mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-24TL02666 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | BRUNA-ROSSO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet du Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2403494 du 24 septembre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024 sous le n° 24TL02666, M. B, représenté par Me Bruna-Rosso, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 24 septembre 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2024 du préfet de Vaucluse ;
3°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze à jour à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans la même condition de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
-il est entaché d'incompétence de son signataire ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
-elles sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation le préfet n'ayant pas examiné la possibilité de l'admettre au séjour en particulier sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
-elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard de la décision par laquelle il a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
-elles méconnaissent son droit à un procès équitable ;
-elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
-elle est entachée d'une erreur de fait ;
-sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. B, ressortissant philippin, relève appel du jugement du 24 septembre 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'appelant reprend dans des termes identiques le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal au point 2 du jugement attaqué.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
4. En premier lieu, M. B reprend dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement attaqué le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal au point 3 du jugement attaqué.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". Et aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () "
6. Les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé l'adoption de cet article que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.
7. M. B ne justifie pas avoir déposé une demande de titre de séjour, comme le confirme l'absence d'inscription dans l'application de gestion des dossiers de ressortissants étrangers en France, et par conséquent d'un refus opposé à celle-ci. Par ailleurs, il ressort des termes même de la décision contestée, qui vise les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet a pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle, en particulier que l'intéressé se déclare marié, que son épouse se trouve dans la même situation administrative et qu'il est père de deux enfants qui résident dans son pays d'origine. Si l'appelant entend soutenir que le préfet a entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen de sa situation en n'examinant pas la possibilité de lui délivrer un titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 précitées puisqu'il est susceptible de se voir délivrer un tel titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ces fondements ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par ailleurs, si l'appelant entend soutenir que le préfet aurait dû également examiner la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déclaré lors de son audition devant les services de police dans le cadre d'une enquête de flagrance le 31 août 2024 qu'il exerce une activité professionnelle dans la restauration, la circonstance que les termes de la décision attaquée ne font pas état d'éléments relatifs à sa situation professionnelle n'est pas propre à révéler que le préfet de Vaucluse aurait édicté la décision en litige sans vérification préalable de son droit au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1, L. 435-1 et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés de même qu'il ne saurait être reproché au préfet de ne pas avoir envisagé la possibilité de l'admettre au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
8. En troisième lieu, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'aucun refus de délivrance, de renouvellement ou de retrait de titre de séjour ne lui a été opposé dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur ces dispositions mais notamment, sur celles du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif, non contesté par l'intéressé, que celui-ci est entré France sous couvert d'un visa désormais expiré et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.
9. En quatrième lieu, eu égard à ce qui été exposé au point précédent et à la circonstance que l'intéressé, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et n'a donc pas fait l'objet d'une décision portant refus d'un tel titre, le préfet ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour l'obliger à quitter le territoire français en raison de ce qu'il lui aurait opposé un tel refus.
10. En cinquième lieu, M. B reprend en appel dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement attaqué les moyens tirés de ce que les décisions en litige méconnaissent son droit à un procès équitable et qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa situation personnelle. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit aux points 6 et 7 du jugement attaqué.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. L'appelant reprend en appel dans les mêmes termes et sans critique utile du jugement attaqué les moyens tirés de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en ce que sa présence en France ne constitue par une menace pour l'ordre public. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit aux points 8 et 9 du jugement attaqué.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
13. D'une part, il ressort de la motivation même de l'arrêté du 31 août 2024 que pour fixer la durée de l'interdiction le préfet de Vaucluse a bien pris en considération la durée de présence de M. B sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et la menace pour l'ordre public qu'il constitue. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'appelant ne dispose d'aucun lien personnel ou familial, qu'il n'y justifie que d'une présence de manière irrégulière et qu'il a été arrêté à la suite d'une altercation au cours de laquelle même s'il a également été blessé il s'est servi d'une arme et représente donc bien une menace pour l'ordre public. Par conséquent, M. B, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires, n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de Vaucluse lui interdisant le retour pour une durée d'un an serait entachée d'une erreur d'appréciation
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.
Fait à Toulouse, le 4 mars 2025.
Le président,
Signé
J.-F. MOUTTE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026