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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02796

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02796

lundi 2 juin 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02796
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 12 mai 2024 par lequel le préfet de l'Aude lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination de cette mesure, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2402756 du 2 juillet 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Thomas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 2 juillet 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2024 du préfet de l'Aude ;

3°) d'enjoindre au préfet l'Aude de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail dans le délai de huit jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; sinon de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu résultant d'un principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 11 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A C, ressortissant algérien né le 2 avril 1994, relève appel du jugement du 2 juillet 2024 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2024 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Aude et par délégation, par Mme Lucie Roesch, secrétaire générale de la préfecture, qui a reçu délégation par un arrêté n° DPPPAT-BCI-2023-069 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, tous les actes administratifs relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aude, à l'exception des réquisitions de la force armée et des arrêtés de conflit dont ne relèvent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige vise les textes sur lesquels elle est fondée, en particulier le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de l'Aude y indique que M. A C est en situation irrégulière sur le territoire français dès lors qu'il ne justifie pas être en possession d'un document en cours de validité autorisant son séjour en France, qu'il a déclaré être en situation de concubinage depuis plus de deux ans tout en étant sans charge de famille. Dans ces conditions, et alors que l'autorité préfectorale n'avait pas à faire mention de l'intégralité des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, la décision en litige est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. Il ressort des énonciations mêmes de l'arrêté en litige que M. A C a fait l'objet d'une procédure de police le 12 mai 2024 ayant permis de constater l'irrégularité de sa situation en France dès lors qu'il n'a pu présenter un titre l'autorisant à y séjourner. L'arrêté mentionne que M. A C a déclaré être en concubinage, sans enfant et sans charge de famille, et qu'il n'établit pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A C n'aurait pas été informé, au préalable, qu'une mesure d'éloignement pourrait être prise à son encontre ni mis à même de faire valoir tous éléments utiles. Les éléments dont il se prévaut dans la présente instance, à savoir le fait qu'il exerce une activité professionnelle, qu'il vit avec sa compagne et les enfants de celle-ci, laquelle compagne serait dans un état psychologique dégradé, ne sont pas susceptibles, au vu des éléments du dossier, de l'avoir effectivement privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que le préfet, s'il en avait eu connaissance, aurait agi différemment. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit, dans les circonstances de l'espèce, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A C déclare être entré en France en septembre 2022. Il se prévaut de la relation de concubinage qu'il entretient avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité, du fait qu'il assurerait un rôle de soutien psychologique auprès de cette dernière, victime d'une agression, et de sa participation à l'éducation et à l'entretien des enfants de cette dernière dont l'un est en situation de handicap. Toutefois, en dépit du pacte civil de solidarité conclu, M. A C n'établit pas, par les documents qu'il produit, notamment de simples photographies ainsi qu'un contrat de fourniture et une facture d'énergie, la réalité de la vie commune avec sa compagne ni des liens qu'il soutient avoir tissés avec les enfants de celle-ci. D'une manière générale, M. A C n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, alors qu'il ne justifie ni n'allègue qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A C une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'appelant doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, et ainsi qu'il vient d'être dit, M. A C ne démontre participer effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants de sa compagne ni même avoir noués des liens particuliers avec eux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'égard de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

11. En deuxième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () .".

12. L'arrêté contesté vise le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les 3° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, et le préfet de l'Aude y précise qu'il existe un risque que M. A C se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être en possession d'un document en cours de validité autorisant son séjour en France. S'il n'est pas établi que M. A C ne présente pas de garanties de représentation suffisante en application du 8° de l'article L. 612-3 précité, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Aude aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressé n'établit ni n'allègue avoir cherché à régulariser sa situation en sollicitant la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, la décision en litige est suffisamment motivée et n'est, par ailleurs, pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'appelant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'égard de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. En premier lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté contesté, qui vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 précités, que le préfet de l'Aude a pris en compte le caractère récent de l'arrivée en France de M. A C et estimé, alors même que ce dernier n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il a ainsi suffisamment motivé cette décision.

16. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

17. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est entré récemment en France, au cours du mois de septembre 2022, selon ses déclarations, et qu'il ne justifie pas de l'intensité des liens personnels et familiaux sur le territoire français dont il se prévaut. Alors même que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, les éléments qui précédent sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée par le préfet de l'Aude. Les moyens soulevés à cet égard doivent dès lors être écarté.

18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'égard de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 8 de la présente ordonnance, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de ce la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés. Quant au moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Fait à Toulouse, le 2 juin 2025.

Le président de la 3ème chambre,

signé

Frédéric Faïck

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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