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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02758

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02758

mercredi 2 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02758
TypeOrdonnance
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel cette mesure pourra être exécutée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2402569 du 27 juin 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée au greffe le 5 novembre 2024 sous le n° 24TL02758, M. A, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 27 juin 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 8 avril 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen réel et complet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est motivée de manière stéréotypée et méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 11 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2.M. A, né le 14 mars 2000, de nationalité sénégalaise, déclare être entré en France le 24 juin 2021. Il a déposé le 13 octobre 2021 une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Hérault. Cette demande a fait l'objet, le 28 février 2022 d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides confirmée le 27 février 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 8 avril 2024, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination vers lequel il serait reconduit d'office et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un jugement du 27 juin 2024, dont M. A relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête tendant notamment à l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. La décision contestée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ne résulte ni de la motivation de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Le requérant dont la demande d'asile a été rejetée ne bénéficiait donc pas du droit de se maintenir en France au titre de l'article 542-2 du même code et pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 542-4 précité.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Si le requérant fait valoir sa présence sur le territoire français depuis le mois de juin 2021, son accompagnement par la fondation le Refuge en raison de son orientation sexuelle qui est un délit au Sénégal et sa volonté d'insertion professionnelle dès lors qu'il travaille comme employé polyvalent de restauration, il n'a séjourné en France que pour y voir traiter sa demande d'asile après avoir vécu jusqu'à l'âge de 21 ans au Sénégal et n'établit pas l'absence d'attache familiale ou privée dans son pays d'origine. Par suite, alors qu'il ne peut utilement invoquer contre l'obligation de quitter le territoire français les menaces encourues au Sénégal dont la réalité n'est au demeurant pas établie ainsi qu'il est exposé au point 11, l'arrêté pris à son encontre n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Eu égard aux mêmes éléments, il n'est pas plus entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Faute d'établir l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination devrait être annulée pour défaut de base légale.

9. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'administration, qui a examiné le risque encouru en cas de retour au Sénégal, a procédé à un examen particulier de sa demande sans s'estimer liée par la décision de la Cour nationale du droit d'asile et n'a donc pas commis l'erreur de droit invoquée.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

11. L'appelant soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il sera exposé à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de son orientation sexuelle. S'il produit une photographie le montrant blessé et un certificat d'un médecin légiste du centre hospitalier universitaire de Montpellier décrivant ses nombreuses cicatrices, ces documents ne sont pas probants pour permettre de tenir pour établie l'existence des menaces auxquelles il serait exposé s'il retournait au Sénégal. Dans ces conditions, même s'il fait valoir que l'homosexualité est un délit au Sénégal et alors que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Le préfet n'a pas plus entaché sa décision de l'erreur manifeste d'appréciation invoquée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, M. A n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault a pris en compte, pour prononcer une interdiction de retour pour une durée d'un an sur la base de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10. Il a ainsi suffisamment motivé sa décision. Eu égard à la situation de M. A telle qu'exposée au point 7, celle-ci ne peut être regardée comme se caractérisant par des circonstances humanitaires s'opposant à une interdiction de retour sur le territoire français. En prononçant à son encontre une telle interdiction d'une durée d'un an, alors même qu'il n'a pas troublé l'ordre public, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 2 avril 2025.

Le président,

Signé

J-F. MOUTTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°24TL027580

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