays de destination, aurait méconnu leur droit d'être entendus.

10. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui la fondent et cette motivation révèle l'examen réel et sérieux de la situation de M. D et Mme C par l'autorité préfectorale.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. D et Mme C, qui peuvent être regardés comme se prévalant des stipulations précitées, soutiennent qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, ils seront exposés à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants eu égard aux accusations infondées de détournement d'argent par l'entreprise dans laquelle travaillait M. D, ainsi que des menaces de mort et des agressions physiques dont il a fait l'objet. Ils ne produisent cependant aucun document probant permettant de donner la moindre crédibilité à ce récit et de tenir pour établie l'existence des menaces auxquelles ils seraient personnellement exposés s'ils retournaient en Arménie. Dans ces conditions, les moyens soulevés sur ce point doivent être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté :

13. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".

14. Même si la Cour nationale du droit d'asile a décidé de les convoquer à une audience, les pièces produites par les requérants n'apportent aucun élément sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire national. Comme l'a estimé le premier juge, il n'apparaît donc pas nécessaire de leur permettre de se maintenir sur le territoire jusqu'à l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. D et Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, leurs conclusions présentées à fin d'annulation, de suspension et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D et Mme C est rejeté.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, Mme B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Fait à Toulouse, le 30 janvier 2025.

Le président,

signé

J.-F. MOUTTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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